Robert Pattinson/ Edward Cullen <3

Robert Pattinson/ Edward Cullen <3
•Robert Pattinson
Nom: Pattinson
Prénom: Robert, Thomas
Né: 13 mai 1986
A: Londres
Age: 23 ans
Profession: Acteur





•Edward Cullen
Nom: Cullen
Prénom: Edward
Né: 20 juin 1901
A: Chicago
Age: 17 physiquement, 110 vampire
Profession: Etudiant
Pouvoir: Peut lire dans les pensées d'autrui (de tout le monde sauf Bella).




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Les 7 Blogs que je tague :

# Posté le samedi 14 mars 2009 16:08

Modifié le vendredi 01 mai 2009 09:46

Kristen Stewart/ Bella Swan <3

Kristen Stewart/ Bella Swan <3
•Kristen Stewart
Nom: James, Stewart
Surnom: Kris
Née: 9 avril 1990
A: Los Angeles
Age: 18 ans
Profession: Actrice
Couple: Elle est avec Michael Angarano depuis ses 13 ans




•Bella Swan
Nom: Swan
Prénom: Isabella, Marie
Surnom: Bella
Née: 13 septembre 1987
A: Forks
Age: 17 ans
Profession: Etudiante




# Posté le samedi 14 mars 2009 16:16

Modifié le dimanche 19 avril 2009 16:10

5ème tome:

5ème tome:
Savez-vous qu'après les 4livres de la Saga Twilight ,, :D:D
Notre fabuleuse écrivaine Stephenie Meyer a décidé de faire un cinquième Tome ...
Sauf que ce n'est plus raconté par Bella ,, c'est raconté par Edward !!!!!
Comme je suis extrêmement généreuse,, et que les 12 premiers chapitre ont été traduit en francais par des gentilles personnes,, je les mettrai sur mon skyblog ! :)

Je les ai lus ,, & je vous dirais que c'est extrêmement complémentaire à la version de Bella ! C'est vraiment bon ,, & ça nous fait encore plus apprécier Edward ;)

Donc les consignes sont simples ,, je mettrai un chapitre complet ,, & j'attendrai qu'il ait au moins 40 commentaires avant de mettre le chapitre suivant :) &Oui !!!
Donc ,, Commentez!


# Posté le samedi 14 mars 2009 17:08

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:50

5ème tome : Midnight sun- Chapitre 1. (Cette fois le livre est raconté par Edward :D)

5ème tome : Midnight sun- Chapitre 1. (Cette fois le livre est raconté par Edward :D)
Chapitre 1


C'était le temps où je souhaitais être capable de dormir. Le lycée, ou plutôt un purgatoire, pour utiliser le mot juste. S'il y avait une façon de racheter mes pêchers, celle-ci devait beaucoup compter dans la balance. L'ennui, c'était que j'en avais de plus en plus l'habitude, chaque jour me paraissait plus monotone et impossible que le précédent.
Je suppose que c'était ma façon de dormir - si dormir était vraiment un stade inerte entre deux périodes actives.
Je regardais la fêlure qui courait le long du mur le plus éloigné de la cafétéria et j'imaginais le dessin qu'elle aurait laissé si elle n'avait pas existé. C'était la seule façon de ne pas écouter les voix qui bourdonnaient comme un essaim d'abeilles dans ma tête. Plusieurs centaines de voix que je ne connaissais pas qui me criaient leur ennui.
Quand quelque chose apparaissait dans l'esprit de quelqu'un, je l'entendais avant qu'il n'en parle ou même qu'il n'y songe vraiment, et plus encore. Aujourd'hui, toutes les pensées étaient accaprées par l'insignifiant drame que constituait une nouvelle venue parmi les élèves. Il était tellement facile de savoir ce qu'ils pensaient. J'avais vu ce nouveau visage partout, répété esprit après esprit, sous tous les angles. Juste une fille ordinaire. L'excitation que suscitait son arrivée était prévisible et agaçante, comme celle d'un enfant devant un jouet clignotant. La moitié des garçons, pareils à des moutons mâles, s'imaginait déjà amoureux d'elle juste parce qu'elle leur avait jeté un coup d'oeil. J'essayais difficilement de ne pas les écouter.
Je bloquais seulement quatre voix plus par courtoisie que par déplaisir : celles de ma famille, mes deux frères et mes deux soeurs qui avaient tous l'habitude du manque de vie privée qu'instaurait ma présence et qui me donnaient par conséquent rarement leurs avis. Je leur donnais toute l'intimité qu'il m'était possible d'offrir. J'essayais de ne pas les écouter pour les aider.
J'essayais autant que je le pouvais, mais... Je savais tout.
Rosalie pensait, en général, à elle. Elle voulait s'apercevoir de profil dans une glace et retournait dans sa tête sa propre perfection. L'esprit de Rosalie était un étang superficiel avec peu de surprises.
Emmett fulminait à propos du match de catch qu'il avait perdu contre Jasper durant la nuit. Il voulait se montrer très patient de manière à obtenir une revanche à la fin des cours. Je ne m'étais jamais vu comme un intrus dans les pensées d'Emmett car il ne songeait jamais à une chose qu'il n'aurait jamais dite haut et fort ou faite. Peut-être ne me sentais-je coupable de lire l'esprit des autres que parce qu'il y avait des choses en eux qu'ils ne voulaient pas que je sache. Et si l'esprit de Rosalie était un étang superficiel, celui d'Emmett était un lac sans ombres, limpide.
Et Jasper... souffrait. Je retiens un soupir.

"Edward"

Alice m'appelait dans sa tête et elle avait désormais toute mon attention. Cela aurait été exactement la même chose si elle m'avait parlé tout haut. J'étais content que l'on m'ait donné ce nom car il se perdait ces derniers temps - il faisait trop vieux et ennuyeux. En conséquent, dès qu'une personne pensait à un Edward, je me retournait automatiquement...
Mais ma tête ne tourna pas cette fois. Alice et moi étions doués pour les conversations privées. C'était rare que quelqu'un le remarque. Je gardais donc mes yeux fixés sur le mur.

"Comment résiste-t-il ?" me demanda-t-elle.

Je me renfrognais, un imperceptible changement dans la partie supérieur de ma bouche. Rien qui ne put avertir les autres : je me renfrognais facilement lorsque je m'ennuyais.
L'esprit d'Alice était maintenant alarmé et je voyais dans sa tête qu'elle voyait Jasper dans sa vision.

"Il n'y a aucun danger ?"

Elle cherchait dans le futur proche, écumant les visions avec monotonie pour trouver la source de mon froncement de sourcils.
Je tournai lentement ma tête sur la gauche, comme si je regardais les briques du mur, soupirai, puis sur la droite vers la craquelure du plafond. Seule Alice savait pourquoi je remuai la tête. Elle se relaxa.

"Laisse-moi savoir si ça va bien se passer."

Je bougeai seulement les yeux cette fois-ci, vers le plafond puis vers le bas en signe d'acquiesçement.

"Merci de faire ça."

J'étais content de ne pas avoir à répondre à voix haute. Qu'aurais-je dit ? "De rien" ? Non, c'était difficile de faire ça. Je n'aimais pas lire la lutte de Jasper. Une expérience comme celle-ci était-elle réellement nécessaire ? Pourquoi ne pourrions-nous pas être en sécurité tant qu'il ne serait pas capable de contrôler sa soif comme nous autres et de repousser ses limites ? Pourquoi un tel flirt avec le désastre ?
Nous étions partis chasser deux week-ends plus tôt. Ce n'était pas une période aussi difficile pour nous que pour lui. Juste une situation inconfortable - si un humain passait trop près de nous ou si le vent soufflait de la mauvaise façon. Mais les humains marchaient rarement à côté de nous. Leur instinct leur disait ce qui échappait à leur conscience : nous étions dangereux. Jasper était vraiment dangereux maintenant.
A cet instant, une petite fille s'arrêta au bout d'une table près de la nôtre pour parler à ses amis. Elle fit un bref mouvement et passa les doigts dans ses cheveux couleur sable. Le radiateur envoya son odeur dans notre direction. J'avais l'habitude de l'effet que produisait sur moi l'odeur des humains : la douleur sèche dans ma gorge, le profond désir dans mon estomac, l'automatique contraction de mes muscles, l'excès de flot de venin dans ma bouche.
C'était à peu près normal, d'habitude, facile à ignorer. C'était juste difficile à ce moment-là et c'était avec ressentiment que je surveillais la réaction de Jasper, identique à la mienne.
Jasper avait laissé sont imagination vagabondée. Il s'imaginait se lever de son siège, à côté d'Alice, et s'approcher de la fille. Il pensait à se pencher, comme s'il allait lui chuchoter quelque chose à l'oreille et laisser ses lèvres toucher la courbe de sa gorge. Il songeait à la façon dont le liquide chaud circulait sous cette peau fine, à ce que cela lui ferait se sentir ça sous sa bouche...
Je donnais un coup de pied dans sa chaise. Il croisa mon regard et baissa les yeux. Je pouvais entendre sa honte et la lutte intérieur qu'il se livrait à lui-même dans sa tête.

_ Désolé, marmonna-t-il.
_ Tu n'allais rien faire, lui murmura Alice, calmant son chargrin, je l'aurais vu.

Je réprimai une grimace face à ce mensonge. Nous devions rester solidaires, Alice et moi. Ce n'était pas facile, entre entendre des voix et avoir des visions. Comme des monstres parmi les humains. Nous protégions nos secrets les uns les autres.

_ Cela t'aiderait un peu si tu pensais à eux comme à des personnes, suggéra Alice de sa voix musicale trop rapide pour que les humains comprennent ce qu'elle disait dans le cas où un humain serait suffisamment près d'eux pour les entendre. Elle s'appelle Whitney. Elle a une petite soeur qu'elle adore. Sa mère a invité Esmée à une garden party, tu te souviens ?
_ Je sais qui elle est, répliqua sèchement Jasper.

Il détourna la tête, pour regarder derrière une petite fenêtre qui était située juste sous l'avant toit, le long de la pièce. Son ton signifiait clairement que la conversation était close. Il devrait chasser ce soir. Il était ridicule de prendre des risques en essayant de tester sa force ou de construire son endurance. Jasper devait juste accepter ses limites et travailler avec elles. Les premiers habitudes ne devaient pas régir sa vie, il ne pouvait pas continuer sur ce chemin.
Alice soupira silencieusement et se leva, emportant avec elle sont plateau de nourriture - intact, le laissant seul. Elle savait qu'il en avait assez de ses encouragements. Bien que la relation qui liait Rosalie et Emmett était plus évidente, Alice et Jasper étaient ceux qui se connaissaient le mieux. C'était comme s'ils pouvaient chacun lire dans l'esprit de l'autre.

"Edward Cullen."

Simple réflexe. Je tournai la tête vers l'endroit où mon nom avait été dit, pensé plus que dit, juste pensé.
Mes yeux accrochèrent une fraction de secondes ceux, grands ouverts, couleur chocolat, d'une humaine au visage pâle en forme de coeur. Je connaissais cette figure, bien que je ne l'eûsse encore jamais vu moi-même avant. Elle avait été dans l'esprit de tous les élèves aujourd'hui. La nouvelle élève, Isabella Swan. La fille du chef de police de la ville, amenée à vivre ici dans une nouvelle situation. Bella. Elle corrigeait quiconque utilisait son nom en entier.
Je regardai ailleurs, ennuyé. Cela me prit une seconde pour réaliser que ce n'était pas elle qui avait pensé mon nom.

"Bien sûr, elle a déjà remarqué les Cullen", entendis-je le premier esprit continuer.

Je reconnaissais maintenant cette voix. Jessica Stanley - il y avait un certain temps qu'elle ne m'avait pas ennuyé avec son bavardage intérieur. Quel soulagement c'était lorsque son amourette lui sortait de la tête ! J'avais l'habitude de ne presque jamais échapper à ses rêves constants et ridicules. Des fois, je souhaitais pouvoir lui expliquer clairement ce qui pourrait lui arriver si mes lèvres, et mes dents cachées derrière, s'étaient trouvées près d'elle. S'il y avait soudain du silence à la place de ces ennuyantes fantaisies... Imaginer sa réaction me fit presque sourire.

"Grand bien lui fasse", continuait Jessica, "elle n'est pas vraiment jolie. Je ne sais pas pourquoi Eric la fixe comme ça... ou Mike."

Elle grimaça intérieurement en pensant à ce dernier nom. Son nouvel engouement, le populaire Mike Newton, qui l'ignorait complètement. Apparemment, il n'était pas aussi oublieux avec la nouvelle fille. A nouveau cette impression d'un enfant avec un nouveau jouet... Cela mit une sévère limite dans l'esprit de Jessica, bien qu'elle soit en apparence cordiale avec la nouvelle venue en lui expliquant ce qu'elle savait à propos de ma famille. La nouvelle devait avoir posé des questions sur nous.

"Tout le monde m'a regardée aussi", pensait Jessica d'un air suffisant. "Ce n'est pas de chance que Bella ait deux classes avec moi... Je parie que Mike va me poser des questions sur elle."

J'essayais de bloquer cet idiot bavardage intérieur et de le faire sortir de ma tête avant que la mesquinerie de Jessica et ses insignifiants commérages ne me rendent fou.

_ Jessica donne des informations à la nouvelle Swan ainsi que le linge sale de la famille Cullen, murmurais-je à Emmett en guise de distraction.

Il gloussa en pouffant.

"J'espère qu'elle rend ça bien", pensa-t-il.

_ Plutôt sans imagination, en fait. Juste le minimum d'allusion au scandale. Pas même une pointe d'horreur. Je suis un peu déçu.

"Et la nouvelle élève? Est-elle aussi déçue d'aussi bons commérages?"

J'écoutais d'une oreille ce que la nouvelle fille, Bella, pensait de l'histoire de Jessica.
Qu'est-ce qu'elle voyait en regardant l'étrange famille, à la peau aussi blanche que la craie, évitée par tout le monde ? C'était en quelque sorte de ma responsabilité de connaître son avis. J'agissais comme un surveillant, faute d'un monde meilleur, pour ma famille. Pour les protéger. Si quelqu'un commençait à avoir des soupçons, je pouvais les prévenir à l'avance et nous battions rapidement en retraite. Des fois, cela arrivait - un humain avec une imagination débordante voyait en nous des personnages de livres ou de films. En règle générale, ils se traompaient, mais nous préférions changer d'endroit au lieu de risquer une surveillance. Très rares étaient ceux qui voyaient juste. Mais nous ne leur donnions pas la chance de vérifier leurs hypothèses. Nous disparaissions purement et simplement pour ne devenir qu'un simple fragment de mémoire.
Je n'entendais rien, bien que j'écoutais près du monologue intérieur et incessant de Jessica. C'était comme s'il n'y avait personne d'assis avec elle. Quelle particularité cette fille avait-elle ? Elle ne semblait pas en posséder lorsqu'on voyait Jessica parler avec elle. Je levai les yeux, déséquilibré, voyant ce que mon "ouïe" surdéveloppée me disait. C'était quelque chose que je n'avais jamais eu à faire.
Encore une fois, mon regard accrocha les profonds yeux marron. Elle était assise à la même place qu'avant et nous regardait ; une chose naturelle, supposai-je, comme Jessica était toujours en train de la régaler de commérages sur nous. Elle pensait à nous aussi, c'était logique.
Mais je n'entendais pas même un murmure.
Des alléchantes bouffées de chaleur teintèrent ses joues de rouge lorsqu'elle baissa le regard comme si elle venait de se faire attraper en train de fixer un inconnu. Heureusement que Jasper fixait toujours la fanêtre. Je ne préférai même pas imaginer ce que l'étendue de son sang aurait comme effet sur son contrôle.
Ses émotions étaient aussi claires sur son visage que si elle se les était gravées sur le front : surprise, comme si elle ne me savait pas absordé par les signes de l'imperceptible différence entre elle et moi, curiosité, lorsqu'elle écoutait l'histoire de Jessica, et quelque chose de plus... de la fascination ? Ce ne serait pas la première fois. Nous étions sublimes pour eux, notre proie désirée. Et finalement, l'embarras d'avoir été surprise en train de me fixer.
De plus, bien que ses pensées soient parfaitement claires dans ses yeux surprenants - surprenants à cause de leur profondeur car les yeux marrons paraissaient souvent ternes dans leur obscurité - je ne pouvais rien entendre hormis le silence à la place où elle était assise. Rien du tout.
Je me sentis soudain inquiet. Je n'avais jamais rencontré cela avant. Etait-ce quelque chose qui n'allait pas avec moi ? Anxieux, j'écoutais plus ardemment.
Toutes les voix que j'avais bloquées auparavant furent soudain dans ma tête.

"... demanda quel genre de musique elle aime... Je pourrais peut-être lui parler de ce nouveau CD...", envisageait Mike Newton, deux tables plus loin, en fixant Bella Swan.
"Regarde-le en train de la fixer. Ce n'était pas assez d'avoir la moitié des filles du lycée à ses pieds... ?"

Eric Yorkie avait aussi des pensées sulfureuses concernant la fille.

"... tellement écoeurant. Est-ce qu'elle est célèbre ou quelque chose dans le genre... ? Même Edward Cullen la fixe...." Lauren Mallory était tellement jalouse que cela se voyait sur son visage. "Et Jessica exhibe sa nouvelle meilleure amie. Quelle bonne blague !"

Ses pensées sarcastiques continuaient de fuser.

"Je parie que tout le monde lui a déjà demandé ça, mais je voudrais parler avec elle. Il faut que je réfléchisse à une question plus originale", songeait Ashley Dowling.
"Peut-être qu'elle est en Espagnol...", espérait June Richard.
"... des tonnes de trucs que je laisserai tomber ce soir. Casse tête. Et le test d'Anglais... J'espère que ma mère..."

C'était Angela Weber, une fille tranquille, avec des pensées exceptionnellement gentilles. La seule à la table qui ne soit pas obsédée par Bella.
Je pouvais tous les entendre, toutes les choses insignifiantes qu'ils pensaient, tout ce qui traversait leur esprit. Mais rien de la nouvelle élève aux yeux si communicatifs.
Bien sûr, je pouvais entendre ce qu'elle disait lorsqu'elle parlait avec Jessica. Je n'avais pas besoin de lire dans les esprits pour entendre sa voix basse et claire dans la grande cantine.

_ Qui c'est, ce garçon aux cheveux blonds-roux ? demanda-t-elle sans pouvoir s'empêcher de me regarder du coin de l'oeil pour vite détourner les yeux en constatant que je la fixais toujours.

J'avais espéré qu'entendre sa voix m'indiquerait le timbre de ses pensées, perdues quelque part dans un lieu auquel je n'avais pas accès, et je fus immédiatement déçu. Habituellement, les pensées des gens avaient la même teneur que leur voix physique. Mais ce timide silence était une voix inhabituelle et ce n'était pas l'une des centaines de pensées qui se baladaient dans la pièce, j'étais sûr de ça. Complètement nouveau.

"Oh, bonne chance, idiote", pensa Jessica avant de répondre à sa question.

_ Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps. Apparemment, aucune fille d'ici n'est assez bien pour lui, renifla-t-elle.

Je détournais la tête pour cacher mon sourire. Jessica et ses camarades de classe n'avaient pas idée de la chance qu'elle avaient que je ne m'intéresse pas l'une d'elles en particulier.
Sous l'éphémère pensée, je sentis une impulsion que je ne compris pas toute de suite. Cela avait à voir avec les malfaisantes pensées de Jessica dont la nouvelle n'avait pas conscience. Je ressentais une forte envie de m'immiscer entre elles, pour protéger Bella Swan des noires pensées de Jessica. Quel étrange sentiment ! Désireux de découvrir les motivations cachées derrière cette impulsion, j'examinais une nouvelle fois la fille.
Peut-être était-ce juste un instinct protecteur profondément enfoui - les forts protégeant les faibles. Cette fille semblait plus fragile que ses camarades. Sa peau était si translucide qu'il était difficile de croire qu'elle constituait une défense fiable contre les agressions extérieures. Je pouvais voir les pulsations rythmées de son sang dans ses veines à travers sa peau claire et pâle. Mais je ne devais pas me concentrer sur ça. J'étais bon dans cette vie que j'avais choisi, mais j'étais aussi assoiffé que Jasper et il n'y avait aucun compromis avec cette délicieuse tentation.
Il y avait un léger pli entre ses yeux marron dont elle ne semblait pas avoir conscience.
C'était incroyablement frustrant ! Je pouvais clairement voir qu'elle faisait un effort pour rester assise là, pour faire la conversation à ces étrangers, étant leur centre d'attention. Je pouvais deviner sa timidité à la façon dont elle tenait ses frêles épaules, légèrement voûtées, comme si elle s'attendait à une rebuffade à tout instant. Mais je ne pouvais que deviner, que voir, qu'imaginer. Il n'y avait rien mis à part le silence de cette extraordinaire fille. Je ne pouvais rien entendre. Pourquoi ?

_ On y va ? murmura Alice, interrompant le fil de mes pensées.

Je me détournai du visage de cette fille avec soulagement. Je ne voulais pas continuer à échouer ainsi, cela m'énervait. Et je ne voulais pas développer un quelconque intérêt pour ses pensées cachées simplement parce qu'elles m'étaient inconnues. Pas de doute que lorsque je déchiffrerai ses pensées - et je voulais trouver une façon de le faire - elles se révèleraient aussi insignifiantes et futiles que celles de n'importe quel autre humain. Cela ne valait pas les efforts que je fournissais.

_ La nouvelle est-elle aussi effrayée par nous ? interrogea Emmett, attendant toujouts la réponse à sa question.

Je haussai les épaules. Il n'était pas assez intéressé pour vouloir plus de détails. Je n'aurais pas dû être intéressé. Nous ne levâmes de table et quittâmes la cafétéria.
Emmett, Rosalie et Jasper étaient supposés être dans les grandes classes et partirent donc à leur cours. Je jouais un rôle plus jeune qu'eux. J'allais donc à mon cours de biologie avancée, préparant déjà mon esprit à l'ennui. C'était un certain Mr Banner qui assurait le cours, un homme d'intellect moyen que rien ne réussissait à sortir de sa lecture, ce qui n'était pas une grande surprise pour quelqu'un qui était diplômé de médecine.
En classe, je m'assis sur ma chaise et sortis mes livres - il n'y avait rien dedans que je ne savais déjà - qui se renversèrent sur la table. J'étais le seul étudiant qui avait une paillasse à lui tout seul. Si les humains n'étaient pas assez malins pour deviner qu'ils me craignaient, leur instinct de survie, lui, l'était suffisamment pour les éloigner.
La salle se remplissait lentement comme elle s'était vidée à la cantine. Je me penchai en arrière sur ma chaise et attendis que le temps passe. Je souhaitais encore pouvoir dormir.
Je pensais à la nouvelle quand Angela Weber l'escorta à travers la pièce, son nom attira mon attention.

"Bella est aussi timide que moi. Je jurerais que ce jour est très difficile pour elle. J'aimerais bien lui dire quelque chose... mais ça paraîtra sûrement stupide.'"
"Oui !", pensa Mike Newton en se tournant sur son siège pour voir entrer la nouvelle.

Il n'y avait de nouveau rien à la place où se tenait Bella Swan. L'espace vide de ses pensées m'irritait et me décontenançait.
Elle s'approcha, marchant dans l'allée centrale à côté de moi, vers le bureau du professeur. Pauvre fille, le seul siège disponible était celui à côté du mien. Je compris que ce serait le sien et poussai mes livres en pile. Je doutais néanmoins que cela soit très confortable. Elle était ici pour un long semestre - dans cette classe du moins. Peut-être, pensais-je, que je serais capable de percer ses secrets en étant placer près d'elle. Non pas que j'avais eu besoin d'une proximité avant, ni que j'eusse envie de trouver quelque chose qui vaille la peine d'être entendu.
Bella marchait dans un écoulement de chaleur que le vent m'envoya.
Son parfum me frappa tel une balle destructrice, un coup de massue. Il n'existait pas d'image assez violente pour décrire la foce qui me frappa en cet instant.
A ce moment, je n'avais plus rien d'humain. Il n'y avait plus la moindre once d'humanité en moi. Mais j'essayais tout de même de retrouver mes esprits.
J'étais un prédateur, elle était ma proie. Il n'y avait rien de plus vrai au monde. Il n'y avait pas assez d'une pièce remplie de témoins - ils n'étaient que des détails secondaires dans ma tête. Le mystère de ses pensées était oublié. De toute manière, elles n'avaient aucune importance puisqu'elle ne pourrait pas les penser encore longtemps.
J'étais un vampire, et elle avait le sang le plus doux que j'avais senti en plus de quatre-vingt ans. Je n'avais jamais imaginé qu'un tel parfum puisse exister. Si je l'avais su, cela aurait fait longtemps que je serais parti à sa recherche. J'aurais passé la planète au peigne fin pour le trouver. Je pouvais imaginé son goût...
La soif brûlait ma gorge en feu. Ma bauche était chaude et sèche. Le flot frais de venin ne dissipait en rien ce sentiment. Mon ventre se tordait de faim, faisant écho à ma soif. Mes muscles se bandaient pour sauter.
A peine quelques secondes s'étaient écoulées, et elle se tenait toujours au même endroit, dans le sens du vent.
Au moment même où ses pieds touchèrent l'étal, elle posa les yeux sur moi. Un mouvement très furtif. Son regard rencontra le mien et je vis mon image se refléter dans le large miroir de ses yeux. Je pus voir le choc qui si peignit sur ses traits, voir qu'elle mettait sa vie de côté pour quelques instants.
Elle ne le cacha pas facilement. Quand elle décrypta l'expression de mon visage, du sang afflua à ses joues, donnant à sa peau la plus belle couleur qu'il m'eût été donné de voir. Son odeur formait une brume épaisse dans ma tête. Je pouvais tout juste penser à autre chose. Mes pensées faisaient rage, échappant à mon contrôle, incohérentes.
Elle marchait plus rapidement maintenant, comme si elle comprenait qu'elle devait s'échapper. Sa hâte la rendait maladroite. Elle tangua et trébucha en avant, tombant quasiment sur la fille assise devant elle. Vulnérable, faible. Même plus qu'à l'ordinaire pour un humain.
J'essayais de me concentrer sur son visage et j'en vis un dans ces yeux que je reconnus avec révulsion. Le visage du monstre en moi que j'avais combattu pendant une décennie grâce à des efforts et une discipline pure et dure. Comme il ressortait facilement à la surface maintenant !
Son parfum tourbillonna à nouveau autour de moi, éparpillant mes pensées et me projetant presque en dehors de mon siège.
Non !
Ma main s'agrippa au rebord de la table tandis que j'essayais de me contrôler. Le bois ne facilitait pas la tâche. Mes doigts écrasèrent le montant et s'en décrochèrent, piqués d'échardes, laissant leur forme gravée dans ce qui restait de bois.
Anéantir les preuves. C'était une règle fondamentale. Rapidement, je pulvérisai la forme avec le bout de mes doigts. Il ne restait désormais rien mis à part un trou rageur et des copeaux sur le sol.
Anéantir les preuves, les dégâts collatéraux...
Je savais ce qui allait arriver maintenant. La fille s'installerait à côté de moi, et je voudrais la tuer. Ainsi que les élèves innocents de cette classe, dix-huit autres enfants et un homme, qui ne pourraient pas quitter la salle en voyant ce qu'ils allaient voir.
J'hésitais quant à ce que je devais faire. Même dans mon pire état, je n'avais jamais commis ce genre d'atrocité. Je n'avais jamais tué d'innocents, pas dans les huit dernières décennies. Et je planifiais maintenant d'en massacrer vingt.
Le visage du monstre dans le miroir me nargua.
Même si une partie de moi tressaillit devant le monstre, l'autre élaborait ses plans.
Si je tuais la fille en premier, je n'aurais que quinze ou vongt secondes avant qu'un humain dans la pièce ne réagisse. Peut-être un peu plus s'ils étaient longs à comprendre ce que j'étais en train de faire. Elle n'aurait pas le temps de crier ou de sentir la douleur, je ne la tuerai pas cruellement. Du moment que je pouvais obtenir cette fille et son sang si désirable... Et ensuite je devrais les empêcher de s'enfuir. Je ne m'inquiétais pas pour les fenêtres, trop hautes et trop petites pour fournir une échappatoire. Juste une porte, la bloquer et ils étaient piéger. Ce serait plus lent et plus difficile de les tuer une fois qu'ils seraient effrayés car ils s'éparpilleraient dans la pièce. Ce n'était pas impossible mais ce serait trop bruyant et beaucoup hurleraient. Quelqu'un pourrait entendre... et je serai forcé de tuer plus d'innocents encore dans ces heures noires. Et son sang à elle refroidirait pendant que je tuerais les autres...
Le parfum me punit et ma gorge se ferma avec une sécheresse douloureuse.
Donc, d'abord les témoins.
Je planifiais ça dans ma tête. J'étais dans le milieu de la salle, à l'extrême rangée au fond. Je prendrai ceux de droite en premier. Je pourrais casser net quatre ou cinq cous parseconde, estimai-je. Cela ne devrait pas être bruyant. La rangée de droite serait la plus chanceuse : ils ne me verraient pas arriver. Me déplacer au premier rang et repartir sur celui de gauche. Au plus, cinq secondes pour éliminer toute vie dans cette pièce. Assez longtemps pour que Bella Swan comprenne brièvement ce que j'avais projeté pour elle. Assez longtemps pour qu'elle ait peur. Assez longtemps, si le choc ne la rendait pas muette, pour pousser un cri. Un cri éphémère n'alerterait personne...
Je pris une profonde inspiration et son odeur me traverser comme une flamme se précipitant en moi, incendiant ma poitrine pour absorber la meilleure impulsion dont j'étais capable.
Elle s'était tournée. En quelques secondes, elle fut assise à un mètre de moi. Le monstre sourit d'anticipation.
Quelqu'un fit claquer un dossier sur ma gauche. Je ne cherchais pas à savoir qui était ce maudit humain. Mais ce mouvement m'envoya une vague d'ordinaire, un air non parfumé flotta jusqu'à moi. Pendant une courte seconde, je pus penser normalement. Pendant cette précieuse seconde, je vis deux visages dans ma tête, côte à côte.
Le premier était le mien, ou plutôt celui reflétant ce que j'avais été : les yeux rouges du monstre qui avait tué tellement de gens que j'avais arrêté de les compter. Des morts rationnelles et justifiées. Le meurtrier des meurtriers, le plus monstrueux des tueurs. C'était un bon argument, je reconnaissais cela, décisif pour mériter une peine de mort. C'était un compromis avec moi-même. Je me nourrissais de sang humain, mais seulement de ceux qui échappaient à la définition. MLais victimes étaient, dans leurs différents et sombres passe-temps, pas plus humaines que moi.
L'autre visage était celui de Carlisle.
Il n'y avait aucune ressemblance entre les deux physionomies. C'était le jour et la nuit. Ils n'avaient aucune raison de se ressembler.
Carlisle n'était pas mon père dans le sens biologique du terme. Nous n'avions aucun trait commun. La seule similarité était notre couleur d'épiderme, le produit de ce que nous étions. Tous les vampires avaient la même peau blanche et froide. La similitude de la couleur de nos yeux était une autre affaire, une réflexion de notre choix mutuel. De plus, bien qu'il n'y avait pas de ressemblance de base, j'imaginai que mon visage commençait à le refléter, dans toute l'étendue de ces derniers soixante-dix ans où j'avais fait ce choix et où je l'avais suivi. Mes traits n'avaient pas changé, mais il me semblait qu'ils s'étaient marqués par la sagesse. Un peu de compassion se dessina sur mes lèvres, et une patience évidente était lisible dans mes sourcillements. Une toute petite amélioration, vite disparue dans la figure du monstre qui était en moi. Dans quelques instants, il n'y aurait plus rien à ma gauche qui pourrait refléter les années passées avec mon créateur, mon mentor, mon père de bien des façons.
Mes yeux rougeoiraient tels ceux d'un démon. Toute ressemblance serait perdue à jamais.
Dans ma tête, les yeux de Carlisle ne me jugeaient pas. Je savais qu'il voulait oublier ce que j'avais fait parce qu'il m'aimait, parce qu'il pensait que j'étais meilleur que je ne l'avais été autrefois. Et il voulait toujours m'aimer. Comme je voulais lui prouver qu'il avait tort !
Bella Swan s'installa sur la chaise à côté de moi, dans un mouvement raide et maladroit - avec peur ? - et l'odeur de son sang m'entoura inexorablement.
Je voulais prouver à mon père qu'il se trompait sur moi. La douleur de ce fait me heurta avec presque autant de puissance que le feu qui dévorait ma gorge. Je m'écartai d'elle, révulsé, révolté par le monstre qui voulait la tuer.
Pourquoi devait-elle venir ici ? Pourquoi devait-elle exister ? Pourquoi devait-elle ruiner le peu de paix que j'avais dans cette non-vie ? Pourquoi cette humaine exaspérante était-elle née ? Elle voulait ma mort.
Je tournais la tête de l'autre côté, brusquement envahi par une haine irrationnelle. Qui était cette créature ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi devais-je tout perdre juste parce qu'elle avait choisi d'apparaître dans cette ville ? Pourquoi était-elle venue !
Je ne voulais pas être un mostre ! Je ne voulais pas tuer toute cette pièce remplie d'inoffensifs humains ! Je ne voulais pas perdre tout ce que j'avais acquis dans cette vie de sacrifices et de mensonges ! Je ne voulais pas. Je voulais rester moi.
L'odeur était un problème. Cette horrible illusion de l'odeur de son sang. Si seulement il existait une façon de résister... Si seulement un courant d'air frais pouvait m'éclaircir les idées.
Bella Swan secoua ses longs et épais cheveux acajou dans ma direction.
Etait-elle folle ? C'était comme si elle encourageait le monstre ! Se moquait de lui ! Et s'il n'y avait pas de brise amicale pour souffler l'odeur loin de moi, tout serait bientôt perdu. Non, il n'y avait pas de vents serviables, mais je ne devais pas respirer.
Je stoppai l'air qui s'enfonçait dans mes poumons. Le soulagement fut instantané, mais incomplet. J'avais toujours le souvenir de son parfum dans la tête, son goût sur ma langue. Je ne serais pas capable de résister bien longtemps. Mais peut-être pourrais-je tenir une heure ? Une petite heure. Juste assez pour sortir de cette pièces emplies de victimes potentielles qui ne devraient jamais en devenir de réelles. Si je pouvais résister pendant cette petite heure...
C'était une sentation inconfortable que de ne pas respirer. Mon corps n'avait pas besoin d'oxygène, mais cela allait contre mes instincts. Dans ces périodes de stress, je me fiais à mon odorat plus qu'à mes autres sens. Cela me ramenait à ma façon de chasser, l'odeur était le premier avertissement en cas de danger. Je ne donnais pas l'impression d'être aussi dangereux que je ne l'étais en vérité, l'auto-persuasion était aussi forte chez mon espèce que chez les humains.
Quoiqu'il en soit, c'était inconfortable mais maîtrisable. Plus tenable que de la sentir et de ne pas pouvoir enfoncer mes dents dans son cou mince, dans cette peau transparente agrémentée de chaleur, d'humidité, des pulsations de son...
Une heure ! Juste une heure. Je ne devais penser ni au parfum ni au goût.
La fille muette, penchée en avant, gardait ses cheveux entre nous, ces derniers s'étalant d'un bout à l'autre de son classeur. Je ne pouvais pas voir son visage pour essayer de lire ses émotions dans ses yeux clairs et profnds. Etait-ce pour cette raison qu'elle plaçait ses cheveux de la sorte ? Pour me cacher ses yeux ? Par peur ? Timidité ? Pour me dissimuler ses secrets ?
Mon ancienne irritation nourrie par ses pensées silencieuse était faible et claire en comparaison au besoin et à la haine, qui me possédaient maintenant. Je détestais cette femme enfant assise à côté de moi, je la détestais avec toute la ferveur avec laquelle je me raccrochais à mon ancien moi, mon amour pour ma famille, mes rêves d'être quelqu'un de meilleur. La détester, exécrer ce qu'elle me faisait ressentir m'aidait un peu. Oui, l'irritation que je ressentais avant était faible, mais elle aidait également un peu. Je m'accrochais à toutes les émotions qui me distrayaient de mon désir de la goûter...
Haine et irritation. L'heure ne passerait-elle donc jamais ?
Et quand cette heure serait finie... Elle sortirait de cette classe. Et je ferai quoi ? Je pourrais me présenter : "Bonjour, mon nom est Edward Cullen. Peut-être que je pourrais t'accompagner à ton prochain cours ?". Elle dirait oui, ce serait la chose la plus polie à faire. Même si elle me craignait déjà, comme je le supposais, elle suivrait les règles de la courtoisie et marcherait à côté de moi. Ce serait alors assez facile de la mener dans la mauvaise direction. Pour motif d'aller vers la forêt qui s'étendait jusqu'à parking du lycée, je pourrais lui dire que j'avais oublié un livre dans ma voiture... Est-ce que quelqu'un s'apercevrait que j'avais été la dernière personne en sa compagnie ? Il pleuvait, comme d'habitude : deux imperméables noirs qui n'allaient pas dans la bonne direction n'allaient pas vraiment attirer l'attention et cela m'offrirait la chance de partir. Sauf que je n'étais pas le seul étudiant à être conscient de sa présence aujourd'hui, personne n'était d'ailleurs aussi conscience de cela que moi. Mike Newton en particulier était au fait de tous ses gestes lorsqu'elle gesticulait sur sa chaise. Elle était inconfortablement trop près demoi, juste comme quelqu'un d'autre l'aurait été, juste comme ce à quoi je m'attendais avant que son odeur ne détruise toute considération considérable. Mike Newton s'apercevrait forcément qu'elle quittait la classe avec moi. Si je pouvais tenir une heure, pourrais-je en tenir deux ?
J'hésitais face à la douloureuse sensation de brûlure.
Elle rentrerait dans une maison vide, le chef Swan travaillait tous les jours. Je savais où était sa maison, je savais où était la maison de chacun dans cette petite ville. La sienne était juste à droite après le bois touffu, sans aucun voisin.... Même si elle avait le temps de crier, il n'y aurait personne pour l'entendre.
C'était une façon responsable de s'en occuper. J'avais tenu sans sang humain pendant sept décennies. Si je retenais mon souffle, je pouvais résister pendant deux heures. Et une fois qu'elle serait seule, il n'y aurait alors personne pour lui venir en aide. Et personne pour venir ruiner nos plans, acquiesça le monstre dans ma tête.
J'étais sophiste de penser pouvoir sauver les dix-neuf autres humains de cette salle à force d'efforts et de patience. Je voulais être le moins monstrueux possible lorsque je tuerais cette fille.
Bien que je la détestais, je savais que cette haine était injuste. Je savais que la personne que je haïssais réellement, c'était moi et non elle, et que je me haïrai encore plus lorsqu'elle serait morte.
Je passai donc l'heure ainsi - à tenter de trouver la meilleure façon de la tuer. J'essayais d'éviter d'imaginer l'acte ici-même. Ce désir était trop puissant pour moi. Je perdrais certainement la bataille et, finalement, tuerais ces élèves à la vue de tout le monde. J'établissais donc des stratégies, rien de plus. Je me contrôlerais pendant une heure.
Une fois, vers la fin du cours, elle me jeta un coup d'oeil à travers le fluide rideau que formaient ses cheveux. Je pouvais sentir ma haine injustifiée me brûler de l'intérieur comme lorsque j'avais rencontré son regard et que j'y avais vu mon reflet dans ses yeux effrayés. Du sang afflua à ses joues avant qu'elle ne puisse se cacher et je faillis perdre la bataille.
Mais la cloche sonna. Sauvé par le gong - tellement cliché ! Nous étions sauvés. Elle, sauvée d'une mort imminente. Moi, sauvé pendant quelques instants de la cauchemardesque créature que j'allais devenir, que je craignais et que j'aurais préféré ne jamais être.
Je ne pus marcher aussi tranquillement que je l'avais voulu et je sortis de la salle comme une flèche. Si quelqu'un m'avait regardé à ce moment-là, il aurait sans doute remarquer quelque chose d'anormale dans ma façon de me déplacer. Mais personne ne me prêta attention. Leurs pensées tournaient toujours autour de la fille qui avait frôlée la mort pendant toute cette heure.
Je me cachais dans ma voiture. Je n'aimais pas penser que j'avais à me cacher. Cela semblait tellement lâche. Mais c'était incontestablement le cas maintenant. Je n'avais plus assez de discipline pour être avec des humains. La concentration dont je faisais preuve pour éviter de tuer l'un d'entre eux m'ôtait toute force de résister aux autres. Et cela aurait été du gaspillage. Si je m'abandonnais au monstre maintenant, cela serait la pire des défaites.
Je mis un CD de musique qui me calmait habituellement, mais il ne pouvait désormais plus grand-chose pour moi. La meilleure aide était ce vent frais et humide qui voletait à travers la pluie jusqu'à ma vitre baissée. Bien que je pouvais me rappeler avec exactitude de l'odeur du sang de Bella Swan, inhaler cet air frais et humide me lavait de l'intérieur et me débarrassait de cette infection.
Je redevins sain d'esprit et pus à nouveau réfléchir. Je pouvais à nouveau me battre, lutter contre ce que je ne voulais pas être.
Je n'avais pas à aller chez elle. Je n'avais pas à la tuer. J'étais manifestement une créature rationnelle et dotée de raison, j'avais le choix. J'avais toujours le choix. Je n'avais pas ressenti ça dans la classe, mais j'étais loin d'elle à présent. Peut-être que si je l'évitais et que si je faisais très attention, je n'aurais pas besoin de changer de vie. J'avais ordonné les choses de telle façons que ma vie me plaisait telle qu'elle était. Pourquoi devrais-je laisser quelqu'un d'aussi exaspérant et délicieux détruire cela ?
Je ne devais pas décevoir mon père. Je ne devais pas imposer stress et inquiétude à ma mère, et encore moins la peine. Oui, car cela blesserait assurément ma mère adoptive. Et Esmée était tellement douce, tendre et calme. Causer de la peine à quelqu'un comme Esmée était vraiment impardonnable.
Quelle ironie que d'avoir voulu protéger cette humaine des piètres et inefficaces menaces de l'esprit sournois de Jessica. J'étais le dernier à pouvoir prétendre être le protecteur de Bella Swan. Elle n'avait eu autant besoin de protection que contre moi.
Où était Alice ? me demandai-je subitement. Ne m'avait-elle pas vu tuant Bella Swan de les façons possibles ? Pourquoi n'était-elle pas venue m'aider ? Me stopper, ou m'aider à faire disparaître les preuves, à sa préférence ? Etait-elle si absorbée par les problèmes de Jasper qu'elle avait manqué cette terrible possibilité ? Etais-je plus fort que je ne le pensais ? N'allais-je réellement rien faire à cette fille ?
Non, je savais que c'était faux. Alice devait être très concentrée sur Jasper.
Je cherchais dans la direction où je savais qu'elle était, dans le bâtiment utilisé par les classes d'anglais. Cela ne me prit pas longtemps pour localiser sa "voix" familière. Et j'avais raison. Toutes ses pensées étaient tournées vers Jasper, observant ses choix avec minutie.
J'espérais que je pourrais lui demander des conseils, mais, en même temps, j'étais content qu'elle ne sache pas ce dont j'étais capable, qu'elle ne soit pas rendue compte du massacre auquel j'avais rêvé pendant une heure.
Une nouvelle brûlure consumma mon corps : de la honte. Je voulais qu'aucun d'entre eux ne l'apprenne. Si je pouvais éviter Bella Swan, si je pouvais réussir à ne pas la tuer - même si le monstre en moise déformait et grinçait des dents, frustré - personne n'aurait à le savoir. Si je pouvais rester éloigné de son parfum...
Au moins, il n'y avait pas de raison que je n'essaye pas. Faire le bon choix. Essayer d'être comme Carlisle pensait que j'étais.
La dernière heure de cours était presque terminée, maintenant. Je décidai de mettre aussitôt mon npouveau plan en exécution.C'était mieux que de rester ici, dans le parking, où elle pourrait passer et ruiner tous mes efforts. Je ressentis une nouvelle fois cette haine injuste envers cette fille. Je détestais qu'elle ait ce pouvoir sur moi. Ce qu'elle pouvait me faire était une chose que j'injuriais.
Je marchais promptement - un peu trop, mais il n'y avait pas de témoins - d'un bout à l'autre de l'exigu campus en direction du secrétariat. Il n'y avait aucune raison que Bella Swan s'y rende également. Elle fuirait comme la peste qu'elle était.
La pièce était vide, à l'exception de la secrétaire. La personne que je voulais voir. Elle ne remarqua pas mon entrée silencieuse.

_ Madame Cope ?

La femme, avec des cheveux anormalement rouges, leva les yeux, qui s'agrandirent, vers moi. Cela leur faisait toujours cet effet lorsqu'ils baissaient leur garde. Les petites marques qu'ils ne comprenaient pas, même après nous avoir vus plusieurs fois.

_ Oh ! haleta-t-elle, un peu nerveuse.

Elle lissa son chemisier.

"Ridicule", pensa-t-elle. "Il est presque assez jeune pour être mon fils. Trop jeune pour penser à lui de cette manière..."

_ Bonjour, Edward. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? demanda-t-elle en battant des cils derrière ses épaisses lunettes.

Embarrassant. Mais je savais être charmeur lorsque je le voulais. C'était facile, depuis que j'étais capable de savoir quels tons et quelles expressions prendre.
Je me penchais en avant, rencontrant son regard comme si je fixais ses petits yeux bruns sans profondeur. Ses pensées étaient déjà en émoi. Ce serait simple.

_ Je me demandais si vous pouviez m'aider avec mon programme ? dis-je avec cette voix douce que j'utilisais lorsque je ne voulais pas effrayer les humains.

J'entendis les battements de son coeur augmenter.

_ Bien sûr, Edward. Comment puis-je t'aider ?

"Trop jeune, trop jeune", se répétait-elle intérieurement.

Faux, bien sûr. J'étais plus vieux que son grand-père. Mais selon mon permis de conduire, elle avait raison.

_ Je voulais savoir si vous pouviez déplacer mon cours de biologie avancée ? Physique, peut-être ?
_ Y-a-t-il un problème avec M. Banner, Edward ?
_ Pas du tout, c'est juste que j'ai déjà étudié cette matière...
_ Dans cette école accélérée où tu allais en Alaska, c'est vrai, réfléchit-elle en serrant ses minces lèvres.

"Ils devraient tous être à l'université. J'ai entendu les professeurs se plaindre... Parfaits en tous points. Jamais une hésitation, jamais une réponse fausse... Comme s'ils trouvaient une manière de tricher à tous les tests, dans toutes les matières. M. Varner préfère croire qu'ils trichent plutôt que d'imaginer qu'ils sont plus intelligents que lui... Je jurerais que leur mère adoptive les ...

_ En fait, Edward, les cours de physique sont complets, maintenant. M. Banner déteste avoir plus de vingt-cinq élèves par classe.
_ Je n'aurais aucune difficulté.

"Bien sûr. Comme tous les Cullen."

_ Je sais, Edward, c'est juste qu'il n'y aura pas assez de place pour ...
_ Alors je pourrais peut-être abandonner la biologie ? J'utiliserais ce temps pour étudier les autres matières.
_ Abandonner la biologie ? répéta-t-elle, sa bouche s'entrouvrant sous le coup de la stupeur.

"C'est fou, il se donne beaucoup de mal pour un sujet qu'il connait déjà. Il doit sûrement y avoir un problème ave M. Banner. Je me demande si pourrais lui en toucher deux..."

_ Tu n'as pas assez de crédits pour monter dans la classe supérieure.
_ Je le reprendrais l'année prochaine.
_ Peut-être devrais-tu en parler avec tes parents ?

La porte s'ouvrit derrière moi, mais, qui que ce soit, il ne pensait pas à moi. J'ignorais donc le nouvel arrivant et me concentrais sur Mme Cope. Je m'avançais un peu plus près, m'aidant de mes yeux, plus ouverts. Ils faisaient un meilleur travail lorsqu'ils étaient or plutôt que noir. Le noir effrayait les gens, comme il le devait.

_ S'il vous plaît, incistai-je en modelant ma voix de façon à ce qu'elle soit plus régulière et plus convaincante. Il n'y a pas d'autres sections où je pourrais aller. Je suis sûr qu'il y a une possibilité quelque part. Siw heures de biologie ne sont pas la seule solution.

Je lui souris en faisant attention à ne pas l'éblouir en découvrant trop mes dents, ce qui l'aurait alertée, laissant cette expression adoucir mon visage. Son coeur se mit à battre plus fort.

"Trop jeune'", se répétait-elle désespérément.

_ Je pourrais en parler avec Bob..., je veux dire, M. Banner. Je pourrais voir si...

Mais, en une seconde, tout changea : l'atmosphère dans la pièce, mon but en venant ici, la raison pour laquelle je me penchais vers la femme aux cheveux rouges. Ce qui avait été un but pour moi était maintenant pour les autres.
Une seconde pendant laquelle Samantha Wells ouvrit la porte, plaçait un signet tardif dans la corbeille qui se trouvait juste à côté et ressortait sans demander son reste vers la ruée qui sortait du lycée. Une seconde pendant laquelle une rafale de vent entra dans la pièce et me percuta. Une seconde pendant laquelle je compris pourquoi la première personne qui était entrée ne m'avait pas dérangé avec ses pensées.
Je me retournais, bien que je n'en eus pas besoin pour être sûr de moi. Je me retournais lentement, luttant pour garder le contrôle de mes muscles qui se rebellaient contre moi.
Bella se tenait près du mur, à côté de la porte, son sac pressé contre elle, un papier fermement tenu dans la main. Ses yeux étaient aussi grands que dans mon souvenir lorsqu'elle croisa mon regard, féroce et inhumain.
L'odeur de son sang saturait chaque molécule d'air contenue dans cette petite pièce. Ma gorge me brûlait atrocement. Le monstre me lança un regard furieux à travers le miroir de ses yeux. Le masque du démon.
Ma main hésitait en l'air, au-dessus du comptoir. Je ne devais pas la retourner sous peine de claquer la tête de Mme Cope sur le bureau avec suffisamment de force pour la tuer. Deux vies au lieu de vingt. Un bon échange.
Le monstre attendait avec inquiétude et faim que je le fasse. Mais il y avait toujours le choix. Je devais faire ce choix.
J'arrêtai le mouvement de mes poumons et fixai le visage de Carlisle dans ma tête. Je me tournai pour faire face à Mme Cope et j'entendis sa surprise intérieure lorsqu'elle remarqua mon changement d'expression. Elle s'éloigna de moi, mais sa peur ne prenait pas la forme de mots cohérents.
Je dus user de tout le self-control que j'avais acquis durant une décennie d'abnégation pour reprendre ma voix régulière et paisible. Il y avait juste assez d'air dans mes poumons pour parler une dernière fois et prononcer ces mots d'un trait :

_ Tanpis. C'est impossible et je comprends. Merci quand même.

Je filai et sortis en vitesse de la pièce, en essayant de ne pas sentir le sang chaud qui coulait dans les veines de la fille en passant à plusieurs mètres d'elle. Je ne pourrais m'arrêter qu'une fois que je serais dans ma voiture, me déplaçant d'une façon beaucoup trop rapide. Beaucoup d'humains s'étaient déjà sauvés, diminuant considérablement le nombre de témoins. J'entendis un étudiant en deuxième année du lycée, D.J. Garret, qui m'aperçut mais ne me prêta pas plus d'attention que ça.

"Où peut bien aller Cullen... Il semble aussi léger que l'air... Mon imagination me joue des tours. Ma mère me dit toujours..."

Lorsque je me glissais dans la voiture, les autres étaient déjà là. J'essayais de respirer plus calmement, mais j'haletais à l'air frais, comme si je suffoquais.

_ Edward ? demanda Alice d'une voix inquiète.

Je secouai juste la tête vers elle.

_ Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? interrogea Emmett, distrait, pour le moment, du fait que Jasper n'était pas d'humeur à faire une nouvelle partie.

Au lieu de répondre, je fis reculer la voiture en démarrant sur les chapeaux de roues. Je devais quitter cet endroit avec que Bella Swan ne puisse me suivre ici également. Mon propre démon me gégoûtait... Je jetai la voiture sur le parking et accélérai. J'atteignis les quarante avant d'être sur la route, les soixante-dix avant de prendre le virage.
Sans les regarder, je savais qu'Emmett, Rosalie et Jasper s'étaient tous tournés vers Alice. Elle haussa les épaules. Elle ne pouvait pas voir ce qui s'était passé, seulement ce qui était à venir.
Elle me regardait, maintenant. Nous considérions l'un l'autre ce que nous avions vu dans nos têtes, et nous étions tous deux surpris.

_ Tu pars ? chuchota-t-elle.

Les autres me fixaient, à présent.

_ Oui, sifflai-je à travers mes dents.

Elle voyait mon départ puis, comme ma décision était encore hésitante, dans quelle direction me mèneraient mes autres choix.

_ Oh !

Bella Swan, morte. Mes yeux, luisants, cramoisis de sang frais. La recherche continuait. Le temps de la prudence que nous attentions avant d'être sûrs de pouvoir partir et recommencer...

_ Oh ! répéta-t-elle.

Les images devenaient plus claires. Je voyais la maison du chef Swan dans un premier temps, puis je voyais Bella sans une petite cuisine aux placards jaunes, dos à moi, comme si je la surveillais dans l'ombre... laissant son parfum m'attirer vers elle...

_ Arrête ! gémis-je, incapable d'en supporter davantage.
_ Désolée, chuchota Alice, les yeux grands ouverts.

Le monstre se réjouissait. Et la vision dans sa tête changea à nouveau. Une autoroute déserte le soir, les arbres couverts de neige défilant à plus de deux cents à l'heure.

_ Tu me manqueras, dit-elle. Pas de problème pour le temps que tu partiras.

Emmett et Rosalie échangèrent un regard inquiet.

_ Laisse tomber, ajouta-t-elle. Tu devrais le dire toi-même à Carlisle.

J'acquiesçait et la voiture s'assrêta net dans un crissement de pneus. Emmett, Rosalie et Jasper sortirent en silence, Alice leur expliquerait quand je serais parti. Alice me toucha l'épaule.

_ Tu feras le bon choix, murmura-t-elle, ce qui n'était pas une vision, mais un ordre. Elle est la seule famille de Charlie Swan. Cela le tuerait, lui aussi.
_ Oui, dis-je, d'accord uniquement sur la dernière partie.

Elle se glissa à l'extérieur pour rejoindre les autres, ses sourcils se rejoignant avec anxiété. Ils fondirent dans les bois, hors de vue avant que je n'eusse le temps de faire demi-tour.
J'accélérai vers la ville. Je savais que les visions d'Alice étaient des flashs sortis des ténèbres qui brillaient tels une courtes lumière. Je me hâtais de retourner à Forks, je n'étais pas sûr de ce que j'allais faire. Dire au revoir à mon père ? Ou embrasser le monstre en moi ?
La route s'envolait derrière mes pneus.








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# Posté le samedi 14 mars 2009 16:57

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:50

Midnight sun- Chapitre 2.

Midnight sun- Chapitre 2.
Chapitre 2 ; À livre ouvert

Je m'adossai à un banc de neige, laissant la poudre sèche se tasser sous mon poids. Ma peau était aussi froide que l'air ambiant, et de petits bouts de glaces recouvraient ma peau d'un voile de velours.

Le ciel au dessus de moi était pur, brillant et étoilé, d'un bleu rougeoyant par endroit, parfois jaune. Les étoiles créaient des formes majestueuses et tourbillonnantes dans l'univers noir – une vision impressionnante. D'une extraordinaire beauté.
Enfin, ça aurait dû l'être. Ca l'aurait été, si j'avais été capable de vraiment le voir.

Je ne notai aucune amélioration, je n'allais pas mieux. Six jours avaient passé. Six jours que je me cachais, ici, dans la vide et sauvage région de Dénali, et pourtant j'étais toujours aussi loin de la liberté que le jour où j'avais sentis son odeur pour la première fois.

Quand je regardais ce ciel comme incrusté de pierres précieuses, c'était comme s'il y avait un obstacle entre mes yeux et cette beauté. Cet obstacle était un visage, juste un simple visage, mais qui s'imposait à mon esprit sans en daigner repartir.

J'entendis les pensées approcher avant même que je n'entendre les pas qui les accompagnaient. Le bruit que le mouvement produisait n'était guère plus qu'un murmure dans la neige poudreuse.

Je n'étais pas surpris que Tanya m'ait suivi jusqu'ici. Je savais qu'elle répétait la conversation qui allait venir depuis plusieurs jours déjà, et qu'elle l'ait repoussée encore en encore jusqu'à ce qu'elle soit sûre de savoir ce qu'elle voulait me dire.

Elle jailli dans mon champs de vision soixante lieues au loin, sautant sur une roche noire.
La peau de Tanya avait des reflets argentés à la lumières des étoiles. Ses long cheveux ondulé étaient pale et brillants, presque rose avec leur reflets fraise. Ses yeux d'ambre brillaient tandis qu'elle m'espionnait, à moitié cachée par la neige, et ses lèvre s'étirèrent doucement en un large sourire.

Magnifique. Si j'avais était capable de vraiment la regarder. Je soupirai.
Elle s'accroupie sur le bord du rocher noir, le bout de ses doigts effleurant la roche, son corps sal.

Boulet de canon !pensa-t-elle.

Aussitôt, elle se lança dans les airs, et ses formes devinrent sombres, comme une ombre tournant en vrille gracieusement entre le ciel et moi. Tel un boulet de canon, elle vint frapper l'amas de neige qui s'entassait près de moi.

Un tourbillon de neige vola autour de moi, cachant les étoiles, et je fus bientôt complètement recouvert de neige. Je soupirai à nouveau, mais ne fis rien pour me dégager. Même avec de la neige devant les yeux, je voyais toujours la même chose : le même visage.

- Edward ?

La neige voleta à nouveau lorsque qu'elle entreprit doucement de le déterrer. Elle épousseta la poudreuse de mon visage immobile, sans pour autant rencontrer mon regard.

- Désolé. Murmura-t-elle. C'était une blague.
- Je sais. C'était drôle

Son sourire se fana.

- Irina et Kate disent que je devrais te laisser tranquille. Elles pensent que je t'ennuis.
- Pas du tout. Lui assurais-je. Au contraire, c'est moi qui ai été grossier – incroyablement grossier. Je suis vraiment désolé.

Tu t'en va, n'est-ce pas ? Pensa-t-elle.

- Je n'ai pas encore...totalement...décidé de ça.

Mais tu ne restes pas. Sa pensée était mélancolique à présent, triste.

- Non. Ca n'a pas l'air de beaucoup...m'aider.

Elle grimaça. C'est à cause de moi, hein ?

- Bien sur que non. Mentis-je sans réfléchir.

Ne fais pas le gentleman !

Je souris

Ma présence t'embarrasse, pensa-t-elle d'un ton accusateur.

- Non.

Elle leva un sourcil, en une expression si dubitative que je fus forcé de rire. Une sorte de rire, qu'aucun regard ne suit.

- D'accord. Admis-je. Un peu.

Elle soupira à son tour et prit son menton dans ses mains. Ses pensées étaient pleines de chagrin.

- Tu es mille fois plus digne d'amour que toutes ces étoiles, Tanya. Bien sûr, j'imagine que tu le sais déjà. Ne laisse pas mon attitude entamer ton assurance.

J'eu un petit rire en pensant à cette différence.

- Je ne suis pas habituée à être rejetée. Grommela-t-elle, avec une moue séductrice de sa lèvre inférieure.
- Ca je veux bien te croire. Agréai-je en essayant de repousser ses pensées qui se dirigeaient à présent vers ses milliers de conquêtes passées.

Généralement, Tanya préférait les hommes humains – de bien des aspects ils étaient plus attirants que nous, avec l'avantage que représentait leur douceur et leur chaleur. Et eux, étaient certainement toujours consentants.

- Succubus. La charriai-je, espérant réussir ainsi à stopper le flot d'images dans sa tête.
- Et fière de l'être. Grimaça-t-elle en découvrant ses dents blanches.

Contrairement à Carlisle, Tanya et ses s½urs avaient développé leur conscience progressivement, lentement. Au final, c'était leur penchant pour les hommes humains qui avait poussé les s½urs au bord du massacre. A présent les hommes qu'elles aimaient...s'en sortaient vivant.

- Quand tu es arrivé ici, dit lentement Tanya, j'ai cru que...

J'ai toujours su ce qu'elle avait cru. Et, d'ailleurs, j'aurais du deviner qu'elle ressentira ça. Mais à ce moment là, je n'étais pas capable d'analyser quoi que ce soit.

- Tu as cru que j'avais changé d'avis.
- Oui. Dit-elle sombrement.
- Je suis désolé de jouer avec tes sentiments comme ça, Tanya. Je n'avais pas l'intention de...je n'ai pas réfléchi. C'est juste que je suis parti de chez moi avec un...certain sentiment d'urgence.
- Je suppose que tu ne veux pas me dire pourquoi... ?

Je m'assis et entoura mes jambes de mes bras. Position défensive.

- Je ne veux pas en parler.

Tanya, Irina et Kate excellaient dans le mode de vie qu'elles avaient choisi d'avoir. Si on mettait de côté la proximité malsaine qu'elles se permettaient d'avoir avec ceux qui auraient dû être leurs proies, elles ne commettaient pas d'erreurs. J'avais trop honte pour avouer ma faiblesse à Tanya.

- Des problèmes avec les femmes ? Devina-t-elle, ignorant ma réticence.

J'éclatai d'un rire morne

- Pas dans le sens où tu l'entends.

Alors elle se tut. J'écoutai ses pensées remuer des dizaines de suppositions, pour trouver le sens caché de mes paroles.

- Tu n'y es vraiment pas, là. Lui dis-je.
- Un indice ?
- Laisse tomber, Tanya. S'il te plait.

Elle se tut à nouveau et continua à spéculer. Je l'ignorai et tentai vainement d'admirer les étoiles. Elle finit par abandonner, et ses pensées se dirigèrent ailleurs.
Où iras-tu Edward, si tu t'en va ? Chez Carlisle ?

- Je ne pense pas. Soupirai-je.

Où irai-je ? Dans toute la planète, je ne connaissais pas le moindre lieu qui m'attire un tant soi peu. Il n'y avait rien que je veuille voir ou faire. Je ne voulais aller nulle part. Tout ce que je voulais, c'était fuir.
Je détestai ça. Quand étais-je devenu aussi lâche ?
Tanya enroula ses bras minces autour de mes épaules. Je me figeai mais ne la repoussai pas. Ce n'était que du réconfort amical. Sûrement.

- Je pense que tu vas y retourner. Dit-elle, sa voix reprenant soudain son ancien accent russe. Peu importe la chose...ou la personne...qui te hante. Tu y feras face. Tu es ce genre de personne.

Ses pensées étaient en parfait accord avec ses paroles. J'essayai de me figurer cette vision qu'elle avait de moi-même. Celui qui fait face. C'était agréable de m'imaginer à nouveau ainsi. Je n'avais jamais douté de mon courage, de ma capacité à faire face aux difficultés, avant que cette horrible heure de biologie ne survienne au lycée, il y a si peu de temps.

Je l'embrassais sur la joue et me retirai alors qu'elle tournait son visage vers le mien. Elle sourit de ma rapidité.

- Merci Tanya. J'avais besoin d'entendre ça.

Ses pensées s'irritèrent.

- De rien, je suppose. J'espère que tu seras plus raisonnable pour certaines choses.
- Je suis désolé, Tanya. Tu sais bien que tu es trop bonne pour moi. Je n'ai juste...pas encore trouvé ce que je cherche.
- Et bien...si tu pars avant que je puisse te revoir...Au revoir, Edward.
- Au revoir Tanya.

Tandis que je disais ces mots, je pouvais le voir. Je pouvais me voir partir. Etre assez fort pour oser retourner au seul endroit où je désirais être.

- Encore merci. Ajoutai-je.

En un mouvement agile, elle se leva. Et là elle partit, glissant dans la neige si vite que ses pieds n'avaient même pas le temps de s'enfoncer dans la poudreuse ; elle ne laissa aucune emprunte derrière elle. Elle ne regarda pas en arrière. Mon rejet l'avait beaucoup plus touché qu'elle ne le laissait paraître, même dans ses pensées. Elle ne voulait plus me revoir avant que je parte.

Ma bouche se tordit de chagrin. Je n'aimais pas blesser Tanya, même si ses sentiments n'étaient pas profonds, même s'ils n'étaient pas purs, et même si de toute manière ils n'étaient pas réciproques. Mais j'avais l'impression de ne pas du tout me conduire en gentleman.

Je posai mon menton sur mes genoux et regardai les étoiles à nouveau, soudain anxieux de partir. Je savais qu'Alice verrait mon départ, et qu'elle l'annoncerait à tous les autres. Ca les rendra sûrement heureux – surtout Calisle et Esmée. Mais je m'accordai un moment supplémentaire pour contempler les étoiles, pour voir ce visage qui hante mon esprit. Entre moi et les lumières scintillantes du ciel, une fascinante et étrange paire d'yeux couleur chocolat me rendait mon regard, se demandant sûrement ce que mon retour aller signifier pour elle. Bien sûr que je ne pouvais pas être réellement certain que c'était cette information là que ces étranges yeux cherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais entendre ses pensées. Les yeux de Bella Swan continuèrent de poser leurs questions. Avec un lourd soupir, j'abandonnai et me levai. En courant, je serais dans la voiture de Carlisle dans moins d'une heure...

Dans d'urgence de voir ma famille – et tout en voulant absolument devenir le Edward qui faisait face aux difficultés, je traçais dans la neige scintillante, sans laisser de traces...



***




- Ca va aller. Murmura Alice.

Ses yeux étaient dans le vague, et Jasper gardait une main légèrement en dessous de son coude, la guidant alors que nous faisions tous ensemble la queue à la cafétéria. Rosalie et Emmett étaient devant. Emmett donnait la ridicule impression d'un garde du corps infiltré en territoire ennemi. Rose avançait d'un pas circonspect elle aussi, mais plus par irritation que par protection.

- Bien sûr que ca va aller. Grommelai-je

Leur attitude était risible : si je n'avais pas cru possible que je puisse supporter ce moment, je serais resté chez moi.

Le brusque décalage entre notre normale et même amusante matinée – Il avait neigé durant la nuit, et Emmett et Jasper s'étaient acharnés à me lancer des boules de neiges avant de se bombarder mutuellement - et cette overdose de vigilance aurait pu être comique si elle n'avait pas été aussi irritante.

- Elle n'est pas encore arrivée, mais elle sera bientôt là... elle ne sera pas dans le vent si on s'assoit au même endroit que d'habitude...
- Evidemment qu'on va s'asseoir au même endroit que d'habitude. Arrête Alice. Tu me tape sur le système. Tout ira parfaitement bien pour moi.

Elle cligna des yeux une fois tandis que Jasper la faisait s'asseoir sur sa chaise et elle commença à se focaliser sur mon visage.

- Humm. Dit-elle, comme surprise. Je pense que tu as raison.
- Evidemment. Murmurai-je.

Je détestai être autant surveillé. Je commençai à éprouver de la sympathie pour Jasper, en me souvenant combien nous l'avions surprotégé par moment. Je rencontrai son regard, il grimaça.

Ennuyeux, n'est-ce pas ?

Je suis accordai une grimace.
Etait-ce vraiment il y a seulement une semaine que je trouvai cette pièce terne d'un ennui mortel, que c'était comme dormir ou être dans le coma que d'être là ?

Aujourd'hui mes nerfs étaient tendus à l'extrême – comme les corde d'un piano, assez tendues pour pouvoir chanter sous la plus légère pression. Tous mes sens étaient en alerte maximale ; je scannais chaque son, chaque soupir, chaque mouvement du vent sur ma peau, chaque pensée. Surtout les pensées. Il n'y avait qu'un seul sens que je verrouillais, que je me refusais d'utiliser. L'odorat, évidemment. Je ne respirais pas.

Cependant, je m'attendais à entendre plus de choses sur les Cullen dans les pensées que je scannais. Chaque jour j'écoutais, en quête de nouvelles informations que Bella Swan aurait pu confier, j'essayais de savoir sur quoi portaient les nouvelles discussions. Mais il n'y avait rien. Personne n'avait remarqué les cinq vampires qui s'étaient introduit dans la cafétéria, tout était exactement comme le jour où la nouvelle était arrivée. La plupart des humains ici pensaient à cette fille, les mêmes pensées que la semaine précédente. Au lieu de trouver ça passablement ennuyeux, à présent j'étais fasciné.

Avait-elle parlé de moi ?

Il était impossible qu'elle n'ait pas remarqué mon regard noir et meurtrier. Je l'avais vu réagir. Je l'avais sûrement bêtement terrifié. Je m'étais convaincu qu'elle l'aurait mentionné à quelqu'un, et même en exagérant un peu, pour rendre l'histoire plus intéressante. Qu'elle m'aurait attribué quelques répliques menaçantes.

En plus, elle m'avait également vu demander à changer mes horaires de biologie. Après avoir vu de quelle manière je l'avais regardé, elle aurait certainement dût se demander si elle en était la cause. Une fille normale aurait demandé autour d'elle, comparé son expérience avec celle des autres, chercher un terrain d'entente qui pourrait expliquer ma réaction, pour ne pas se sentir exclue. Les humains sont constamment et désespérément désireux d'être dans la norme, d'être intégrés partout où ils sont. Devenir un troupeau de moutons ordinaires. Ce besoin était particulièrement fort durant l'adolescence. Et cette fille ne ferait sûrement pas exception à la règle.

Mais personne ne semblait avoir remarqué notre présence, assis à cette même table. Bella devait-être exceptionnellement timide, si elle ne s'était confiée à personne. Peut-être en avait-elle parlé à son père, peut-être qu'ils étaient proche...ce qui paraissait cependant peu probable, étant donné du peu de temps qu'elle avait passé avec lui durant sa vie. Néanmoins, j'allais certainement devoir passer devant le Chef Swan de temps en temps pour savoir ce qu'il pensait.

- Du nouveau ? Demanda Jasper
- Non. On dirait...qu'elle n'en a parlé à personne.

En apprenant cette nouvelle, ils levèrent tous un sourcil.

- Peut-être que tu n'es pas aussi effrayant que tu le crois. Dit Emmett en rigolant. Je suis prêt à parier que je lui aurais fait bien plus peur que ça.

Je roulais mes yeux dans sa direction.

- Je me demande pourquoi... ?

Il était encore déconcerté du mystérieux silence de la jeune fille.

- Tu n'es pas le seul à te le demander. Je n'en sais rien.
- Elle arrive. Murmura Alice. Je sentis mon corps se raidir. Essayez d'avoir l'air humain.
- Tu as bien dis « humain » ? Demanda Emmett.

Il leva son poing droit et bougea les doigts, révélant la boule de neige qu'il avait gardée dans sa paume. Bien sûr, gardée là, elle n'avait pas fondu, d'autant plus qu'il l'avait compressé en un petit tas de glace. Ses yeux étaient sur Jasper, mais je voyais vers où se dirigeaient ses pensées. Tout comme Alice je suppose. Lorsqu'il lança brutalement le glaçon dans sa direction, elle l'évita facilement, d'un instinctif et léger mouvement de la main. La glace ricocha et traversa la cafétéria a toute vitesse – trop vite pour être vue des humains – et s'écrasa avec un craquement contre le mus de briques. Les briques craquèrent également.

Les têtes de cette partie de la salle remarquèrent le petit tas de glace brisé sur le sol, et commencèrent à chercher le coupable. Mais ils ne regardèrent jamais plus loin que quelques tables à le ronde, et aucun d'eux ne posa à un seul instant le regard sur nous.

- Super, très humain Emmett. Remarqua Rosalie sur un ton de reproche. Pourquoi tu ne donne pas un coup de poing dans le mur, pendant que tu y es ?
- Ca serait plus impressionnant si c'était toi que le faisait, bébé.

J'essayai de leur prêter un peu attention, gardant une grimace accrochée à mon visage, comme si j'étais complice de leur plaisanterie. Je m'interdisais formellement de regarder vers la file d'attente où je savais qu'elle se trouvait. Mais je ne pouvais m'empêcher d'écouter.

Je pouvais entendre les pensées de Jessica et l'impatience qu'elle manifestait envers la nouvelle élève. Elle semblait distraite, et ne faisait pas attention à la file d'attente qui avançait. Je vis par les yeux de Jessica que les joues de Bella avaient à nouveau cette teinte rosie par un flux de sang.

Je respirais à présent par petits à-coups rapides, prêt à arrêter de respirer à tout moment si son odeur devait contaminer l'air autour de moi.

Mike Newton était avec les deux filles. J'entendis ses deux voix, mentale et verbale, quand il demanda à Jessica ce qui n'allait pas avec la fille Swan. Je n'aimais pas sa manière dont toutes ses pensées l'enveloppaient, comment ses fantasmes embrumaient son esprit lorsqu'il la vit sortir de sa rêverie comme si elle avait oublié qu'il était là.

- Rien. Dit Bella de sa voix claire et tranquille.

Elle sembla raisonner comme une cloche dans le brouhaha de la cafétéria, mais je sais que c'était uniquement parce que je me focalisais sur elle avec autant d'intensité.

- Je ne prendrais qu'une limonade aujourd'hui. Continua-t-elle en bougeant pour rattraper son retard dans la file d'attente.

Je ne pouvais pas m'empêcher de lancer un regard dans sa direction. Elle fixait le sol, et le sang fuyait progressivement son visage. Je détournai rapidement le regard et rencontrai celui d'Emmett, qui riait devant le sourire tordu que j'abordai à présent.

T'as une sale tête, frangin.

Je repris contenance et tentai de transformer me grimace en une expression naturelle. Jessica était en train de s'interroger sur le manque d'appétit de la jeune fille.

- Je suis un peu patraque. Sa voix était plus basse, mais toujours aussi claire.


Pourquoi est-ce que ça me dérangeai à ce point, que tout dans les pensée de Mike Newton traduise un fort besoin de la protéger à cet instant précis ? Qu'est-ce que ça change que ses pensées soient si possessives ? Ca ne me regardait pas, si Mike Newton se sentait si inquiet pour elle ! Peut-être était-ce ainsi que tout le monde réagissait à son sujet. N'avais-je pas moi-même instinctivement voulu la protéger ? Avant même de vouloir la tuer, c'était la première chose qui...

Mais était-elle vraiment malade ?

C'était difficile d'en juger – elle avait l'air di délicate avec sa peau translucide...Quand je réalisais que j'étais à mon tour en train de m'inquiéter, à l'instar de ce stupide mec, je me forçais à ne plus penser à sa santé.

De toute façon, je n'aimais pas l'observer par les yeux de Mike, alors je changeais pour Jessica, qui était en train de chercher une place où s'asseoir. Par chance, ils s'assirent avec les mêmes personnes qu'habituellement, à l'une des premières tables de la grande pièce. Comme l'avait prédit Alice, elle n'était pas dans le vent.

Alice me donna un coup de coude.
Elle va regarder par ici. Essaie d'avoir l'air humain.

Mes dents se serrèrent derrière ma grimace.

- Détend-toi, Edward. Dit Emmett. Honnêtement. Ok, tu tues un humain. Et Alors ? C'est pas la fin du monde.
- Si tu savais. Murmurai-je.
- Tu devrais apprendre à relativiser. Dit-il en riant. Comme je l'ai fais. L'éternité donne toujours le temps de purger notre peine.

A ce moment précis, Alice sortit une poignée de glace qu'elle cachait dans sa paume et la jeta au visage d'Emmett. Celui-ci cligna des yeux, surprit, puis sourit.

- Tu l'auras voulu. Dit-il.

Et là, il se pencha sur la table et ébroua ses cheveux incrustés de glace dans notre direction. La neige, fondant dans la salle surchauffée, vola de ses cheveux et nous éclaboussa.

- Eh ! Se plaignit Rosalie, alors qu'elle et Alice reculaient face au déluge.

Alice éclata de rire, et nous lui fîmes tous échos. Je pus clairement voir dans sa tête comment elle avait orchestré ce moment parfait, et que la fille – je devrais arrêter de penser à elle de cette façon, elle n'est pas la seule fille sur terre – et donc que Bella nous regarderait rire et jouer, aussi humain et heureux, une scène d'un idéal aussi irréel qu'un tableau de Norman Rockwell.
Alice continua de rire et leva son plateau comme un bouclier. La fille...Bella devait être encore en train de nous regarder.

...encore en train de fixer les Cullen. Pensa quelqu'un qui attira mon attention.

Je tournai automatiquement les yeux vers celui ou celle qui m'avait involontairement appelée, réalisant alors que mon regard trouvait sa destination que je connaissais cette voix – je l'avais tellement écoutée aujourd'hui.

Mais mes yeux glissèrent sur Jessica, et se focalisèrent sur le regard pénétrant de la jeune fille. Elle baissa les yeux rapidement, se cachant encore une fois derrière ses épais cheveux bruns.

A quoi pensait-elle ? La frustration semblait devenir un peu plus aigue à chaque fois. J'essayai – sans vraiment savoir ce que je faisais, comme je n'avais jamais fais ça auparavant - de sonder avec mon esprit le silence qui l'entourait. Je pouvais utiliser ouïe ultra fine sur naturellement, sans avoir à me concentrer ; je n'avais jamais eu de problème avec ça. Mais à présent je me concentrai, essayant de traverser je ne sais quel bouclier qui l'entourait.

Rien que du silence.

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec elle ? Pensa Jessica, faisant écho à ma propre frustration.

- Edward Cullen tu mate. Chuchota-t-elle à l'oreille de la fille Swan, ajoutant un gloussement.

I l n'y avait aucune trace de sa jalousie dans son ton. Jessica devait sans doute être très douée pour jouer les fausses amies.

J'écoutai, attentivement, la réponse de la jeune fille.

- Il n'a pas l'ai furieux, hein ? Murmura-t-elle.

Elle avait donc remarqué la réaction sauvage que j'avais eue la semaine dernière.
Evidemment.
Sa question perturba Jessica, et je vis mon propre visage par ses yeux tandis qu'elle essayait d'analyser mon expression, mais je ne rencontrai pas son regard. J'étais toujours aussi concentré sur la fille, essayant d'entendre quelque chose. Et ma focalisation n'arrangeait rien.

- Non. Lui dit Jess, et je savais qu'elle espérait pouvoir dire oui – à sa manière de fixer mon regard – même si elle n'y laissait rien paraître. Il devrait ?
- Je crois qu'il ne m'apprécie guère. Répondit la fille dans un murmure.
Elle posa sa tête sur son bras comme si elle était soudain fatiguée. J'essayai d'interpréter ce geste, mais encore une fois je ne pouvais faire que des suppositions. Peut-être qu'elle était vraiment fatiguée.

- Les Cullen n'aiment personne. La rassura Jess. Enfin, disons qu'ils ne s'intéressent pas assez aux autres pour les aimer. Ils n'ont jamais été habitués à ça. Ajouta-t-elle dans sa tête, et sa pensée avait des accents plaintifs. En tout cas, il continue à t'admirer.
- Arrête de le regarder. Dit la jeune fille nerveusement, levant sa tête de son bras pour vérifier que son amie obéissait bien à son ordre.

Jessica eu un petit gloussement, mais obtempéra.

La fille ne leva pas les yeux de sa table durant tout le reste de l'heure. Je pense – pense, bien sur, je ne pouvais être sûr de rien – que c'était délibéré. On aurait dit qu'elle voulait me regarder. Comme si son corps se décalait légèrement dans ma direction, comme si son menton était sur le point de pivoter vers moi, mais qu'à ce moment là elle reprenait le contrôle d'elle-même, prenait une profonde inspiration et se remettait à regarder fixement la personne qui était en train de lui parler.

J'ignorai la plupart des autres pensées qui l'entouraient, comme si elles n'étaient pas là. Mike Newton était en train de projeter une bataille de boule de neige sur le parking à la fin des cours, sans se douter que la poudreuse avaient déjà fondue pour devenir de la boue glaciale. Le flottement des flocons mous contre le toit était devenu le bagout plus commun des gouttes de pluie. N'entendait-il vraiment pas le changement ? Pour moi, c'était vraiment bruyant.

Quand le temps réservé au repas fut terminé, je restai sur ma chaise. Les humains s'en allaient, et je me surpris à essayer de distinguer le son de ses pas parmi les autres, comme si c'était une information capitale.

C'était d'un stupide.

Ma famille ne fit aucun mouvement de sortie, non plus. Ils attendaient de voir ce que j'allais faire. Irai-je en cours, assis à côté de cette fille dont le sang me faisait autant d'effet, et dont je pourrais sentir la chaleur de son c½ur dans l'air sur ma peau ? Etais-je assez fort pour endurer ça ? Ou en avais-je déjà eu assez pour la journée ?

- Je... pense que c'est bon. Dit Alice d'un ton hésitant. Ton esprit va bien. Je pense que ça ira pour une heure.

Mais Alice savait aussi combien un esprit peut changer d'avis.

- Pourquoi te forcer, Edward. Dit Jasper, et même s'il ne voulait pas avoir l'air suffisant pour une fois que ce n'était pas lui le faible de l'histoire, je savais qu'il l'était, un peu. Rentre à la maison. Détend-toi.
- Où est le problème ? Répliqua Emmett. Moi je dis qu'il faut relativiser. Qu'il la tue ou non, qu'est-ce que ça change ?
- Je ne veux pas encore déménager. Se plaignit Rosalie. Je ne veux pas tout recommencer depuis le début. On est presque à la fin du lycée, Emmett. Enfin.

J'étais moi aussi déchiré en deux dans cette décision. Une part de moi voulait, désirait plus que tout faire face plutôt que fuir à nouveau. Mais je ne voulais pas non plus me pousser au-delà de mes capacités, et aller trop loin. C'était une erreur pour Jasper de rester si longtemps sans chasser la semaine dernière, et était-ce injustifié ?

Je ne voulais pas déraciner ma famille. Personne ne me remerciera pour ça. Mais je voulais aussi retourner en cours de biologie. Je réalisai que je voulais revoir son visage.

C'est ce qui me décida. Cette curiosité. J'étais en colère contre moi-même de ressentir ça. Ne m'étais-je pas promis que je ne laisserais pas le silence de son esprit me faire m'intéresser excessivement à elle ? Et maintenant, me voilà totalement et excessivement fasciné par elle.

Je voulais savoir ce qu'elle pensait. Si son esprit était fermé, ses yeux, eux, étaient grands ouverts. Peut-être que je pourrais lire ses pensée par leur intermédiaire.

- Non Rose, je pense vraiment que ça va aller. Dit Alice. C'est...quasi-certain. Il y a quatre vingt treize pourcent de chance qu'il ne se passe rien d'inquiétant s'il va en cours.

Elle me lança un regard inquisiteur, se demandant ce qui dans mon esprit avait rendu sa vision aussi sûre.

La curiosité sera-t-elle suffisante pour garder Bella Swan en vie ?

Emmett avait raison – pourquoi ne pas relativiser ? J'allai faire face, et résisterai à la tentation.

- Allez en cours. Ordonnai-je en reculant pour sortir de table.

Je me tournai et l'm'élloignai d'eux sans regarder en arrière. Je pouvais entendre l'inquiétude d'Alice, la désapprobation de Jesper, la complicité d'Emmett et l'irritation de Rosalie trainer derrière moi.

Je pris une dernière et profonde inspiration devant la porte et le retint dans mes poumons tandis que j'entrais dans la petite salle chauffée

Je n'étais pas en retard. Mr Banners était encore en train d'installer le matériel de l'expérience d'aujourd'hui. La fille était assise à ma – à notre table, la tête toujours baissée, les yeux fixé sur le bloc note sur lequel elle gribouillait. En approchant, j'examinai le croquis, étant même intéressé par cette création insignifiante de son esprit, mais ça ne ressemblait à rien. Juste un griffonnage aléatoire de boucles dans d'autres boucles. Peut-être qu'elle était distraite, peut-être qu'elle pensait à autre chose ?

Je tirai ma chaise en m'efforçant de faire un maximum de bruit, la laissant grincer contre le lino ; les humains préfèrent généralement que l'approche de quelqu'un soit signalée par un bruit.

Je sus qu'elle avait entendu le grincement de ma chaise ; elle ne tourna pas la tête, mais sa main loupa une des boucles qu'elle était en train de dessiner, interrompant le mouvement continu de son poignet.

Pourquoi ne levait-elle pas les yeux vers moi ? Peut-être qu'elle avait peur. Je devais absolument m'assurer qu'elle repartirait de cette salle de cours avec une impression différente de moi, la persuader qu'elle s'était imaginé des choses la semaine dernière.

- Bonjour. Dis-je avec la voix tranquille que j'utilisai habituellement pour mettre les humains à l'aise, en ajoutant ce sourire polit qui étirait mes lèvres sans découvrir mes dents.

Elle leva alors ses yeux bruns et profonds, et son regard – déjà déconcertant – était plein de questions silencieuses. Cette même expression qui m'obsédait depuis une semaine.

Au moment où ses yeux brun d'une profondeur fascinante rencontrèrent mon regard, je réalisais la haine – cette haine que je m'étais imaginé que cette fille méritait simplement parce qu'elle existait - s'était évaporée. Maintenant que je ne respirais pas, que je ne goûtais pas son parfum, je ne pouvais plus concevoir qu'une personne aussi vulnérable puisse être haïssable.

Ses joues commencèrent à rosir, et elle ne dit rien.

Je gardais mes yeux sur les siens, me concentrant sur ses questions refoulées, et essayant d'ignorer l'appétissante teinte que ses joues avaient prise. J'avais assez d'air pour pouvoir parler un moment sans reprendre mon souffle.

- Je m'appelle Edward Cullen. Dis-je tout en sachant pertinemment que je ne lui apprenais rien. C'était une manière courtoise de commencer. Je n'ai pas eu la chance de me présenter, la semaine dernière. Tu dois être Bella Swan.

Elle sembla perdu – il y avait à nouveau une petite ride entre ses yeux. Elle mit une demi seconde de plus qu'elle ne l'aurais fait en temps normal pour me répondre.

- D'où...d'où tu connais mon nom ? Demanda-t-elle d'une voix un peu tremblante.

J'avais vraiment dû la terrifier. Je me sentais un peu coupable, tellement elle était sans défense. Je ris gentiment – c'était un son que les humain aimaient entendre. Cette fois encore, je fus prudent de ne pas montrer mes dents.

- Oh ce n'est un secret pour personne. Elle devait forcément avoir remarqué qu'elle était devenue le centre de toutes les attentions dans cet endroit monotone. Tu étais attendue comme le messie, tu sais.

Elle se refrogna comme si cette information l'importunait. Je supposai, que si elle était aussi timide qu'il y semblait, être l'objet de tous les regards devait sûrement être une épreuve pour elle. La plupart des humains ressente l'inverse. Ils ne voulaient pas être exclu du troupeau, mais en même temps ils imploraient qu'on mette en valeur leur individualité.

- Ce n'est pas ça. Dit-elle. Pourquoi Bella ?
- Tu préfères Isabella ? Demandai-je, soudain perplexe comme je ne pouvais pas voir ce qui se cachait derrière cette question.

Je ne comprenais pas. Elle avait pourtant clarifié sa préférence pour ce surnom de nombreuses fois depuis le premier jour. Les humains étaient-il tous aussi incompréhensibles lorsqu'on ne pouvait pas lire dans leurs pensées ?

- Non, répondit-elle en secouant légèrement sa tête. Son expression – si je la lisais correctement – était déchirée entre la gêne et la confusion. Mais je pense que Charlie...je veux dire mon père...m'appelle Isabella derrière mon dos. Du moins, c'est ainsi que tout le monde ici paraît me connaître.

Sa peau se colora d'une ombre encore plus rose.

- Oh. Dis-je maladroitement avant de tourner les yeux pour fuir son visage.

Je venais juste de réaliser ce que ça question signifiait réellement : j'avais fait un faux pas – commis une erreur. Si je n'avais pas espionné toutes les pensées et les conversations la concernant depuis le premier jour, alors je l'aurais appelé Isabella, comme tout le monde. Cette erreur, elle l'avait remarquée.

Je fus soudain extrêmement gêné. Elle avait trouvé la faille de mon raisonnement à une vitesse incroyable. Etonnement perspicace, en particulier pour quelqu'un qui était sensé être terrifiée par ma proximité.

Mais il y avait autre chose. Quelque chose de beaucoup plus problématique que toutes les hypothèses qu'elle pouvait faire à mon sujet.

J'étais à court d'air. Si je voulais à nouveau lui parler, il allait falloir que je reprenne mon souffle. Ca allait être dur d'éviter de lui parler. Malheureusement pour elle, partager cette paillasse avec moi faisait d'elle ma partenaire, et nous allions devoir travailler ensemble aujourd'hui. Il aurait semblé étrange - et incroyablement discourtois de ma part – de l'ignorer durant l'expérience. Ca ne ferait qu'accroitre sa peur et sa suspicion.
Je mis le plus de distance possible entre ma tête et elle sans pour autant bouger ma chaise. Je me durcis, verrouillant chacun de mes muscles pour qu'ils restent à leur place, puis aspira une grande bouffée d'air, respirant uniquement par la bouche.

Ahh !

C'était vraiment très douloureux. Même sans sentir son odeur, ma langue pouvait goûter son parfum. Soudain ma gorge s'enflamma à nouveau, et le désir exactement aussi fort qu'au premier jour.
Je serrai les dents et essayai de reprendre contenance.

- Allez-y. Intima Mr Banner.

J'avais l'impression de devoir rassembler tout le self-control que j'avais acquis en plus de soixante-dix ans pour réussir à me retourner vers la fille - qui fixait la table – et pour lui sourire.

- Les dames d'abord ? Proposai-je

Elle leva la tête et pâlit face à mon expression, ses yeux écarquillés. Y'avait-il quelque chose qui clochait dans mon expression ? Est-ce que je lui faisais encore peur ? Elle ne pipa mot.

- A moins que tu préfères que je commence. Dis-je calmement.
- Non. Dit-elle, en rougissant à nouveau. Aucun problème.

Je fixai soudain le matériel de biologie nécessaire à l'expérience. La boîte de lamelles, le microscope : c'était mieux que de regarder le sang affluer sous sa peau claire. Je pris une autre inspiration, entre mes dents, et grimaçai tandis que la soif me brûlai la gorge.

- Prophase, dit-elle après un court instant. Elle commença à enlever la lamelle, alors qu'elle y avait accordé qu'un examen sommaire.
- Ca t'embête si je regarde ?

Instinctivement – stupidement, comme si j'étais de sa race – je pris sa main pour l'empêcher d'enlever la lamelle. Pendant une seconde, la chaleur de sa peau brûla la mienne. C'était comme une décharge électrique – elle était sûrement bien plus chaude que la moyenne. La brûlure parti de ma main et remonta jusqu'à mon bras. Elle dégagea sa main d'un geste nerveux.

- Désolé. Marmonnai-je entre mes dents serrées.

Ayant soudain besoin d'avoir quelque chose sur quoi me focaliser, j'attrapai le microscope et jetai un bref regard dans l'oculaire. Elle avait raison.

- Prophase. Confirmai-je.

Je ne savais pas si je pouvais la regarder sans perdre le contrôle. Respirant aussi calmement que possible entre mes dents grinçantes et essayant d'ignorer la soif qui me dévorait, je me concentrai sur une simple chose, qui était d'écrire le bon mot sur la ligne prévue à cet effet du polycopié, puis de mettre une deuxième lamelle à la place de la première pour répéter l'expérience.

A quoi pensait-elle, là, maintenant ? Qu'avait-elle ressentit, lorsque j'avais effleuré sa main ? Ma peau devait sûrement être glaciale – repoussante. Je ne pu m'empêcher de me demander pourquoi elle semblait si calme.
Je jetai un regard à la lamelle.

- Anaphase. Décrétai-je pour moi-même avant d'écrire la réponse sur la seconde ligne.
- Je peux ? Demanda-t-elle.

Je levai les yeux vers elle, et fut surpris de la voir attendant patiemment, une main à moitié tendue vers le microscope. Elle n'avait pas l'air effrayée. Est-ce qu'elle pensait sérieusement que je m'étais trompé ?

Je ne pus m'empêcher de sourire devant le regard plein d'espoir qu'elle avait lorsque le fis glisser le microscope dans sa direction.

Elle regarda dans l'oculaire avec une ardeur qui eut vite fait de se refroidir. Les coins de sa bouche descendirent en une moue déçue.

- Troisième lamelle ? Demanda-t-elle, sans lever les yeux du microscope, mais en levant sa main. Je laissai tomber la lamelle suivante dans sa main, faisant attention à ne pas laisser ma peau s'approcher trop dangereusement de la sienne cette fois. Assis près d'elle, j'avais l'impression d'être à côté d'une lampe brûlante. Je me réchauffais, et petit à petit, la température de mon corps augmentait.

Elle ne regarda pas la lamelle bien longtemps.

- Interphase. Dit-elle nonchalamment – essayant sans doute un peut trop que ça en air l'air en tout cas – avant de pousser le microscope vers moi. Elle ne toucha pas au polycopié, mais attendait que j'écrive la réponse. Je vérifiai – elle avait encore raison.

Nous finîmes l'expérience ainsi, parlant chacun son tour, un mot à la fois sans jamais rencontrer le regard de l'autre. Nous étions les seuls à avoir finit – les autres dans la classe rencontraient quelques difficultés. Mike Newton semblait souffrir d'un horrible trouble de la concentration – il essayer de nous espionner, Bella et moi.

J'aimerais qu'il retourne d'où il vient, pensa Mike, me fusillant du regard. Hmm, intéressant. Je n'avais pas réalisé que ce garçon développait une telle haine à mon égard. C'était un sentiment récent, en rapport avec la récente arrivé de la fille semblait-il. Encore plus intéressant, je me rendis compte – et ça m'étonnait au plus au point – que cette haine était réciproque.

Je dévisageai à nouveau la fille, impressionné par l'effet bouleversant et ravageur que, en dépit de son incroyable et inoffensive banalité, elle produisait sur ma vie.

Ce n'était pas que je ne comprenais pas la réaction de Mike. Au contraire, elle était plutôt jolie...d'une manière peu commune. Son visage était mieux que beau, il était intéressant. Il n'était pas totalement symétrique – son menton étroit n'était pas tout à fait au milieu de ses paumettes larges ; ses couleurs viraient d'un extrême à l'autre par le contraste clair-obscur qu'offrait ses cheveux et sa peau ; mais par-dessus tout, il y avait ses yeux, débordants de secret silencieux...

Des yeux qui soudain se mirent à fixer les miens.
Je soutins son regard, essayant d'en extraire ne serait-ce qu'un seul de ses secrets.

- Tu portes des lentilles, non ? Demanda-t-elle tout à trac.

Quelle étrange question!

- Non. Répondis-je souriant presque à l'idée d'améliorer ma vue.
- Ah bon, marmotta-t-elle. Tes yeux sont différents pourtant.

Je fus à nouveau douché de me rendre compte je n'étais apparemment pas le seul à essayer de dénicher des secrets aujourd'hui.
Je gesticulai, haussai les épaules et fixai consciencieusement la ronde du professeur.

Bien sûr, évidemment que mes yeux étaient différents depuis notre dernière rencontre. Pour me préparer à l'épreuve, a la tentation qu'elle représentait, j'avais passé le weekend entier à chasser plus que de raison pour éliminer toute trace de soif. Je m'étais empiffré de sang d'animaux, et pourtant face à l'arôme scandaleusement délicieux qui émanait d'elle, mon désir était intact. Cependant, la dernière fois que j'avais rencontré son regard, mes yeux avaient été rendu noirs par la soif qui me dévorait. Maintenant que mon corps baignait dans le sang, mes yeux avaient pris une teinte or plus chaude. Une lumière ambre venant de ma tentative désespérée de faire mourir ma soif.

Un autre faux pas. Si j'avais vu ce qui se tramait derrière sa question, j'aurais tout simplement répondu par l'affirmative.

Ca faisait deux ans que je m'asseyais à côté d'humains dans ce bahut, et pourtant elle était la première qui m'avait assez observé pour remarquer ce changement de couleur. Les autres, quand ils admiraient notre beauté, baissaient soigneusement les yeux lorsque nous leur rendions. Ils nous regardaient de loin, ignorant instinctivement les détails étranges de notre apparence pour se complaire dans leur ignorance. L'ignorance faisait le bonheur de l'esprit humain.

Mais pourquoi diable fallait-il que ce soit cette fille qui en vît trop ?

M. Banner s'approcha de notre table. Reconnaissant, j'inhalai le courant l'air frai qu'il apporta avec lui avant que celui-ci ne se mélange à son odeur.

- Laisse-moi deviner Edward, dit-il en regardant nos réponses, tu as estimé qu'Isabella ne méritai pas de toucher au microscope ?
- Bella, le corrigeai-je automatiquement. Et détrompez vous, elle en a identifié trois sur cinq.

M. Banner se tourna vers la jeune fille, sceptique.

- Tu as déjà travaillé là-dessus ?

Je la regardai, captivé tandis qu'elle souriait, l'air un peu gêné.

- Pas avec des racines d'oignons.
- De la blastula de féra ? Répondit-il d'un ton inquisiteur.
- Oui

Cela le surprit. Le TP d'aujourd'hui avait été spécifiquement préparé pour les cours des programmes avancés. Il hocha la tête pensivement.

- Tu suivais un programme pour élèves avancés, à Phoenix ?
- Oui.

Une élève avancée. Elle était donc intelligente, pour un humain. Cela ne me surprit pas le moins du monde.

- Eh bien, dit-il en pinçant les lèvres, il n'est sans doute pas mauvais que vous deux soyez partenaires de labo. Il se retourna et s'éloigna en marmonnant dans sa barbe : Comme ça les autres élèves auront une chance d'apprendre quelque chose par eux-mêmes.

Je doute que la fille ait entendu ça. Elle avait recommencé à griffonner des boucles sur son bloc note.

Deux faux pas en une demi-heure. Bien joué Edward. Même si je n'avais pas la moindre idée de ce qu'elle pensait de moi – jusqu'où allait sa peur, ou ses soupçons ? – je savais que j'allais devoir faire mieux que ça pour lui faire bonne impression. Quelque chose qui noierai le souvenir de mon hostilité.

- Dommage, pour la neige, hein ? Lançai-je, répétant la phrase que j'avais entendue des dizaines de fois dans les discussions des élèves aujourd'hui.

Un ennuyeux, banal sujet de conversation. La météo.

Elle me toisa avec un regard plein de doutes – une réaction anormale à mes paroles banales.

- Pas vraiment. Répondit-elle, me surprenant à nouveau.

J'essayai de garder la conversation sur ce thème banal. Elle venait d'un endroit plus ensoleillé, plus chaud – c'est ce que ça peau semblait montrer, en dépit de sa pâleur – et elle doit être frileuse. Le contact de ma peau glaciale avait certainement dû...

- Tu n'aime pas le froid. Supposai-je.
- Ni l'humidité. Renchérit-elle
- Tu dois difficilement supporter Forks alors.

Peut-être que tu n'aurais jamais dû venir ici, voulais-je ajouter. Peut-être que tu devrais retourner d'où tu viens.
Cependant, je n'étais pas sûr que ce fussent là ce que je voulais. Je savais que je ne pourrais jamais oublier l'arôme de son sang – y avait-il la moindre garantie que je ne me mette pas à la traquer ? En plus de cela, si elle partait, son esprit restait à jamais pour moi un mystère. Un éternel puzzle incomplet.

- Tu n'imagine même pas à quel point. Dit-elle d'une voix basse, en jetant des regards noirs autours d'elle.

Ses réponses n'étaient jamais celle auxquelles je m'attendais. Elles me donnaient envie de poser encore plus de questions.

- Pourquoi es-tu venue t'installer ici alors ? Demandai-je, réalisant l'instant d'après que mon ton était trop accusateur, trop direct pour une conversation banale. La question semblait grossière, indiscrète.

- C'est...compliqué

Elle cligna des yeux profonds, laissant la conversation dans cet état, et j'étais sur le point d'exploser de curiosité – curiosité qui brûlait ma gorge comme l'aurait fait ma soif. En fait, je me rendis compte que ça devenais légèrement plus facile de respirer ; avec le temps, l'agonie était supportable.

- Je devrais réussir à comprendre. Insistai-je. Peut-être que la simple politesse allait la pousser à répondre à mes questions aussi tant que je saurais me montrer assez grossier pour les poser

Elle fixa silencieusement mes mains. Ca me rendait impatient ; je voulais mettre ma main sous son menton et délicatement lui faire lever la tête pour que je puisse lire dans ses yeux. Mais ça aurait été idiot de ma part – et dangereux – de la toucher à nouveau.
Elle leva soudain les yeux. C'était soulageant de pouvoir à nouveau voir ses émotions se refléter dans ses yeux. Elle parla précipitamment, ses mots lancés rapidement.

- Ma mère s'est remariée.

Ah, cela était assez humain, facile à comprendre. La tristesse passa dans ses yeux limpides et laissa derrière elle une petite ride entre eux.

- Ca ne me semble pas si compliqué. Remarquai-je.

Ma voix s'était faite gentille et agréable sans que j'eusse besoin de l'y forcer. Sa tristesse me rendit soudain désemparé, et je me surpris à souhaiter pouvoir faire quelque chose pour la réconforter. Quelle étrange impulsion.

- Quand est-ce arrivé ? Ajoutai-je
- En septembre. Souffla-t-elle – ce n'était pas tout à fait un soupir. Je retins ma respiration pour que son souffle chaud ne m'atteigne pas.
- Et tu ne l'apprécies pas. Conjecturai-je, essayant de pêcher plus information.
- Si, Phil est chouette. Dit-elle pour corriger ma mauvaise supposition. L'ombre d'un sourire se dessina aux coins de ses lèvres pleines. Trop jeune peut-être, mais sympa.

Voilà qui ne s'accordait pas avec le scénario que j'avais construit dans ma tête.

- Pourquoi n'es-tu pas restée avec eux, s'il est aussi agréable ? Demandai-je, la curiosité beaucoup trop évidente dans ma voix.

On pourrait croire que je devenais curieux. Ce qui était le cas, je devais l'admettre.

- Phil voyage beaucoup. Il est joueur de base-ball professionnel.

Son demi-sourire devint encore plus prononcé ; ce choix de carrière semblait l'amuser. Je souris aussi, sans le vouloir particulièrement. Je n'essayais pas consciemment le la détendre. Son sourire me donnait tout simplement envie de sourire en retour - avec complicité, comme si j'étais dans le secret.

- Célèbre ? Demandai-je en faisant défiler dans ma tête les visages de tous les joueurs professionnels que je connaissais, me demandant quel « Phil » était le sien...
- Non. Il n'est pas très bon. Nouveau sourire. Juste des championnats de seconds ordres. Il se déplace pas mal.

Les visages des célébrités se décalèrent instantanément, et je dressai le tableau des possibilités en moins d'une seconde. En même temps, j'imaginai un nouveau scénario.

- Et ta mère t'a expédiée ici afin de pouvoir l'accompagner librement. Supposai-je.

Faire des hypothèses semblait réussir à lui tirer plus d'informations que les questions le faisaient. Ca marcha à nouveau. Elle secoua son menton, et elle afficha soudain une expression bornée.

- Non, elle n'y est pour rien. Dit-elle. Mon hypothèse l'avait agacée, je ne sais comment. Sa voix se fit plus dure lorsqu'elle ajouta : C'est moi qui l'ai voulu.

Je ne pouvais ni lire ses pensées, ni deviner la raison de son agacement. Alors j'abandonnai. Cette fille n'avait pas de sens. Elle n'était pas comme les autres humains. Peut-être que le silence de son esprit et le parfum délicat et enivrant de son odeur n'étaient pas les seules choses d'inhabituelles chez elle.

- Je ne saisis pas. Avouai-je, détestant m'avouer vaincu.

Elle soupira, et me regarda dans les yeux durant beaucoup plus longtemps que la plupart des humains normaux était capable de tenir.

- Au début elle est restée avec moi, mais il lui manquait. Expliqua-t-elle lentement, son ton devenant de plus en plus désespéré à chaque mot. Elle était malheureuse...bref, j'ai décidé qu'il était temps que je connaisse un peu mieux Charlie.

La petite ride entre ses yeux se creusa.

- Et maintenant, c'est toi qui es malheureuse. Murmurai-je.

Je ne pouvais pas m'empêcher de dire tout haut ce que je pensais deviner, espérant ainsi en apprendre plus sur elle dans le cas où je me tromperais. Cette fois, cependant, j'avais l'impression d'être proche de la vérité.

- La belle affaire ! Dit-elle, comme si cet aspect là n'entrait pas en considération pour elle.

Je continuai de la regarder dans les yeux, ayant soudain l'impression de faire ma première véritable entrée dans son âme. Cette simple phrase montrait qu'elle ne se classait pas elle-même dans ses propres priorités. Contrairement à la plupart des humains, ses besoins personnels étaient loin d'occuper la tête de liste.

Elle était généreuse.

Alors que je voyais ça, le mystère de la personne cachée derrière cet esprit silencieux commença à se dévoiler un petit peu.

- Ca n'est pas très juste. Dis-je. Je haussai les épaules, essayant de paraître désinvolte, tentant de dissimuler l'intensité de ma curiosité.
- On ne te la donc jamais dit ? Rit-elle d'un rire sans joie. La vie est injuste.

Je voulais rire à ses paroles, cependant ma joie, comme la sienne, s'était fanée. Le fait est que j'en savais un petit quelque chose sur l'injustice de la vie.

- J'ai en effet l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part.

Elle reporta son regard sur moi, semblant à nouveau perdue. Ses yeux fuyaient les miens, avant de revenir les fixer la seconde suivante.

- Inutile de se lamenter, par conséquent. Conclut-elle

Cependant, je ne voulais pas laisser la conversation se finir ainsi. Ce petit V entre ses yeux, trace que laissait la douleur sur son visage, me perturbait. Je voulais le lisser du bout de mes doigts. Mais, bien sûr, je ne pouvais la toucher. Ce n'était pas sûr...de bien des manières.

- Tu donnes bien le change. Je parlai lentement, réfléchissant encore à cette nouvelle hypothèse. Mais je parie que tu souffres plus que tu ne le laisse voir.

Elle fit une grimace, ses yeux se rétrécissant et sa bouche se tordant en une moue peu avenante, et reporta son regard sur le tableau. Elle n'appréciait pas que je fasse tomber ton masque. Elle n'était pas le martyr moyen – elle ne voulait pas d'un public pour sa souffrance.

- Je me trompe ?

Elle tressaillit, mais fit semblant de ne pas m'entendre. Ca me fit sourire.

- J'en étais sûr.
- Et en quoi ca te concerne, hein ? Demanda-t-elle, regardant toujours ailleurs.
- Bonne question. Admis-je, plus pour moi-même que pour elle.

Son discernement était meilleur que le mien – elle allait directement au fond des choses alors que je tournais autours du pot en quête d'indices. La vérité était que les détails de sa vie





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# Posté le dimanche 15 mars 2009 09:10

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:50

Midnight sun- Chapitre 3 ^^

Midnight sun- Chapitre 3 ^^
Phénomène

Vraiment, je n'avais pas soif, mais je décidai quand même de chasser cette nuit
là. Une simple petite mesure de prévention, même si je savais que ce serait loin
d'être suffisant.
Carlisle m'accompagna ; depuis mon retour de chez les Dénali, nous n'avions pas
eu l'occasion d'être seuls tous les deux. Alors que nous courions dans la forêt
noire, je l'entendais penser à l'adieu précipité de la semaine dernière.

Dans son souvenir, je pus voir comme mes traits étaient tirés par un désespoir
féroce. Je ressentis à mon tour sa propre surprise et sa soudaine inquiétude.

- Edward ?
- Je dois partir Carlisle. Je dois partir maintenant.
- Que s'est-il passé ?
- Rien. Pour l'instant. Mais ça va venir, si je reste.


Il avait cherché mon bras.

- Je ne comprends pas.
- N'as-tu jamais...il ne t'est jamais arrivé...

Je me regardai prendre une profonde inspiration, je pu voir la lueur sauvage
dans mes yeux filtrer à travers son incomparable compassion.

- Il ne t'est jamais arrivé de rencontrer quelqu'un qui sentait meilleur que les
autres ? Vraiment bien meilleur ?
- Oh.

Quand j'ai sus qu'il avait comprit, mes traits s'étaient affaissés de honte.
Il avait cherché à me toucher à nouveau, faisant semblant de ne pas le remarquer
lorsque je me rétractais, et avait laissé sa main sur mon épaule.

- Fait ce que tu peux pour résister, fiston. Tu me manqueras. Tiens, prends ma
voiture. C'est plus rapide.

A présent, il se demandait s'il avait fait le bon choix, en m'envoyant ailleurs.
Se demandant s'il ne m'avait pas blessé par son manque de confiance.

- Non. Murmurai-je tout en courant. J'en avais besoin. J'aurais pu si aisément
trahir ta confiance, si tu m'avais dit de rester.
- Je suis désolé que tu aies à souffrir autant, Edward. Mais il faut absolument
que tu fasses tout ton possible pour garder la fille Swan en vie. Même si ça
doit signifier partir à nouveau
- Je sais, je sais.
- Pourquoi es-tu revenu ? Tu sais combien je suis heureux de t'avoir près de
moi, mais si c'est trop difficile...
- Je n'aimais pas me sentir aussi lâche. Admis-je.

Nous ralentîmes – nous avions un peu plus de mal à courir dans le noir à
présent.

- Il vaut mieux te sentir lâche que de la mettre en danger. C'est juste
l'affaire d'un an ou deux, après elle sera partie.
- Je sais, tu as raison.

Pourtant, ces mots, au lieu de me convaincre de repartir, me donnèrent au
contraire encore plus envie de rester. La fille sera partie dans un an ou
deux...
Carlisle s'arrêta de courir et je l'imitai ; il se retourna pour examiner mes
traits.

Mais tu n'as pas l'intention de t'enfuir, n'est-ce pas ?

Je hochai la tête.

Est-ce de l'orgueil, Edward ? Il n'y a aucune honte à...

- Non, ce n'est pas l'orgueil qui me retient ici. Du moins plus maintenant.

Nul par où aller ?

J'eu un rire bref, sans joie.

- Non. Ca ne me retiendrait pas, si je pouvais me résoudre à partir.
- On viendra avec toi, bien sûr, si c'est là ce dont tu as besoin. Tu n'as qu'à
demander. Ne te préoccupe pas de ce qu'ils diront. Ils ne t'en tiendront pas
rancune.

Je levai un sourcil.

- Oui, bon, Rectifia-t-il en riant, Rosalie t'en voudra sûrement, mais elle te
doit bien ça. De toute façon, ça vaut bien mieux pour nous de partir maintenant,
sans laisser de dégâts derrière nous, que de partir plus tard, après qu'une vie
ait prit fin.

Toute trace d'humour avait disparu de sa voix.

- C'est vrai. Reconnu-je d'une voix rauque.

Mais tu ne pars pas ?

- Il le faut. Soupirai-je
- Qu'est-ce qui te retient ici, Edward ? Je ne saisis pas...
- Je ne sais pas si je peux l'expliquer.

Même pour moi, ça n'avait aucun sens.
Il considéra mon expression un long moment.

Non, je ne vois pas. Mais si tu préfère, je respecterais ton intimité.

- Merci. C'est généreux de ta part, quand on voit comment je viole l'intimité de
tout le monde.

A une seule exception. Et n'étais-je pas en train de faire tout mon possible
pour forcer ses défenses ?

Nous avons tous nos caprices. Il rit à nouveau. Pouvons-nous y aller ?

Il venait juste de sentir un petit troupeau de cerf. C'était difficile de s'en
montrer très enthousiaste car ce n'était un arôme très alléchant, même en de
meilleures circonstances. A présent, avec la fragrance du sang frais de la jeune
fille à l'esprit, cette odeur là me retourna plutôt l'estomac. Je soupirai

- Allons-y. Convenu-je, en pensant que me forcer à faire descendre un peu de
sang dans ma gorge pourrait m'aider un peu.

Nous nous tapîmes tous deux en notre position de chasse, et laissâmes l'odeur
nauséabonde nous guider silencieusement.

Il faisait plus froid lorsqu'on revint à la maison. La neige fondue avait regelé
; c'était comme si un voile de verre recouvrait tout – chaque aiguille de pin,
chaque fronde de fougère, chaque lame d'herbe était recouverts de glace.

Pendant que Carlisle allait se changer pour aller à l'hôpital, je restai près de
la rivière, attendant que le soleil se lève. Je me sentais presque rassasié tant
j'avais consommé de sang durant la soirée, mais je savais que cette absence de
soif ne signifierai plus grand-chose quand je m'assiérais à nouveau à côté de
cette fille.

Aussi froid et immobile que la pierre sur laquelle je m'étais assis, je fixais
l'eau noire couler à côté du rivage gelé.

Carlisle avait raison. Je devais quitter Forks. Ils pourraient facilement
inventer une histoire pour excuser mon absence. J'allais étudier en Europe.
J'étais chez un parent à l'autre bout du monde. J'avais fugué. La fable en
elle-même importait peu. Personne n'allait trop se poser de questions.

C'était juste l'histoire d'une année ou deux, et après la fille serait partie.
Partie avec sa vie – parce qu'elle aurait une vie. Elle pourrait aller étudier
sans une université, vieillir, commencer une carrière, peut-être même se marier.
Je pouvais l'imaginer – je pouvais voir cette fille habillée tout en blanc et
marcher d'un pas mesuré, son bras sur celui de son père.

C'était étrange, la peine que cette image me faisait. Je ne comprenais pas.
Est-ce que j'étais jaoux, parce qu'elle avait un avenir que je n'aurais jamais ?
Ca n'avait aucun sens. Tous les humains autours de moi avaient le même potentiel
devant eux – une vie – et il était rare que je m'arrête pour les envier.

Je devais lui laisser son avenir. Arrêter de risquer sa vie. C'était la
meilleure chose à faire. Carlisle choisissait toujours la meilleure solution.
Maintenant, il fallait que je l'écoute.
Le soleil se leva derrière les nuages, et sa faible lumière faisait scintiller
tout le verre gelé.

Un jour de plus, décidai-je. Je la verrais une dernière fois. Je pouvais le
supporter. Je ferais peut-être même une allusion à mon départ imminent, pour
préparer le terrain.
Ca allait être difficile ; je sentais déjà dans ma lourde hésitation que j'étais
en train de me créer des excuses pour rester – retarder la date-limite de deux
jours, trois, quatre...Mais je ferais ce qu'il fallait faire. Je savais que je
pouvais me fier aux conseils de Carlisle. Et je savais aussi que j'étais trop en
conflit avec moi-même pour prendre une décision tout seul.
J'étais vraiment bien trop en conflit avec moi-même. Quelle partie de moi
voulait rester pour satisfaire ma curiosité ? Quelle partie de moi voulait
rester pour satisfaire ma soif ?
J'entrai à l'intérieur pour mettre des vêtements frais pour le lycée.
Alice était là et m'attendais sur le palier du troisième étage.

Tu t'en va encore. M'accusa-t-elle.
Je soupirai et acquiesçai
Je n'arrive pas à voir où tu va cette fois.
- Je ne sais pas encore où je vais. Murmurai-je.
Je veux que tu reste.
Je secouai la tête.
Peut-être que Jazz et moi on peut t'accompagner ?
- Ils auront encore plus besoin de toi, si je ne suis pas là pour monter la
garde. Et pense à Esmée. Tu lui prendrais la moitié de sa famille d'un coup toi
?
Tu vas la rendre si triste.-
Je sais. C'est pourquoi tu dois rester
Ce n'est pas pareil que si tu étais là, et tu le sais.
- Je sais. Mais il faut que je fasse ce qui est juste.
Il y a beaucoup de bonne solution ; autant que de mauvaises.

A ce moment là, une de ses étranges visions l'emporta ; et je regardai avec elle
les images indistinctes qui flashaient et tourbillonnaient dans sa tête. Je me
vis moi-même dans ces images, entouré d'étranges ombres que je n'arrivais pas à
identifier – des formes brumeuses, imprécises. Soudain, je vis ma peau
scintiller sous la lumière éclatante du soleil, dans une petite clairière.
C'était un endroit que je connaissais. Il y avait quelqu'un avec moi dans la
clairière, mais, cette fois encore, c'était indistinct, pas assez présent pour
que je puisse l'identifier. Les images tremblèrent puis disparurent alors qu'un
million d'autres choix réorganisaient le future.

- Je ne vois pas grand-chose. Lui dis-je lorsque la vision s'assombrit.
Moi non plus. Ton futur change tellement ces derniers temps que je ne peux plus
être sûre de rien. Je pense que cependant...

Elle s'arrêta, et elle se mit à feuilleter une vaste collection de visions
récentes qu'elle avait eues à mon sujet. Elles étaient toutes semblables -
Vagues.

- Je pense cependant que quelque chose est en train de changer. Dit-elle à haute
voix. Ta vie semble être à la croisée des chemins.
- Tu réalises qu'on dirait un baratin de diseuse de bonne aventure dans un
carnaval, n'est-ce pas ? Dis-je avec un rire sinistre.

Elle me tira sa petite langue.

- Ca ira, pour aujourd'hui, n'est-pas ? Demandai-je, soudain inquiet.
- Je ne te vois tuer personne aujourd'hui. M'assura-t-elle.
- Merci Alice.
- Va t'habiller. Je ne dirais rien – je te laisserai leur en parler quand tu
seras prêt à le faire.

Elle se leva et se dépêcha de descendre les escaliers, les épaules légèrement
voutées.
Tu va me manquer. Vraiment.
Oui, à moi aussi elle va me manquer.

Le trajet pour aller à l'école se passa en silence. Jasper sentait qu'Alice
était contrariée par quelque chose, mais il savait que si elle avait voulu lui
en parler elle l'aurait déjà fait. Emmett et Rosalie était dans leur bulle, se
regardant sans les yeux avec passion - c'était d'ailleurs assez éc½urant à
regarder. On était tous au courant de combien ils étaient désespérément amoureux
l'un de l'autre. Ou peut-être que c'était juste plus douloureux pour moi parce
que j'étais le seul célibataire de la famille. Il y avait des jours où c'était
plus dur que d'habitude pour moi de vivre entouré de trois couples parfaitement
unis. Aujourd'hui était un de ceux là.

Peut-être qu'ils seraient tous plus heureux sans moi dans leur pattes, aussi
agressif et de mauvais caractère que le vieillard que je devrais être à présent.

Bien sûr, la première chose que je fis lorsque nous arrivâmes à l'école fut de
chercher la jeune fille du regard. Juste histoire de me préparer.

N'est-ce pas ?

C'était tellement embarrassant de voir comme mon univers semblait vide sans elle
– toute mon existence était centrée sur la fille, et non plus sur moi comme
avant.

C'était plutôt facile à expliquer, en fait : après quatre-vingts ans de routine,
le moindre changement devenait un évènement majeur.

Elle n'était pas encore arrivée, mais je pouvais déjà entendre les pétarades
bruyantes de son antique camionnette. Je m'appuyais contre la voiture en
attendant. Alice resta avec moi, alors que les autres allèrent directement en
classe. Ma fixation les ennuyait – c'était incompréhensible pour eux qu'une
humaine puisse retenir aussi longtemps mon attention, aussi délicieuse
soit-elle.

Au volant de sa voiture, la fille arriva lentement dans mon champ de vision, ses
yeux concentrés sur la route et ses mains crispées sur le volant. Elle semblait
anxieuse de quelque chose. Ca me prit une seconde pour m'imaginer ce que ce «
quelque chose » pouvait être, et une de plus pour réaliser que tous les humains
avaient cette même expression sur le visage aujourd'hui. Ah, la route étant
recouverte de verglas, et il leur fallait conduire plus prudemment. Je pouvais
voir combien elle prenait ce petit risque au sérieux.

Ca semblait conforme au peu que je savais déjà sur elle. J'ajoutai ce trait de
caractère à ma petite liste : c'était quelqu'un de sérieux, de responsable.
Elle ne se gara pas trop loin de moi, mais n'avait pas encore remarqué que
j'étais là, à la regarder. Je me demandai ce qu'elle ferait lorsqu'elle s'en
rendrait compte. Rougir et s'éloigner ?

C'était ma première supposition. Mais peut-être allait-elle me regarder à son
tour. Peut-être allait-elle venir pour me parler.

Je pris une profonde inspiration, remplissant mes poumons d'espoir, juste au cas
où.

Elle sortit de sa camionnette avec précautions, testant le sol glissant avant
d'y mettre tout son poids. Elle ne leva pas les yeux, et ça me frustra.
Peut-être que je devrais aller lui parler...

Non, mauvaise idée.

Au lieu de se tourner vers le lycée, elle avança vers l'arrière de sa
camionnette, s'accrochant à son véhicule d'une drôle de manière, comme si elle
n'avait pas confiance en ses jambes. Ca me fit sourire, et je sentis les yeux
d'Alice sur mon visage. Je n'écoutai pas ce que ça lui faisait penser – je
m'amusai trop à regarder la fille vérifier les chaines de neiges de sa
camionnette. Vu la manière dont ses pieds étaient positionnés, elle devait
vraiment avoir peur de tomber. Personne d'autre n'avait de problème –
s'était-elle garée sur une plaque de verglas particulièrement dangereuse ?

Elle se figea, les yeux baissés dans une étrange expression. C'était...de la
tendresse ? Comme si quelque chose...l'attendrissait ?

Cette fois encore, la curiosité se fit aussi douloureuse que la soif. C'était
comme si je devais absolument savoir ce qu'elle pensait – comme si c'était
l'unique chose au monde qui ai la moindre importance.

J'irais lui parler. Elle avait l'air d'avoir besoin de se tenir à une main, au
moins pour l'aider à se rendre sortir de la zone verglacée. Mais bien sûr, je ne
pouvais pas lui offrir cela, n'est-ce pas ? J'hésitai, déchiré. Elle semblait
avoir une telle aversion pour la neige, alors elle ne risquait certainement pas
d'apprécier le contact avec ma main froide et blanche. Si seulement j'avais des
gants...

- NON ! Haleta Alice

Instantanément, je scannais ses pensées, supposant d'abord que j'avais fais un
mauvais choix et qu'elle me voyait faire quelque chose d'inexcusable. Mais ça
n'avait rien à voir avec moi.

Tyler Crowley avait choisi de pénétrer dans le parking à une vitesse bien peu
judicieuse. Ce choix allait l'envoyer glisser sur une plaque de verglas...

La vision vint juste une demi-seconde avant la réalité. Le van de Tyler prit son
visage alors que j'étais encore en train de regarder le dénouement qui tordait
les lèvres d'Alice en une grimace horrifiée.

Non, cette vision n'avait rien à voir avec moi, et en même temps elle avait tout
à voir avec moi, parce que le van de Tyler – dont les pneus venaient juste
d'heurter la glace dans le pire angle possible – tournoyait follement droit vers
la fille qui était devenue malgré elle le point central de mon univers.

Même sans la prescience d'Alice, il aurait été assez simple de voir la
trajectoire du véhicule, qui glissait, échappant totalement au contrôle de
Tyler.

La fille, qui à l'arrière de sa camionnette se tenait exactement au mauvais
endroit, leva les yeux, intriguée par les hurlements des pneus bloqués. Elle
rencontra immédiatement mon regard horrifié, puis tourna les yeux pour regarder
sa mort prochaine.

Pas elle ! Les mots éclatèrent dans ma tête comme s'ils appartenaient à
quelqu'un d'autre. Tout en lisant dans les pensées d'Alices, je vis la vision se
transformer soudainement, mais je n'avais pas le temps de regarder ce que ce
changement pouvait être.

Je n'élançai à travers la foule, me plaçant entre le van en plein dérapage et la
fille tétanisée. Je bougeai si vite que tout devint une vaste tache floue et
rayée, à l'exception d'elle. Elle ne me vit pas – aucun ½il humain n'aurait pu
suivre mon vol – regardant toujours la forme grossière qui était sur le point de
la réduire en bouillie contre l'armature de métal de sa camionnette.

Je la pris par la taille, bougeant avec trop de précipitation pour être aussi
doux que j'aurais dû l'être. Durant le centième de seconde entre le moment où je
tirai d'un coup sec sa silhouette légère hors de danger et le moment où je
m'écrasai au sol avec elle dans mes bras, je pris soudain conscience de la
fragilité de son corps.

Lorsque j'entendis l'horrible craquement de sa tête contre la glace, je cru me
geler à mon tour.

Mais je n'avais même pas une seule seconde pour voir comment elle allait.
J'entendis le van derrière nous, râpant et couinant comme s'il tournait autour
du fer solide de la camionnette de la jeune fille. Il était en train de changer
sa course, se courbant, et revenant dans la direction à nouveau – comme s'il
elle était un aimant qui l'attirait vers nous.

Un mot que je n'avais jamais osé prononcer en présence d'une dame sorti de mes
dents serrées.

J'en avais déjà trop fait. De la même manière que j'avais presque volé devant
tout le monde pour la pousser hors de la trajectoire du fourgon, j'étais
pleinement conscient de l'erreur que je faisais. Savoir que c'était une erreur
ne m'arrêta pas, mais je n'oubliais pas pour autant le risque que je prenais –
que je ne prenais pas seulement pour moi-même, mais pour toute ma famille.

Exposition.

Et cela n'allait certainement pas aider, mais il était tout bonnement hors de
question que je permette à se van de réussir dans sa deuxième tentative de
prendre sa vie.

Je la lâchai et tendis mes mains devant nous, attrapant le van avant qu'il ne
puisse la toucher. Le choc m'envoya contre a voiture garée à côté de la
camionnette de la fille, et je pus sentir l'armature de métal derrière mes
épaules. Le van frissonna et trembla contre l'obstacle ferme de mes bras
immobiles, puis commença alors a se balancer de façon instable sur ses deux
pneus arrières.

Si je bougeai mes mains, l'arrière du van allait tomber sur ses jambes.

Oh, pour l'amour de tous les saints, ces catastrophes n'allaient donc jamais
finir ? Restait-il quoi que ce soit qui puisse encore tourner mal ? Il aurait
été délicat de rester la, à ternir le van en l'air à bout de bras et appeler à
l'aide. Je ne pouvais pas non plus lancer le véhicule – je devais aussi penser
au conducteur, dont les pensées étaient confuses de panique.

Avec un gémissement interne, je poussai le fourgon pour qu'il bascule et
s'éloigne de nous pendant un court instant. Alors qu'il retombait vers nous, je
l'attrapai par-dessous avec ma main droite tandis que j'enlaçai à nouveau sa
taille de mon bras gauche. Son corps bougea mollement quand je la lâchai pour
que ses jambes soient hors d'atteinte – était-elle consciente ? Combien de dégât
lui avais-je infligé dans ma tentative de sauvetage improvisée ?

Je laissai tomber le van, maintenant que je savais que ça ne pouvait plus la
blesser. Il s'écrasa contre le sol, toutes les fenêtres éclatant à l'unisson.

Je savais que j'étais au milieu d'une crise. Qu'avait-elle vu ? Y'avait-il un
seul autre témoin qui' m'eut vu me matérialiser à ses côtés et jongler avec le
van tout en la manipulant pour la tirer de là ? Ces questions auraient dû être
mes priorités.

Mais j'étais trop anxieux pour réellement me soucier de la menace de
l'exposition autant que je le devrais. Trop paniqué à l'idée de l'avoir blessé
en essayant de la protéger. Trop effrayé de l'avoir si proche de moi, tout en
sachant ce que je sentirais si je me permettais de respirer. Trop conscient de
la chaleur de son corps souple, pressé contre le mien – même à travers le double
obstacle de nos vertes, je pouvais sentir cette chaleur...

La première peur fut la plus grande. Alors que les hurlements des témoins
commencèrent à fuser autour de nous, le baissai les yeux pour examiner son
visage, pour voir si elle était consciente – espérant férocement qu'elle ne
saignait pas.

Ses yeux étaient grands ouvert, le regard gelé par le choc.

- Bella ? Demandai-je en proie à l'affolement. Ca va ?
- Très bien. Dit-elle automatiquement de sa voix stupéfiée.

Le soulagement, si intense qu'il en était presque douloureux, me pénétra au son
de sa voix. Je suçai une bouffée d'air entre mes dents, sans me soucier de la
brûlure qui l'accompagnait dans ma gorge. J'étais presque content de la sentir.

Elle frissonna pour s'asseoir, mais je n'étais pas prêt de la lâcher. Je me
sentais étrangement...en sécurité ? Du moins, je me sentais mieux, à présent
qu'elle était dans mes bras.

- Attention. L'avertis-je. Je crois que tu t'es cogné la tête assez fort.

Il n'y avait aucune trace de sang frais dans son odeur – une indulgence – mais
ça ne garantissait pas l'absence d'hémorragie interne. J'étais soudain impatient
de l'amener à Carlisle et à tout son équipement de radiologie.

- Ouille ! Dit-elle, son ton choqué était comique, comme si elle venait à peine
de s'apercevoir que sa douleur.
- C'est bien ce que je me disais.

Le soulagement me rendit la situation comique, et j'étais presque étourdi.

- Comment diable...

Sa voix se perdit, et ses paupières flottèrent.

- Comment as-tu réussi à t'approcher aussi vite ?

Le soulagement d'assourdit, l'humour disparu. Elle en avait trop vu. Et
maintenant que la fille semblait en sécurité et en bonne forme, l'anxiété pour
ma famille reprit le dessus.

- J'étais juste à côté de toi, Bella.

Je savais par expérience que si je montrais beaucoup d'assurance lorsque je
mentais, cela rendait tout questionneur moins sur de la vérité.

Elle se débâtit à nouveau pour se redresser, et cette fois je la laissai faire.
Pour jouer mon rôle correctement, j'avais besoin de respirer. Il fallait que je
me tienne à distance de la chaleur de sang brûlant pour que l'odeur ne me fasse
pas perdre le fil. Je glissai aussi loin que possible d'elle, du moins autant
que le permettait l'espace restreint entre les deux véhicules accidentés.
Elle leva les yeux vers moi, et je soutins son regard. Détourner les yeux le
premier serait une erreur que seul un mauvais menteur ferrait, et j'étais loin
d'être un mauvais menteur. Mon expression semblait innocente et inquiète...Cela
semblait la perturber. Bien.
La scène de l'accident était noire de monde à présent. Des élèves pour la
plupart, des enfants qui scrutaient et se poussaient pour voir s'il y avait
quelques corps mutilés à voir. Le brouhaha des éclats de voix se mêlait aux
pensées hurlantes. Je scannai les esprits aux alentours pour m'assurer qu'il n'y
avait pas encore de suspicion parmi les témoins, puis me retourna pour me
concentrer uniquement sur la fille.

Elle semblait distraite par le chahut autour d'elle, elle regarda autour d'elle,
son expression toujours choquée, et essaya de se lever.

Je posai délicatement ma main sur son épaule pour l'en empêcher.

- Attend encore un peu.

Elle avait l'air d'aller bien, mais peut-être devrait-elle éviter de bouger sa
nuque ? Cette fois encore, j'aurais aimé que Carlisle soit là. Mes années
d'étude théorique de la médecine ne faisait pas le poids face à ses siècles de
pratique médicale.

- J'ai froid ! Objecta-t-elle.
Elle venait de frôler la mort deux fois de suite et avait failli se faire
estropier, et tout ce qui la perturbait, c'était le froid. Un petit rire fit
trembler mes dents avant que je ne me souvienne que la situation n'avait rien de
drôle.
Bella cligna des yeux, puis son regard se verrouilla sur mon visage.

- Tu étais là bas.

Là encore, mon rire disparu aussi rapidement qu'il était venu. Ses yeux se
dirigèrent vers le sud, même s'il n'y avait rien d'autre à voir que la tôle
chiffonnée du fourgon.

- Près de ta voiture
- Non.
- Je t'ai vu ! Insista-t-elle. Sa voix était enfantine quand elle s'obstinait.
Elle leva le menton.
- Bella, j'étais tout près de toi et je t'ai tiré de là, c'est tout.

Je me plongeai profondément dans son regard lointain, essayant de lui faire
accepter ma version des faits – la seule version rationnelle possible.
Sa mâchoire se crispa.

- Non

J'essayai de rester calme, de ne pas panique. Si seulement je pouvais la faire
taire pendant un moment, ça me donnerait l'occasion de détruire l'évidence...et
de discréditer sa version en utilisant sa blessure au crâne.
Pour toi, la fille la plus silencieuse qui soit, ça devrait être facile de te
taire, non ? Si seulement elle pouvait me faire confiance, juste pendant un
moment...

- S'il te plait, Bella. Dis-je

Ma voix était trop intense, parce que soudain je réalisai combien je voulais
qu'elle me croie. Je le voulais tellement, et pas uniquement pour cet accident.
Un désire stupide. Qu'est-ce que ça pourrait bien changer pour elle de me faire
confiance ?

- Pourquoi ? Demanda-t-elle, toujours sur la défensive.
- Fais-moi confiance. Suppliai-je.
- Jure que tu m'expliqueras plus tard.

Ca m'énervait de devoir à nouveau lui mentir, alors qu'au contraire je désirais
plus que tout au monde pouvoir un tant soit peu mériter sa confiance. Alors
quand je lui répondis, mon ton était dur

- D'accord !
- Tu as intérêt à tenir parole.

Tandis que les secours arrivaient – les adultes accouraient sur les lieux de
l'accident, la police avait été appelée et on entendait déjà les sirènes à
quelques centaines de mètres au loin – j'essayai de sortir la fille de ma tête
et de remettre mes priorités dans le bon ordre. Je scannai tous les esprits aux
alentours, qu'ils aient assistés à toute la scène ou non, mais je ne trouvais
rien de dangereux. Bon nombre d'entre eux avaient été surprit de me voir à côté
de Bella, mais ils arrivaient tous à la conclusion – la seule conclusion
probable – qu'ils ne m'avaient juste pas remarqué avant que ne survienne
l'accident.

Elle était la seule qui n'acceptait pas l'explication rationnelle, mais son
témoignage ne sera sûrement pas celui qui aurait le plus de poids. Elle avait
été terrifiée, traumatisée, sans parler du traumatisme crânien que je lui avais
sûrement infligé. Et elle était probablement en état de choc. On pourrait
facilement considérer que son histoire était un délire post-traumatique, non ?
Personne n'allait donner trop de crédit à sa version, quand on la comparerait à
celle de la foule de spectateurs objectifs.

Je grimaçais lorsque j'interceptai les pensées d'Emmett, de Rosalie et de
Jasper, qui venait à peine d'arriver sur les lieux. J'allais devoir rendre des
comptes cette nuit, je le sentais bien.
Je voulais déformer l'indentation que mes épaules avaient creusée dans l'autre
voiture, mais la fille était trop proche. J'allais devoir attendre qu'elle soit
distraite par autre chose.

C'était frustrant d'attendre – il y avait tant d'yeux braqués sur moi – que les
humains se débrouillent pour dégager le van pour nous libérer. J'aurais sûrement
dû les aider, juste pour accélérer le processus, mais j'étais déjà trop impliqué
et la fille me fixai de ses yeux perçants. Finalement, ils furent quand même
capable de le déplacer assez loin pour permettre aux secouristes d'arriver
jusqu'à nous avec leurs brancards.

Un homme grisonnant au visage familier apparut.

- Eh, Edward ! Ca va tu n'as rien ? Dit Brett Warner.

Il était aussi infirmier, et je le connaissais bien de l'hôpital. C'était une
chance – le seul évènement chanceux de la journée – qu'il soit le premier à
venir vers nous. Dans ses pensées, je ne lu rien d'autre que du calme alerté et
attentif.

- Tout va bien, Brett, rien ne m'a touché. Mais j'ai bien peur que Bella ait une
contusion. Elle s'est cognée la tête assez fort quand je l'ai tiré de la
trajectoire du fourgon...

Brett reporta son attention sur la fille, qui me regardait comme si je venais de
me rendre coupable de haute trahison. Oh, c'est vrai. C'était un martyr
silencieux – elle préférait souffrir en silence.

Elle ne contredit pas immédiatement ma version, et ça me détendit un peu.

Le deuxième secouriste essaya d'insister pour que je monte sur un de leur
brancard, et ce ne fut pas difficile de l'en dissuader. Il me suffit de
promettre que je laisserai mon père m'examiner, et il laissa tomber. Avec la
plupart des humains, il suffisait généralement de s'exprimer avec assurance.
Excepté la fille, évidemment. Est-ce qu'il y avait quoi que ce soit de normal
chez elle ?

Dès qu'ils lui mirent une minerve – la faisant rougir d'embarras – j'utilisai ce
moment de distraction pour discrètement déformer la marque laissé par mes
épaules dans la voiture avec le talon. Il n'y eut que mes frères et s½ur pour
remarquer ce que je faisais, et j'entendis la promesse mentale d'Emmett de
repasser derrière moi si j'avais oublié quoi que ce soit.
Reconnaissant pour son aide – et encore plus reconnaissant qu'Emmett m'ai dors
et déjà pardonné mon choix risqué – j'étais un peu plus calme lorsque je
m'installai sur le siège avant de l'ambulance.

Le chef de la police arriva avant qu'ils aient pu mettre Bella dans l'ambulance
à son tour.
Inutile d'essayer de lire dans ses pensées, tant la panique qui émanait de son
esprit refoulait les évènements et conversations des jours passés. Une
incroyable anxiété mêlée de culpabilité dénuée de mots l'emplissait tandis qu'il
voyait sa fille unique ficelée à un brancard.

Ses sentiments me pénétrèrent de toute part et grandirent en intensités. Quand
Alice m'avait prévenu que tuer la fille de Charlie Swan reviendrait à le tuer
lui, également, elle n'avait pas exagéré.

Ma tête fut transpercée de cette culpabilité tandis que j'entendais sa voix
paniquée ?

- Bella ! Hurla-t-il
- Tout va aussi bien que possible Char...papa, soupira-t-elle. Je suis indemne.

Cette assurance ne le rassura pas pour autant. Il se tourna vers le secouriste
le plus proche et demanda plus d'informations.

J'étais en train de l'écouter parler, formant des phrases parfaitement
cohérentes malgré sa panique, quand je réalisais soudain que son anxiété et son
souci n'étaient pas dénués de mots. C'était juste que...je ne pouvais pas
entendre les termes exactes de ses pensées.

Hmm. Charlie Swan n'était pas aussi silencieux que sa fille, mais à présent je
savais de qui elle tenait ça. Intéressant.

Je ne m'étais jusqu'alors jamais trop approché du chef de police municipal. Je
l'avais toujours prit pour un homme assez lent d'esprit, sans me douter que
j'étais celui qui était lent. Ses pensées, loin d'être absentes, étaient en
parties cachées. Je pouvais seulement entendre le ténor de ses pensées, rien
d'autre que le ton...

Je voulais écouter plus intensément, pour voir si je pouvais par cette
découverte percer à jour le secret de la fille. Mais Bella était à présent
chargée dans le coffre, et l'ambulance démarra.

C'était difficile de m'arraché à l'idée que je tenais peut-être une solution
possible au mystère qui avait commencé à m'obséder. Mais il fallait que je
réfléchisse – regarder ce qui avait été fait aujourd'hui sous tous les angles.
Il fallait que j'écoute, pour m'assurer que ça n'était pas allé trop loin et que
nous n'allions pas devoir partir immédiatement. Il fallait que je me concentre.

Il n'y avait rien d'inquiétant dans les pensées des secouristes. Pour autant
qu'ils puissent le dire, la fille allait bien. Et, et aussi étonnant que ça
puisse paraître, Bella s'en tenait à ma version des faits.

Ma première priorité, lorsque j'arrivai à l'hôpital, était de voir Carlisle. Je
me ruai à travers vers les portes à ouverture automatique, mais j'étais
incapable de vraiment arrêter de surveiller Bella ; je gardais un ½il sur elle
par l'intermédiaire des infirmiers.

Il me fut facile de repérer l'esprit familier de mon père. Il était dans son
petit bureau, seul. Une deuxième petite pointe de chance dans ce jour de
malchance.

- Carlisle.

Il m'avait entendu approcher, et il s'alarma lorsqu'il vit mon visage. Il se
leva d'un bond et devint encore plus pâle que d'habitude. Il me fit face
derrière son bureau parfaitement organisé.

Edward...tu n'as pas...
- Non ! non, ce n'est pas ça.

Il prit une profonde inspiration.

Evidemment. Je suis navré d'avoir eu cette pensée. Tes yeux, bien entendu,
j'aurais dû m'en douter...Ajouta-t-il en regardant mes yeux d'or solide avec
soulagement.
- Mais elle est blessée, Carlisle, ce n'est probablement pas grand-chose,
mais...
- Qu'est-il arrivé ?
- Un stupide accident de voiture. Elle était au mauvais endroit au mauvais
moment. Mais je ne pouvais pas rester là...à le laisser la percuter...
Attend, attend. Recommence depuis le début. En quoi es-tu impliqué ?
- Un fourgon a dérapé sur la glace. Murmurai-je en regardant le mur derrière lui
alors que je parlais – au lieu des diplômes, il n'y avait qu'une peinture à
l'huile, sa préférée, un Hassam non répertorié. Elle était en plein dans sa
trajectoire. Alice l'a vu arriver, mais je n'avais pas le temps de faire quoi
que ce soit d'autre que courir à travers la foule et la tirer de là. Personne ne
l'a remarqué...sauf elle. J'ai aussi dû arrêter le van, mais cette fois encore,
personne ne la vu...excepté elle. Je suis désolé Carlisle. Je ne voulais pas
nous exposer comme ça.

Il contourna son bureau et posa une main son mon épaule.

Tu as fais ce qu'il fallait. Je sais que ça n'a pas dû être facile pour toi. Je
suis fier de toi, Edward.

Je pouvais à présent le regarder dans les yeux.

- Elle sait que quelque chose...ne va pas chez moi.
- Ca n'a pas d'importance. S'il faut que nous partions, nous partirons.
Qu'a-t-elle dit ?

Je secouai la tête, un peu frustré.

- Rien, pour l'instant.
Pour l'instant ?
- Elle s'en tien à ma version des faits...mais elle attend une explication.

Il fronça les sourcils, considérant ce que je venais de lui dire.

- Elle s'est cognée la tête...enfin, je lui ai fais ça. Continuai-je
précipitamment. Je l'ai cogné assez durement contre le sol. Elle a l'air d'aller
bien, mais...je pense que ça devrait être facile de discréditer sa parole...

Rien qu'en disant ces mots, j'avais déjà l'impression d'être un connard.
Carlisle entendit le dégoût dans ma voix

Peut-être que ce ne sera pas nécessaire. Regardons ce que ça donne, d'accord ?
Je crois que j'ai un patient à examiner.
- Je t'en pris. Dis-je. J'ai tellement peur de lui avoir fait du mal.

Une étincelle traversa l'½il de Carlisle. Il passa sa main dans ses cheveux –
qui avaient des reflets un peu plus clairs que ses yeux dorés – et rit.

Ca m'a tout l'air d'être une journée plutôt intéressante pour toi, je me trompe
? Dans son esprit, je pouvais lire l'ironie, et l'humour que la situation lui
inspirait. Quel revirement. Quelque part durant la seconde d'inconscience qui
m'avait poussé à voler à son secours, le tueur s'était métamorphosé en
protecteur.

Je ris avec lui, me souvenant que Bella n'aurait jamais autant besoin d'être
protégée que de moi-même. Ca me fit rire parce que, quelque soit ce qui venait
de se passer, j'étais toujours aussi dangereux pour elle qu'avant.



J'attendis seul dans le bureau de Carlisle – l'une des heures les plus longues
de mon existence – écoutant l'hôpital plein de pensées.

Tyler Crowley, le conducteur du fourgon, avait l'air bien plus atteint que
Bella, et toute l'attention était tournée vers lui, alors qu'elle attendait son
tour pour faire des radios. Carlisle resta dans l'ombre, croyant sur parole les
secouristes qui affirmaient que la fille n'était que légèrement blessée. Ca me
stressa, même si je savais qu'il avait raison. Un seul coup d'½il à son visage,
et Bella se souviendrait immédiatement de moi, et du fait qu'il y avait quelque
chose d'anormal dans ma famille, et ça pourrait risquer de la faire parler.

Une chose était sûre, elle avait bien assez de compagnie avec qui parler. Tyler
était consumé par sa culpabilité, du fait qu'il avait bien faillit la tuer –
deux fois de suite – et ne semblait pas pouvoir se taire. Je pouvais clairement
voir l'expression de son visage à travers ses yeux, et il était clair qu'elle
voulait qu'il se taise. Comment pouvait-il ne pas s'en rendre compte ?

Je me tendis lorsque j'entendis Tyler lui demander comment avait pu s'en sortir.
J'attendis, sans respirer, alors qu'elle hésitait.

Um...l'entendis-je dire. Puis elle se tut si longtemps que Tyler se demanda si
sa question la dérangeait. Enfin, elle dit : Edward m'a tiré de là.

Je soupirai. Et là ma respiration s'accéléra. Je ne l'avais jamais entendu
prononcer mon nom avant. J'aimais le son que ça produisait – même si je ne
l'entendais que par l'intermédiaire des pensées de Tyler. Je voulais l'entendre
moi-même...

Edward Cullen dit-elle, quand Tyler ne savait pas de qui elle parlait. Je me
retrouvais devant la porte, une main sur la poignée. Le désire de la voire
devenait de plus en plus fort. Je devais me souvenir qu'il me fallait être
prudent.

- Il était près de moi
- Cullen ? Je ne l'ai pas vu...Enfin, tout s'est passé si vite. Il va bien ?
- Il me semble. Il traîne dans les parages. Ils ne l'ont pas couché sur un
brancard, lui.

Je vis son regard pensif, un éclair de suspicion traverser ses yeux, mais ces
petits changements dans son expression passèrent inaperçus pour Tyler.

Elle est jolie, pensa-t-il, presque surprit. Même toute sale. Elle n'est pas
vraiment mon type mais...je devrais sortir avec elle. Il suffit d'arranger les
choses pour aujourd'hui...

J'étais dans le hall, tout près de la salle des urgences, sans penser ne
serait-ce que pendant une seconde à ce que j'étais en train de faire. Par
chance, l'infirmière entra dans la salle avant moi – c'était au tour de Bella
pour les radios. Je m'adossai contre le mur dans un recoin sombre tout près du
tournant, et essaya de me retenir de la suivre alors qu'on l'emmenait.

Qu'est-ce que ça pouvait bien faire que Tyler la trouve jolie ? Tout le monde
pouvait s'en rendre compte. Il n'y avait strictement aucune raison pour que je
ressente...mais qu'est-ce que je ressentais au juste ? De la gêne ? Ou est-ce
que « en colère » était plus proche de la réalité ? Cela n'avait strictement
aucun sens.

Je restai là où j'étais aussi longtemps que je le pus, mais mon impatience
l'emporta sur tout le reste et je m'en retournai vers la salle de radiologie. On
l'avait déjà reconduise aux urgences, mais je pus tout de même jeter un coup
d'½il à ses radio quand l'infirmière eut le dos tourné.

Ce que je vis me rassura. Son crâne allait bien. Je ne l'avais pas blessée, pas
vraiment.

Carlisle m'appela.

Tu as meilleure mine, commenta-t-il.

Je continuai à regarder droit devant moi. Nous n'étions pas seuls, les corridors
étaient pleins d'employés et de visiteurs.

Ah, oui. Il accrocha ses radios au négatoscope, mais je n'avais pas besoin d'un
second coup d'½il. Je vois. Elle va parfaitement bien. Bon travail, Edward.

Entendre une telle approbation venant de mon père déclencha en moi une réaction
mitigée. Cela aurait dû me faire plaisir, cependant je savais qu'il
n'approuverait certainement pas ce que je m'apprêtais à faire à présent. Du
moins, il ne l'approuverait pas s'il connaissait mes véritables intentions...

- Je crois que je vais aller lui parler, soufflai-je, avant qu'elle ne te voie.
Agir naturellement, prétendre que rien ne s'est passé. Histoire d'arranger ca.

Voilà qui pourrait faire figure d'excuses acceptables. Carlisle hochai la tête
d'un air absent, toujours concentré sur ses radios.

- Bonne Idée. Hmm.

Je regardai à mon tour les images pour voir ce qui retenait son attention.

Mais regardez moi toutes ces anciennes contusions ! Combien de fois sa mère
l'a-t-elle laissé tomber ? Carlisle rit de sa propre plaisanterie.

- Je commence à croire que cette fille est cernée par la malchance. Elle est
toujours au mauvais endroit au mauvais moment.

Il est vrai qu'avec toi dans les parages, Forks est sans aucun doute le «
mauvais endroit » pour elle.

Je tressaillis

Vas-y. Arrange les choses. Je te rejoins dans un moment.


Je m'éloignai à grands pas, sentant les remords affluer. J'étais peut-être
décidément trop bon menteur, si je pouvais tromper Carlisle.

Quand je pénétrai dans la salle des urgences, Tyler marmonnait dans sa barbe
d'énièmes excuses. La jeune fille essayait d'échapper à l'assaut de ses remords
en faisant semblant de dormir. Ses yeux étaient clos, mais sa respiration
n'était pas tranquille, et je pouvais voir ses doigts bouger avec impatience par
moment.

Je contemplai son visage un long moment. C'était la dernière fois que je la
verrais. Ce fait déclencha une douleur aigue dans ma poitrine. Etait-ce parce
que je détestais laisser derrière moi un mystère non résolu ? Ca ne semblait pas
être une raison suffisante.

Finalement, je pris une profonde inspiration et entrai dans la salle des
urgences, à la vue de tous.

Quand Tyler me vit arriver, il recommença à parler, mais je mis un doigt sur mes
lèves.

- Elle dort ? Murmurai-je.

Les paupières de Bella s'ouvrirent en grand et ses yeux se focalisèrent
instantanément sur mon visage. Ils s'écarquillèrent un moment, puis se
réduisirent en deux fentes soupçonneuses ou en colère. Je me rappelai qu'il
fallait que je joue mon rôle, aussi lui souris-je comme si rien d'anormal ne
s'était produit – mis à part un léger choc à la tête et un petit délire
post-traumatique.

- Et, Edward, je suis désolé...commença-t-il

D'un geste de la main, je stoppai ses excuses.

- Il n'y a pas mort d'homme. Constatai-je d'un air désabusé en souriant un peu
trop largement à ma petite plaisanterie personnelle.

Il était incroyablement facile d'ignorer Tyler, bien qu'il fut à seulement trois
mètres de mois, et couvert de sang. Autrefois je n'avais jamais compris comment
Carlisle y parvenait – ignorer le sang de ses patients pour les soigner. Après
tout, n'était-il pas dangereux d'être en permanence tenté ? Mais à présent, je
voyais. Si on se concentre sur quelque chose d'assez puissant, la tentation n'a
plus d'atteinte sur vous.
Car même frais et à découvert, le sang de Tyler n'était rien comparé à celui de
Bella.
Je restai à une distante sécurisante d'elle, m'asseyant au bord du matelas de
Tyler.

- Alors, quel est le verdict ?

Sa lèvre inférieure se retroussa légèrement.

- Je n'ai rien, mais ils refusent de me relâcher. Explique-moi un peu pourquoi
tu n'es pas ficelé à une civière comme nous ?

- Question de relation. Répondis-je avec légèreté. Mais ne t'inquiète pas, je me
charge de ton évasion.

Je regardai prudemment sa réaction lorsque mon père entra dans la pièce. Ses
yeux s'écarquillèrent et se retrouva bouche bée de surprise. Intérieurement, je
grognai. Aucun doute possible, elle avait remarqué notre ressemblance.

- Alors, Mademoiselle Swan, demanda Carlisle, comment vous sentez-vous ?

Son charisme et ses manières avaient le don de détendre n'importe quel patient
en une demi-seconde. Mais bien sûr, impossible de dire avec certitude si ce
pouvoir affecta Bella.

- Je vais bien. Dit-elle calmement.

Carlisle accrocha ses radios au négatoscope près du lit.

- Vos radios sont bonnes. Vous avez mal à la tête ? D'après Edward, vous avez
subit un sacré choc
- Tout est en ordre. Répéta-t-elle après un soupir

Une once d'impatience dans sa voix cette fois. Elle me jeta un regard noir.
Carlisle s'approcha d'elle et fit courir presque tendrement ses doigts sur son
cuir chevelu jusqu'à ce qu'il ait trouvé la bosse au sommet de son crâne.

Toutes mes défenses tombèrent devant la vague d'émotions qui m'assaillait.
Maintes fois j'ai eu l'occasion de voir Carlisle travailler avec des humains. Je
lui ai même servis d'assistant, il y a des années – uniquement dans les
situations où le sang n'était pas impliqué cependant. Ce n'était donc pas
nouveau pour moi de le voir interagir avec cette fille comme s'il était aussi
humain qu'elle. J'ai souvent envié sa maîtrise de soi, c'est vrai, mais jamais à
ce point là. Cette fois c'était différent. C'était bien plus que son
self-control que j'enviais chez lui. Je brûlais de faire disparaître cette
différence entre Carlisle et moi – le fait qu'il puisse la toucher si
tendrement, sans peur, sans craindre de la blesser...

Elle tressaillit, et je remuai sur le matelas où j'étais assis. Je dus me
concentrer pendant un moment pour retrouver ma position décontractée.

- C'est douloureux ? Demanda Carlisle.

Son menton hocha d'un millimètre.

- Pas vraiment. Dit-elle.

Une autre pièce trouva sa place dans le puzzle de sa personnalité : elle était
courageuse. Elle n'aimait pas montrer ses faiblesses.

C'était probablement la créature la plus vulnérable qu'il m'ait été donné de
rencontrer, et elle ne voulait pas sembler faible. Un léger rire s'échappa de
mes lèvres.

Elle me lança un autre regard courroucé.

- Bon, déclara Carlisle, votre père vous attend à côté. Vous pouvez rentrer.
Mais n'hésitez pas à revenir si vous avez des vertiges ou des troubles de la
vision.

Son père était donc là ? J'avais beau scanner les pensées de la foule qui avait
envahit le hall, je n'arrivais pas à trouver sa voix avant que Bella ne se
remette à parler, l'air anxieux.

- Je ne peux pas retourner au lycée ?
- Vous feriez mieux de vous reposer, aujourd'hui. Lui suggéra Carlisle.
- Et lui, il y retourne ? Enchaina-t-elle en me désignant du regard.

Agir normalement, arranger les choses...ignorer l'effet que ça fait quand elle
me regarde dans les yeux...

- Il faut bien que quelqu'un annonce la bonne nouvelle de notre survie.
Déclarai-je.
- En fait, me corrigea Carlisle, la plupart des élèves semblent avoir envahit
les urgences.

Cette fois-ci, je pu anticiper sa réaction – son aversion envers les spots
braquées sur elle. Je ne fus pas déçu.

- Oh, bon sang ! Grommela-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains

J'étais plutôt content d'avoir enfin réussi à deviner juste. Je commençai à la
comprendre...

- Vous préférez rester ici ? Demanda Carlisle.
- Non, non ! S'empressa-t-elle de répliquer

Elle arracha ses jambes aux draps et sauta du lit, puis perdit l'équilibre et
trébucha pour atterrir dans les bras de Carlisle qui s'empressa de la rattraper
et de la remettre sur ses pieds.

Cette fois encore, un torrent de jalousie me dévora.

- Ca va. Dit elle avant qu'il n'ait pu commenter, et une délicieuse teinte rose
colora ses joues.

Bien sûr, qu'elle rougisse ne posa pas le moindre problème à Carlisle. Il
s'assura qu'elle avait retrouvé son équilibre et la lâcha.

- Prenez un peu d'aspirine si vous avez mal. Lui conseilla-t-il
- Ce n'est pas si affreux que ça.
- Il semble que vous ayez eu beaucoup de chance. Conclut-il dans un sourire en
signant sa feuille de sorti

Elle tourna un peu la tête pour mon toiser

- A mettre sur le compte d'Edward la Chance.
- Ah oui...c'est vrai. Eluda Carlisle, percevant la même chose que moi dans son
ton.

Elle n'avait pas encore mit ses soupçons sur le compte de l'imagination. Pas
encore.
Je te la laisse. Pensa Carlisle. Fait ce qui te semblera le mieux.

- Merci, ça m'aide énormément. Murmurai-je rapidement.

Aucun humain ne m'entendit. A mon sarcasme, Carlisle étouffa un sourire alors
qu'il se tournait vers Tyler.

- J'ai bien peur que vous ne deviez rester avec nous un peu plus longtemps.
Dit-il en commençant à ausculter les coupures laissées par les éclats de verre.

Bon, je suppose qu'avec toute la pagaille que j'avais provoquée, il était
logique que je dusse régler ça moi-même.
Bella marcha délibérément dans ma direction, ne s'arrêtant que lorsqu'elle était
à une distance suffisamment inconfortable et gênante de moi. Je me souvins
soudain comme j'avais souhaité avant tout ce grabuge qu'elle agisse ainsi...ce
fut comme une parodie de mon v½u.

- Je peux te parler une minute ? Me siffla-t-elle.

Son haleine brûlante incendia mon visage et je dû reculer d'un pas. Son charme
n'avait pas le moins du monde diminué, et continuait de faire sans cesse
ressurgir en moi les plus viles pulsions, mes instincts les plus primaires
lorsque j'étais près d'elle. Le venin inonda ma bouche et mes muscles se
bandèrent, près à bondir – à l'emprisonner dans mes bras et à enfoncer mes dents
dans sa gorge.

Mon esprit était plus fort que mon corps, mais c'était limite.

- Ton père t'attend. Lui rappelai-je en serrant les mâchoires.

Elle jeta un bref coup d'½il à Tyler et Carlisle. Si Tyler ne nous prêtait plus
la moindre attention, Carlisle lui supervisait le moindre de mes soupir.

Prudence, Edward.

- J'aimerais avoir une petite discussion en privé, si tu veux bien.
Insista-t-elle à voix basse.

Je voulu lui répondre qu'au contraire, je ne voulais pas du tout, mais je savais
que je devais m'y résigner. Mieux valait se débarrasser de ce problème.

J'étais en proie à un véritable conflit intérieur tandis que sortis de la salle,
écoutant sa démarche trébuchante, essayant de me calmer.

J'allais devoir jouer la comédie à présent. Je connaissais parfaitement mon rôle
: je serais le méchant de l'histoire. J'allais lui mentir, la tourner en
ridicule, être cruel.

Cela allait contre tous mes sentiments – des sentiments humains que j'avais
refoulé pendant toutes ces années. Jamais de ma vie je n'avais autant désiré
mériter la confiance d'autrui qu'à cet instant, et pourtant, j'étais sur le
point de ruiner les quelques probabilités que ce fusse le cas qu'il me restait.

Le pire, c'était de savoir que ça risquait fort d'être le tout dernier souvenir
qu'elle aurait de moi. C'était ma scène d'adieux.

Je me retournai et lui fis face.

- Alors ? Demandai-je froidement.

Elle eu un léger mouvement de recul devant mon hostilité. Ses yeux gagnèrent en
profondeur, le regard ahuri, cette expression qui m'avait tant hantée...

- Tu me dois une explication. Dit-elle d'une petite voix, la peau d'ivoire
pâlissant encore plus.

Il me fut difficile de garder un ton dur.

- Je t'ai sauvé la vie, je ne te dois rien du tout.

Elle tressaillit. Voire mes paroles la blesser semblait me brûler comme de
l'acide.

- Tu as juré. Chuchota-t-elle.
- Bella, tu as pris un coup sur la tête, tu délires.
- Ma tête va très bien ! Riposta-t-elle en levant le menton.

A présent elle était en colère, bien, ça allait sûrement rendre les choses plus
faciles pour moi. Je rencontrai son regard, et essayant de poser sur mon visage
le masque le moins avenant.

- Que veux-tu de moi, Bella ?
- La vérité. Comprendre pourquoi tu me force à mentir.

Ce qu'elle me demandait là était totalement loyal et justifié, et ça me tuait de
devoir le lui refuser.

- Mais qu'est-ce que tu vas imaginer ?

Ses mots coulèrent comme un torrent.

- Je suis sûre que tu n'étais absolument pas à côté de moi. Tyler ne t'a pas vu
non plus, alors arrête de me raconter des bobards. Ce fourgon allait nous
écraser tous les deux, et ça ne s'est pas produit. Tes mains ont laissées des
marques dedans, et tu as aussi enfoncé l'autre voiture. Tu n'as pas une
égratignure, le fourgon aurait dû m'écrabouiller les jambes mais tu l'as
soulevé...

Soudain elle s'arrêta de parler et serra les dents en détournant le regard pour
cacher ses yeux mouillé de larmes qu'elle refoulait.

Je gardai mes yeux vissés sur elle, le regard moqueur, alors qu'en réalité
j'étais pétrifié d'effroi. Elle avait tout vu.

- Tu penses vraiment que j'ai réussi à soulever une voiture ? Demandai-je d'un
ton sarcastique.

Elle acquiesça.

- Personne ne te croira, tu sais, continuai-je, la raillerie encore plus
évidente dans ma voix.

Elle fit un effort pour contrôler sa colère. Lorsqu'elle me répondit, ce fut en
articulant soigneusement chaque mot.

- Je n'ai pas l'intention de le crier sur les toits.

Elle le pensait – je pouvais le lire dans ses yeux. Même trahie et en colère,
elle aurait gardé mon secret.

Pourquoi ?

Le choc détruisit en une seconde l'expression soigneusement étudiée que j'avais
placée sur mon visage. Je dû reprendre contenance

- Dans ce cas, quelle importance ? Demandai-je, faisant un réel effort pour
préserver la sévérité de ma voix.
- Pour moi ça en as. Dit-elle avec ferveur. Je n'aime pas mentir, alors tu as
intérêt de me donner une bonne raison de le faire.

Elle me demandait de lui faire confiance. De la même manière que je voulais
qu'elle me fasse confiance. Mais c'était malheureusement un chemin sur lequel je
ne pouvais me permettre de m'aventurer.

- Pourquoi ne pas te contenter de me remercier et d'oublier tout ça ? Dis-je de
la même voix insensible.
- Merci. Dit-elle, avant de fulminer en silence, attendant que je parle.
- Tu n'as pas l'intention de renoncer, hein ?
- Non
- Alors...

Je ne pouvais pas lui dire la vérité, même je le voulais...et je ne le voulais
pas, d'ailleurs. Je préférais encore qu'elle s'invente sa propre histoire plutôt
qu'elle sache ce que j'étais, car rien ne pouvait être pire que la vérité.
J'étais un cauchemar vivant, sortit tout droit des film d'horreurs.

- ...Tu risque d'être déçue.

Nous nous fusillâmes du regard un moment. C'était étrange de voir combien son
irritation était charmante. Comme un petit chaton en colère, complètement
ignorant de sa propre vulnérabilité.
Ses joues rosirent et elle serra les dents une fois de plus.

- Pourquoi t'es-tu donné la peine de me sauver alors ?

Sa question n'était pas de celles auxquelles je m'étais préparé. Je perdu le fil
de mon rôle. Mon masque glissa de mon visage et se brisa à mes pied, et cette
fois je lui dis la vérité.

- Je ne sais pas.

Je photographiai mentalement son visage une dernière fois – ses trait
reflétaient encore sa colère, et le sang n'avait pas encore fuis ses joues où il
s'était réfugié – puis tourna les talons et m'éloigna d'elle..





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# Posté le mercredi 18 mars 2009 11:43

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:50

Midnight sun- Chapitre 4 ;)

Midnight sun- Chapitre 4  ;)
Chapitre 4 ;


Je retournai en cours. C'était la meilleure chose à faire, celle qui attirerait
le moins les regards sur moi.

Vers la fin de la journée, presque tous les autres élèves étaient également de
retour au lycée. Seuls Tyler et Bella ainsi que quelques autres – qui avaient
certainement dû profiter de l'accident pour sécher – furent notés absents.

Il n'aurait pas du être si difficile pour moi d'agir pour le mieux. Pourtant,
tout l'après midi, j'en étais à grincer des dents tellement je devais me faire
violence pour ne pas sécher à mon tours – pour retrouver la fille.

Comme un traqueur. Un traqueur obsessionnel. Un vampire, traqueur obsessionnel.

Aujourd'hui l'école fut – était-ce possible ? – encore plus ennuyante qu'elle
l'avait été il y a tout juste une semaine. Comme si j'étais dans le coma. Comme
si les briques, les arbres, ciel et les visages autour de moi avaient perdus
toute couleur....je me perdis dans la contemplation des fissures dans les murs.

Il y avait autre chose que j'aurais dû faire...et que je ne faisais pas. Bien
sûr, c'était aussi quelque chose de mal. Tout dépendait du point de vue qu'on
adoptait.

Du point de vue d'un Cullen – pas juste d'un vampire, mais d'un Cullen, un
membre d'une famille, spécimen rare dans notre monde – la meilleure chose à
faire aurait sûrement ressemblé à quelque chose de ce genre :

- Je suis étonné de vous voir en classe, Edward. J'ai appris que vous avez été
impliqué dans ce terrible accident de ce matin.
- C'est en effet le cas, Mr Banner, mais j'étais le chanceux de l'histoire.
(Sourire amical) Je n'ai pas du tout été blessé....j'aimerais pouvoir en dire
autant de Tyler et de Bella.
- Comment vont-ils ?
- Je pense que Tyler s'en sortira...il n'a que des blessures superficielles dues
aux éclats de verre. Je ne suis pas bien sûr de l'état de Bella. (Froncement de
sourcil d'un air inquiet) Il est fort possible qu'elle ait un traumatisme
crânien. J'ai entendu dire qu'elle a été plutôt incohérente pendant un moment –
il semblerait même qu'elle ait été sujette à des hallucinations. Je sais que les
médecins étaient inquiets...

Voilà comment ça aurait du se passer. Voilà mon devoir envers ma famille.

- Je suis étonné de vous voir en classe, Edward. J'ai appris que vous aviez été
impliqué dans ce terrible accident de ce matin.
- Je n'ai pas été blessé. Pas de sourire.

M. Banner balança mon poids d'une jambe à l'autre, mal à l'aise.

- Vous avez une idée de l'état de Tyler Crowley et de Bella Swan. J'ai entendu
qu'ils étaient blessés.
- Je ne vois pas comment je pourrais le savoir. Rétorquai-je avec un haussement
d'épaules

M. Banner s'éclaircit la gorge.

- Heu...bon. Dit-il, et sa tension transparaissait clairement dans sa voix : ma
froideur le rendait nerveux.

Il retourna à grand pas au tableau et commença sa lecture.

C'était la mauvaise chose à faire. Sauf si vous voyiez la situation sous un tout
autre angle, plus obscure.

Il aurait juste été si...si peu chevaleresque de poignarder cette fille dans ses
dos, particulièrement alors qu'elle se montrait bien plus digne de confiance que
j'eu pu l'espérer. Elle n'avait absolument rien dit pour me trahir, alors
qu'elle avait toute les raisons du monde de le faire. Pourquoi trahirai-je
quelqu'un qui n'avais rien faire d'autre que garder mon secret ?

J'eu presque mot pour mot la même conversation avec Mme Goff – en Espagnol cette
fois seulement – et Emmett me gratifia d'un long, long regard.

J'espère que tu as une bonne excuse pour ce qu'il s'est passé ce matin. Rose est
sur le point de déclarer une guerre.

Je levai les yeux au ciel sans le regarder.

En fait, j'avais l'excuse parfaite pour ça. Supposons juste que je n'avais rien
fait pour empêcher le fourgon d'écraser la fille...et cette simple pensée fit
frissonner de dégoût. Mais si je n'avais rien fait, si elle avait été blessée,
meurtrie, si elle s'était mise à saigner, si son fluide rouge s'était rependu
sur le béton, si l'odeur de son sang frais avait envahit l'atmosphère...

Je frissonnai à nouveau, mais pas seulement d'horreur. Un part de moi était
transi de désir. Non, je n'aurais pas été capable de la regarder se vider de son
sang sans nous exposer d'une manière bien plus flagrante...et choquante.

Cela sonnait comme l'excuse parfaite...mais je n'avais pas l'intention de
l'utiliser. J'avais trop honte. Et d'ailleurs, cette n'excuse ne m'était venue
que bien longtemps après les faits.

Fait gaffe à Jasper, me prévint Emmett, sans se préoccuper de mes rêveries. Il
n'est pas aussi en colère...mais il est bien plus déterminé...

Je vis clairement ce qu'il voulait dire par là, et pendant un moment les
contours de la pièce se mirent à danser autour de moi. Ma rage était telle qu'un
voile rouge m'obscurcissait la vision. J'étais sur le point d'exploser.

MAIS MERDE EDWARD ! RESSAISIS-TOI ! Hurla Emmett dans sa tête. Sa main s'abattit
sur mon épaule, me maintenant sur ma chaise avant que je pus me lever d'un bond.
Il n'utilisait que très rarement toutes ses forces – il en avait rarement
besoin, étant donné qu'il était bien plus fort que n'importe lequel des vampires
qui nous avait été donné de rencontrer – mais c'était pourtant ce qu'il faisait
maintenant. Il agrippa mon bras, au lieu de m'enfoncer dans ma chaise. S'il
avait agit ainsi...la chaise n'aurait pas résisté.

DU CALME ! M'ordonna-t-il.

J'essayais de me calmer, mais c'était difficile. La rage enfumait mon cerveau.

Jasper ne fera rien sans nous avoir concertés auparavant. Je me suis juste dit
qu'il valait mieux pour toi que tu sache dans quel camp il est.

Je me concentrai pour me calmer, et sentit la main d'Emmett relâcher la
pression.

Essaye d'arrêter de te donner en spectacle. Tu es déjà dans de sales draps, ce
n'est pas la peine d'en rajouter.

Je pris une profonde inspiration et Emmett me lâcha.
Je regardai autour de moi, par habitude, mais notre confrontation avait été si
calme et si silencieuse que seulement quelques personnes assises derrière Emmett
avaient remarqué. Ils n'en avaient strictement rien à faire, et passèrent outre
bien vite. Les Cullen étaient des monstres – ce n'était un scoop pour personne.

Putain, t'es irrécupérable comme gamin, tu le sais ? Ajouta Emmett avec
sympathie.

- Va te faire mordre. Grommelai-je à voix basse, et j'entendis un petit rire
discret.

Emmett ne supportait pas de faire quelque chose à contrec½ur, et je devrais
probablement me montrer un peu plus reconnaissant pour son caractère facile à
vivre. Mais je pouvais clairement voir ce que les intentions de Jasper
signifiaient pour Emmett, et qu'il considérait sans aucun problème que c'était
ainsi que les choses devaient finir.

Ma rage bouillonnait en moi, et il était difficile de garder le contrôle.
Certes, Emmett était plus fort que moi, mais il ne réussissait toujours pas à me
battre à un match de lutte. Il avait beau clamer haut et fort que c'était parce
que je trichais, mais lire dans les penser faisait tout autant partit de moi que
son immense force faisait partit de lui. Nous nous battions toujours à armes
égales.

Un combat ? Etait-ce là que cela devait mener ? Etais-je prêts à me battre
contre ma famille pour une humaine que je connaissais à peine ?

Je méditais cela pendant un moment, mettant d'un côté la sensation de fragilité
que j'avais ressentit lorsque je tenais son corps fêle dans mes bras, et d'un
autre côté Jasper, Rose, Emmett : une force et une rapidité surnaturelle, des
machines à tuer par nature.

Oui, je me battrais pour elle. Contre ma famille. Je tressaillis.

De toute façon il n'était pas juste de la laisser sans défense alors que j'étais
celui qui l'avait mise en danger.

Mais je ne pouvais pas non plus gagner seul contre eux trois, et je me demandais
quels seraient mes alliés.

Carlisle, sans aucun doute. Il ne se battrait peut-être pas, mais il ne serait
pas d'accord avec le dessein de Rose et de Jasper. C'était ce dont j'avais le
plus besoin. Je pouvais aussi entrevoir...

J'avais des doutes pour Esmée. Elle ne se battrait jamais contre moi, et elle
aurait en horreur d'être en désaccord avec Carlisle, mais elle dirait amen à
n'importe quel plan pourvu qu'il garde la famille intacte. Sa première priorité
ne serait pas la droiture, mais moi. Si Carlisle était l'âme de cette famille,
alors Esmée en était certainement le c½ur. Il nous avait donné un leader qui
méritait allégeance, elle avait fait de cette allégeance un acte d'amour. Nous
nous aimions tous les uns les autres – même si pour l'instant tout ce que je
ressentais pour Jasper et Rose se résumait à de la fureur, même si je projetais
de me battre contre eux pour sauver cette fille, je savais que je les aimais.

Pour ce qui était d'Alice...je n'en avait pas la moindre idée. Tout dépendait
probablement de ce qu'elle verrait venir. Je suppose qu'elle se mettrait du côté
du vainqueur.

Donc, en définitive, il allait sûrement que je me débrouille tout seul. Je ne
ferais surement pas le poids face à eux, mais je n'avais pas l'intention de
laisser cette fille souffrir à cause de moi. Il allait sûrement falloir que je
l'enlève...

Ma rage s'émoussa un peu par un élan soudain d'humour noir. Je pouvais aisément
imaginer comment cette fille réagirait si je la kidnappais. C'est vrai, j'étais
bien souvent à côté de la plaque lorsque je faisais des suppositions avec elle,
mais pouvait-elle réellement réagir autrement que par la terreur ?

De toute manière, je n'étais même pas certain de pouvoir réussir cela – la
kidnapper. Je ne serais sûrement pas capable de rester proche d'elle très
longtemps. Peut-être devrais-je juste la rendre à sa mère. Mais même ça restait
dangereux. Pour elle.

Dangereux pour moi également, réalisai-je soudainement. Si jamais je la tuais
par accident...je n'étais pas certain de la peine que ça me ferait, mais je
savais que ça couvrirait de nombreuses facettes tout en étant très intense.

L'heure passa à une vitesse incroyable tandis que je tentais de regarder la
situation sous tous les angles : la discussion qui m'attendait à la maison, le
conflit avec ma famille, et les mesures que je serais forcé de prendre après
tout cela...

Et bien, je ne pouvais désormais plus me plaindre que ma vie était monotone, en
dehors de ce lycée du moins. Bella avait changé tout cela.

Emmett et moi nous dirigeâmes silencieusement vers la voiture quand la sonnerie
retentit. Il était inquiet à mon sujet, et aussi pour Rosalie. Il savait quel
camp il allait devoir prendre dans cette querelle, et cela l'ennuyait.

Les autres attendaient dans la voiture, silencieux eux aussi. Nous formions un
groupe très calme. La seule chose que je pouvais entendre était les pensées
hurlant.

Espèce d'idiot lunatique ! Débile ! Crétin ! Sale égoïste de con irresponsable !
Rosalie garda tout le long du trajet un constant flot d'injures à la surface de
son mental. Ce rendit plus difficile la lecture des autres esprits, mais je fis
ce que je pus pour l'ignorer.

Emmett avait raison en ce qui concerne. Il était déterminé.

Alice était troublée, inquiète pour Jasper, à cause de ce qu'elle avait vu.
Quelque soit les moyens mis en ½uvre par Jasper pour arriver jusqu'à la fille,
Alice me voyait toujours là, le bloquant. Intéressant...ni Rosalie ni Emmett
n'intervenaient dans ses visions. Alors comme ça Jasper allait faire cavalier
seul. Ca changeait tout

Jasper était de loin le meilleur combattant de nous tous. Mon unique avantage
consistait en ce que je pouvoir prévoir ses déplacements avant qu'il les
exécute.

Je n'ai jamais réellement combattu Jasper, ou Emmett – ce n'était jamais rien
d'autre que du chahut. Le simple fait de m'imaginer en train de le blesser me
rendait malade.

Non. Non, pas ça. Je le bloquerais. C'était tout.

Je me concentrai sur Alice, mémorisant les différents plans d'attaque de Jasper.
Mais à l'instant où je pris cette résolution, ses visions se déplacèrent,
s'éloignant de plus en plus de la maison des Swan. Elle prévoyait que je lui
couperais la route plus tôt.

Arrête Edward ! Ca ne peut pas se passer ainsi. Je ne le permettrais pas.

Je ne répondis pas, mais continuai à scruter ses visions.

Elle commençait à chercher plus loin, dans le royaume brumeux et incertain des
possibilités lointaines. Tout n'était qu'ombres et flou indistinct.

Tout le long du trajet de retour, le silence pesant n'en démordit pas. Je me
garai dans le vaste garage familial. On y trouvait la Mercedes de Carlisle, à
côté de la grosse Jeep d'Emmett, de la M3 de Rose et de ma Vanquish. J'étais
content que Carlisle soit déjà rentré – ce silence risquait fort d'exploser, et
je voulais qu'il soit là lorsque ça arriverait.

Nous allâmes directement dans la salle à manger.

Cette pièce n'était, évidemment, jamais utilisée pour son rôle initial. Elle
était pourtant meublé avec une longue table en acajou et cernée de chaise. Nous
étions très scrupuleux de respecter les usages, que tout soit à sa place pour
mieux tromper les évidences. Carlisle aimait utiliser cette pièce comme salle de
conférence. Dans un groupe constitué de tant de fortes personnalités, il était
nécessaire de poser les choses calmement, de s'asseoir et de discuter.

J'avais pourtant le pressentiment que cette petite réunion n'allait pas aider
aujourd'hui.

Carlisle s'assit à sa place habituelle, à l'extrémité est de la pièce. Esmée
était à côté de lui, et leur main jointe étaient bien visibles, en bout de
table.

Les yeux d'Esmée étaient sur moi, leurs profondeurs dorées pleine de sincère
inquiétude.

Reste. Etait sa seule pensée.

Je souhaitais de tout mon c½ur pouvoir sourire à cette femme que je considérais
depuis des décennies comme ma mère, mais je ne pouvais me permettre de me
rassurer pour l'instant.

Je m'assis de l'autre côté de Carlisle. Esmée passa sa main libre autour de lui
pour pouvoir la poser sur mon épaule. Elle s'encra dans mon regard, sa jamais le
quitter.

Emmett s'assit à côté d'elle ses pensées toutes aussi empreintes d'ironie que
son visage.

Jasper hésita, puis alla s'adosser au mur à côté de Rosalie. Il était décidé,
quelque soit ce qui sortirait de la discussion qui allait suivre. Mes mâchoires
se verrouillèrent.

Alice fut la dernière à entrer, et ses yeux étaient concentrés sur quelque chose
loin dans le future, trop indistinct pour qu'elle puisse l'utiliser. Sans
sembler y penser, elle s'assit près d'Esmée. Elle massa ses tempes comme si elle
avait une migraine. Jasper devint mal à l'aise et se demanda s'il ne devait pas
la rejoindre, mais il ne bougea pas.

Je pris une profonde inspiration. C'était à moi de commencer – je devais parler
le premier.

- Je suis vraiment désolé. Dis-je, regardant tout d'abord Rose, puis Jasper et
enfin Emmett. Je n'avais pas l'intention de vous faire courir le moindre risque.
C'était irréfléchi, et je prends l'entière responsabilité de ce qui a été fait.
- Quesque tu veux dire par « que prends l'entière responsabilité » ? Répliqua
Rosalie en me toisant d'un ½il torve. Tu as l'intention d'arranger les choses ?
- Pas dans le sens où tu l'entends. Répondis-je, faisant un effort pour garder
ma voix égale et calme. Je consens à partir sur-le-champ si ça peut aider

Si j'ai la pleine certitude qu'il ne sera fait aucun mal à la fille, si j'ai la
pleine certitude qu'aucun d'entre vous ne lèverons la main sur elle. Nuançai-je
dans ma tête.

- Non. Murmura Esmée. Non, Edward.
- C'est juste l'histoire de quelques années. La consolai-je en lui tapotant la
main.
- Mais Esmée a raison. Dit Emmett. Tu ne peux aller nulle part maintenant. Ca
serait le contraire d'aider. Nous avons besoin de savoir ce que les gens
pensent, plus que jamais.
- Alice intercepterai tout évènement majeur.

Carlisle secoua sa tête.

- Je pense qu'Emmett a raison, Edward. Cette fille parlera plus facilement si tu
n'es plus dans les parages. Soit nous partons tous, soit nous restons tous.
- Elle ne dira rien. Insistai-je vivement.

Rose était sur le point d'exploser, et je voulais qu'avant que ça se produise je
puisse mettre en valeur ce fait.

- Tu ne peux pas lire dans ses pensées. Me rappela Carlisle
- Je le sais. Alice, soutient moi !

Alice me lança un regard las.

- Je ne peux pas voir ce qu'il va venir si on se contente de faire comme si rien
ne s'était passé. Dit-elle en lançant un regard à Rose et Jasper.

Non, elle ne pouvait voir ce future – pas tant que Rosalie et Jasper ne
s'étaient décidés à ignorer l'incident.

La paume de Rosalie s'abattit violement sur la table de bois.

- Nous ne pouvons nous permettre de donner la moindre chance à cette humaine de
parler. Carlisle tu dois savoir ça. Même si nous décidons de disparaître,
laisser des rumeurs derrières nous n'est pas bon. Nous vivons déjà si
différemment du reste de notre race – tu sais qu'il y a ceux qui n'attendent
qu'une excuse pour nous montrer du doigt. Nous devons être plus prudent que
quiconque d'autre !
- Nous avons déjà laissé des rumeurs derrière nous. Lui rappelai-je
- Juste des rumeurs et des soupçons, Edward. Pas des témoins oculaires et des
preuves !
- Des preuves ! Lançai-je d'un ton dubitatif.

Mais Jasper acquiesçai, le regard glacial.

- Rose...
- Laisse-moi finir Carlisle. On n'a pas besoin de faire dans le grand spectacle.
Cette fille s'est cognée la tête aujourd'hui. Alors peut-être que son
traumatisme était plus grave qu'on le croyait. Continua-t-elle en haussant les
épaules. Tous les mortels vont se coucher en prenant le risque de ne jamais se
réveiller. Les autres attendent de nous que nous nettoyions ça nous même.
Techniquement, c'est le boulot d'Edward, mais c'est manifestement au dessus de
ses forces. Tu sais que je suis capable de me contrôler. Je ne laisserai aucun
indice derrière moi.
- Oui, grondai-je, Rosalie nous connaissons tous parfaitement tes talents
d'assassin.

Elle feula dans ma direction, furieuse.

- Edward, s'il te plait. Dis Carlisle, puis il ajouta, se tournant vers Rosalie
: Rosalie, j'ai donné mon accord pour ce qu'il s'est passé à Rochester parce que
j'avais le sentiment que tu méritais de te faire justice. L'homme que tu as tué
t'avait infligé un traitement monstrueux. Ce n'est pas la même situation. La
fille Swan est un innocent.
- Ce n'est pas personnel, Carlisle. Dit Rosalie entre ses dents. C'est pour
notre protection à tous.


Il y eu un bref instant de silence durant lequel Carlisle pensa à ce qu'il
allait répondre. Lorsqu'il hocha la tête pensivement, les yeux de Rosalie
s'allumèrent. Elle n'aurait pas dû s'y laisser tromper. Même si je n'avais pas
été capable de lire dans ses pensées, je pouvais d'ors et déjà anticiper ce
qu'il allait dire. Carlisle ne faisait jamais de compromis avec ses principes.

- Je sais que tu as de bonnes intentions Rosalie, mais...j'aimerais vraiment que
notre famille fonde sa protection sur des principes. Les...accidents
occasionnels et les défaillances de notre maitrise de soi est une regrettable
partie de ce que nous somme.

C'était tout lui ça : s'inclure dans le pluriel alors que lui-même n'a jamais
commis de faux pas.

- Néanmoins, continua-t-il, assassiner un enfant innocent de sang froid me
paraît une toute autre chose. Je pense que le risque qu'elle représente, qu'elle
fasse part de ses soupçons à un tiers ou non, n'est rien à côté d'un risque
encore plus grand. Si nous commençons à faire des concessions pour notre propre
protection, nous risquons bien pire que le qu'en-dira-t-on. Nous risquons de
perdre de vue ce que nous sommes, qui nous sommes, notre essence.

Je surveillai prudemment mon expression. Je ne voulais pas qu'on me surprenne en
train d'afficher un large sourire. Ou en train d'applaudir, puisque c'était ce
dont j'avais le plus envie pour le moment.

Rosalie se refrogna

- C'est juste une preuve de responsabilité
- Non, corrigea calmement Carlisle, c'est une preuve d'insensibilité. Chaque vie
est précieuse.

Rosalie soupira lourdement et sa lèvre inférieure partit en avant. Emmett lui
tapota l'épaule.

- Tout ira bien Rose. L'encouragea-t-il à voix basse.
- La question est donc : continua Carlisle, devons-nous partir ou pas ?
- Non. Gémit Rosalie. On vient à peine de s'installer. Je ne veux pas encore
recommencer la Terminale.
- Evidemment, vous n'êtes pas obliger de changer d'âge. Précisa Carlisle.
- Pourquoi partir si vite ?

Carlisle haussa les épaules.

- J'aime cet endroit ! S'écria-t-elle. Avec si peu de soleil, on peu presque
vivre normalement !
- Et bien, rien ne nous force à prendre une décision aujourd'hui. Nous pouvons
attendre de voir si c'est vraiment nécessaire. Edward semble certain que la
fille Swan tiendra sa langue.

Rosalie émit un rire septique.

Mais je ne me préoccupais plus de Rose désormais. Je pouvais clairement voir
qu'elle se soumettrait à la décision de Carlisle, peu importait combien cela la
rendait furieuse. Ils commencèrent à aborder des points de détails peu
importants.

Jasper ne semblait pas ému le moins du monde.

Je comprenais pourquoi. Avant que lui et Alice ne se rencontrent, il avait vécu
dans une zone de combats, un théâtre de la guerre. Il savait ce qu'il arrivait
lorsqu'on faisait fit des règles. Il avait vu les sinistres conséquences de ses
propres yeux.
Cela expliquait pourquoi il n'utilisait pas ses pouvoirs pour calmer Rosalie, ni
pour l'exciter encore plus. Il se plaçait au dessus de cette conversation, il la
surplombait.

- Jasper. Dis-je.

Il rencontra mon regard, le visage dénué d'expression.

- Elle ne payera pas pour mes erreurs. Je ne le permettrais pas.
- Elle en a bénéficié largement, de cette erreur, non ? Elle aurait dû mourir ce
mati, Edward. Je ne ferais rien d'autre que remettre les choses à leurs places.

Je répétai, soulignant chaque mot.

- Je ne le permettrais pas.

Il haussa les sourcils. Il ne s'attendait pas à ça – que je me mette en tête de
l'arrêter.

- Je ne laisserais par Alice courir le moindre danger, dit-il en secouant la
tête. Même un tout petit danger. Tu ne ressens pour personne ce que je ressens
pour elle, Edward, et tu n'as pas eu à endurer ce que j'ai enduré, que tu ai vu
mes souvenirs ou pas. Tu ne comprends pas.
- Je ne contredis pas cela, Jasper. Tout ce que je te dis, c'est que je ne te
laisserais pas toucher à un seul des cheveux d'Isabella Swan.

Nous nous dévisageâmes mutuellement –sans nous toiser, nous nous contentions de
sonder les intentions de l'autre. Je le sentis goûter l'arome de mon humeur
autour de moi, pour tester ma détermination.

- Jazz. Nous interrompit Alice.

Il soutint mon regard un instant de plus, avant de tourner les yeux vers elle.

- Ne me dis pas que tu peux te défendre seule, Alice. Je sais déjà cela.
Cependant j'ai bien l'intention de...
- Ce n'était pas ce que je voulais te dire. L'interrompit Alice. Je voulais te
demander une faveur.

Je vis ce qu'elle avait dans la tête, et ma bouche tomba béante de stupeur avec
un halètement parfaitement audible. Je la fixai, choqué, vaguement conscient que
tout ce monde en dehors d'Alice et de Jasper me dévisageai prudemment.

- Je sais que tu m'aimes. Merci. Mais j'apprécierais sincèrement que tu
n'essaies pas de tuer Bella. Premièrement, parce qu'Edward est sérieux et que je
ne veux pas que vous vous battiez. Deuxièmement, elle est mon amie. Du moins,
elle va le devenir.

C'était clair comme de l'eau de roche dans son esprit : Alice, tout sourire,
avec son bras blanc et glacé autour des épaules frêles et chaudes de la fille.
Et Bella, souriante également, son bras glissé autour de la taille d'Alice.

Cette vision était solide comme du roc, ce n'était plus qu'une question de
temps.

- Mais...Alice...haleta Jasper.

Je ne réussi pas à tourner ma tête pour voir la tête qu'il faisait. Je ne
pouvais tout simplement pas m'arracher cette image dans la tête d'Alice.

- Je vais finir par l'aimer, Jazz. Et je crois que je t'en voudrais vraiment
beaucoup si tu empêchais ça.

J'étais toujours verrouillé sur l'esprit d'Alice. Je vis le futur miroiter
tandis que les résolutions de Jasper s'amoindrissaient face à sa requête
inattendue.

- Ah soupira-t-elle – son indécision éclaircissait un futur nouveau. Tu vois ?
Bella ne va rien dire du tout. Il n'y a vraiment aucun souci à se faire.

Cette manière qu'elle avait de prononcer son nom...comme si elles étaient déjà
des amies intimes...

- Alice ! M'étranglai-je soudain. Qu'est-ce que...est-ce que... ?
- Je t'ai dis que des changements étaient en train de survenir. Je...je ne sais
pas Edward.

Mais elle serra ses mâchoires, et je sus qu'il y avait plus que ça. Elle
essayait de ne pas y penser ; elle se concentra soudain de toutes ses forces sur
Jasper, alors qu'il était trop choqué pour avoir pu progresser un tant soi peu
dans sa prise de décision.

Elle faisait ça parfois...quand elle essayait de me cacher quelque chose.

- Qu'est-ce qu'il y a Alice ? Qu'est-ce que tu caches ?

J'entendis Emmett grogner. Il était toujours frustré lorsqu'Alice et moi avions
ce genre de conversation.

Elle secoua sa tête, essayant de toutes ses forces de m'empêcher d'y entrer.

- Est-ce que c'est à propos de la fille ? Demandai-je. Est-ce que c'est à propos
de Bella ?

Ses dents grinçaient tant elle était concentrée, mais à l'instant même où je
prononçais le nom de Bella, elle baissa sa garde. Un faux pas qui ne dura qu'une
fraction de seconde, mais c'était déjà bien assez long.

- NON ! Hurlai-je.

J'entendis ma chaise heurter le sol, et c'est à ce moment là seulement que je
réalisai que j'étais débout.

- Edward !

Carlisle avait également bondit de sa chaise, son bras sur mon épaule, c'était à
peine si je me rendais compte de sa présence.

- Ca se précise. Chuchota Alice. Tu es plus décidé à chaque minute. Il n'y a que
deux chemins qui s'ouvrent à elles. C'est soit d'un soit l'autre Edward.

Je pouvais voire ce qu'elle avait vu...mais je ne pouvais l'accepter.

- Non. Répétai-je ; mais mon dénie était sans consistance. Mes jambes se
dérobèrent et je dû me tenir à la table.
- Est-ce que quelqu'un pourrait avoir l'obligeance de nous expliquer ce qu'il se
passe ? Se plaignit Emmett.
- Je dois partir. Murmurai-je à Alice, l'ignorant.
- Edward, on en a déjà parlé. Répondit Emmett lourdement. C'est le meilleur
moyen de faire parler la fille. Et en plus, si tu te casse, on ne saura jamais
avec certitude si elle a parlé ou pas. Il faut que tu reste un point c'est tout.
- Je ne te vois aller nulle par, Edward. Me dit Alice. D'ailleurs je ne pense
pas que tu en sois capable. Imagine ce que ce serait. Ajouta-t-elle dans sa
tête. Imagine-toi la quitter.

Je compris ce qu'elle voulait dire. Oui, la simple idée de ne jamais revoir
cette fille était...douloureux. Mais c'était également nécessaire. Si je restais
je la condamnais.

Et puis je ne suis pas bien sûre de Jasper, Edward, continua-t-elle. Si tu t'en
va, si jamais il pense qu'elle représente un danger...

- Ce n'est pas ce que j'entends. La contredis-je, seulement à moitié conscient
de notre public.

Jasper était hésitant. Il ne ferait rien qui pourrait risquer de blesser Alice.

Pas pour l'instant. Vas-tu risquer sa vie ? Tu veux vraiment la laisser sans
défense ?

- Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? Gémis-je, ma tête tombant entre mes mains.

Je ne pouvais pas protéger Bella. J'en étais incapable. Les visions d'Alice
n'étaient-elles pas des preuves suffisantes ?

Je l'aime aussi, tu sais. Ou du moins ça va venir. Ce n'est peut-être rien en
comparaison de ce que tu ressens pour elle, mais je veux aussi qu'elle s'en
sorte.

- Comment ça tu l'aime aussi ? Haletai-je, incrédule.

Elle soupira. Edward, tu es aveugle ou quoi ? Tu ne vois donc pas sur quel
chemin tu t'es engagé ? Tu ne vois donc pas dans quel état tu es déjà maintenant
? C'est au moins aussi inévitable que le soleil se lève à l'est ! Regarde un peu
ce que je vois...

- Non. Assénai-je en secouant la tête, horrifié.

J'essayai de me fermer aux visions qu'elle m'imposait.

- Rien ne m'y oblige. Je partirai. Je changerai le futur.
- Tu peux toujours essayer. Dit-elle d'un ton septique.
- Bon vous m'expliquez là ?! Mugit Emmett
- Ecoute un peu, lui siffla Rosalie. Alice l'a vu s'éprendre d'une humaine ! Oh,
Edward, un grand classique !

Elle fit semblant de s'étouffer.
Je l'entendais à peine.

- Quoi ? S'étrangla Emmett, venant de comprendre, avant d'exploser d'un rire qui
ricocha en échos dans toute la pièce. C'est vraiment ce qui va arriver ?
(nouveau rire) C'est pas vrai Edward, t'as vraiment besoin de repos.

Je sentis sa main sur mon épaule, et je la dégageai distraitement. J'étais tout
simplement incapable de lui prêter attention.

- S'éprendre d'une humaine. Répéta Esmée, abasourdie. De la fille qu'il a sauvée
aujourd'hui ? Tomber amoureux d'elle ?
- Alice, dis-nous ce que tu as vu exactement. Demanda Jasper.

Elle se tourna face à lui ; je continuai à fixer son profil, transi de stupeur.

- Tout dépend de s'il est assez fort ou pas. Soit il la tue lui-même (elle se
tourna vers moi pour me lancer un regard désapprobateur). Ce qui m'irriterait au
plus au point, Edward, sans compter la peine que ça te ferait à toi. Elle se
tourna à nouveau vers Jasper et ajouta : soit elle deviendra l'un des nôtres un
jour.

Il y eu une exclamation étouffée ; je ne tournai pas la tête pour savoir d'où
elle venait.

- Je ne laisserais pas cela arriver ! Hurlai-je à nouveau. Jamais !

Mais Alice semblait ne pas m'entendre.

- Tout dépend de sa force. Répéta-t-elle. Il est peut-être assez fort pour ne
pas la tuer – mais ça va être juste. Ca va lui demander une maitrise de soi
exemplaire. Elle médita un instant avant de continuer : Peut-être même qu'il lui
faudra se montrer encore plus fort que Carlisle. Peut-être qu'il est assez
fort...En fait la seule chose dont il n'est pas capable c'est la quitter. Une
vraie cause perdue !

J'étais incapable de parler. Comme tout le monde. La pièce était parfaitement
immobile.

Je fixais Alice, mais je savais que tous les regards étaient posés sur moi. Je
pouvais voir mon air horrifié sous cinq angles différents.

Après un long moment, Carlisle soupira.

- Et bien, voilà qui...complique les choses.
- J'allais le dire. Confirma Emmett

Sa voix était proche du rire. Faites confiance à Emmett pour trouver quelque
chose de drôle dans la destruction de ma vie.

- Je suppose que le plan reste le même, de toute manière. Ajouta Carlisle
pensivement. Nous restons, et observons. Evidemment, personne ne...fera de mal à
la fille.

Je me raidis.

- Je suis d'accord. Dis Jasper calmement. Si Alice ne voit que deux
solutions....
- NON ! Criai-je, en ce qui s'apparentait à la fois à un hurlement, un
grognement et un gémissement de désespoir. Non...

Il fallait que je m'en aille, que je fuie cette pièce pleine de leurs pensées.
Le dégoût de Rosalie, l'humour d'Emmett, L'éternelle patience de Carlisle...

Pire : L'assurance d'Alice. La confiance de Jasper en cette assurance.
Pire que tout : la joie d'Esmée.

Je sortis de la pièce à grands pas. Esmée me toucha le bras quand je passais
devant elle, mais je n'eu pas conscience de son geste.

J'étais déjà en train de courir avant même que je sois sorti de la maison. Je
traversai la rivière d'un bond, et couru à travers la forêt. La pluie était de
retour, tombant à flots si intenses que je fus trempé en quelques minutes.
J'aimais les rideaux épais de pluie – ils étaient des murs entre moi et le reste
du monde, où je pouvais m'isoler, être seul.

Je courrai en direction de l'est, par et à travers les montagnes sans réfréner
ma course, jusqu'à ce que je pus distinguer les lumières de Seattle sur l'autre
rive. Je m'arrêtais avant de franchir la frontière de la civilisation humaine.

Fouetté par la pluie, tout seul, je me forçai enfin à voire la réalité en face,
combien mon acte avait influencé l'avenir.

Tout d'abord, la vision d'Alice, bras dessus bras dessous avec la fille – la
confiance et l'amitié était si évidente dans cette image. Les yeux de Bella d'un
chocolat profond n'était plus abasourdis dans cette vision, mais toujours aussi
pleins de secrets – d'heureux secrets. Le bras gelé d'Alice ne semblait pas lui
poser de problème.

Qu'est-ce que ça signifiait ? Combien en savait-elle ? Dans cet instant immobile
venu du futur, que pensait-elle de moi ?

Puis, cette deuxième image, si similaire, et pourtant si horrifiante. Alice et
Bella, s'enlaçant encore dans la même amitié intime. Seulement à présent, il n'y
avait plus aucune différence entre leurs bras : les deux étaient blancs, lisse
comme du marbre, dur comme de l'acier. Les yeux de Bella avaient perdus leur
couleur chocolat. Leurs iris arboraient un rouge criard, choquant. Les secrets
en eux étaient insondables : résignation ou désolation ? Il était impossible de
le dire. Son visage était froid et immortel.

Je frissonnai. Je ne pouvais m'empêcher de me poser les mêmes questions :
Qu'est-ce que cela signifiait ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Et que
pense-t-elle de moi à ce moment là ?

Je pouvais répondre à cette dernière question. Si je la contraignais à me suivre
dans cette demi-vie par faiblesse et égoïsme, il était certain qu'elle me
haïrait.

Mais il restait une autre image – la pire image qui ne se soit jamais imposée
dans ma tête.

Mes propres yeux, d'un écarlate profond à cause du sang humain, les yeux du
monstre. Le corps brisé de Bella dans mes bras, blanc comme de la cendre, vidé
de son sang, privé de sa vie. C'était si concret, si clair.

Je ne pouvais supporter une telle vision. C'était trop pour moi. J'essayais de
la bannir de mon esprit, de voir autre chose, n'importe quoi d'autre. Essayer de
revoir son visage, bien vivant, avec cette expression abasourdie qui m'avait
obsédée durant le dernier chapitre de mon existence. En vain.

Les visions lugubres d'Alice défilèrent dans ma tête, et je me tordis d'agonie
intérieurement. Et durant tout ce temps, le monstre en moi débordait de joie,
jubilant d'avance du plaisir de sa satisfaction. Ce me rendait malade.

On ne pouvait pas permettre à cela d'arriver. Il ne devait y avoir un moyen de
changer le futur. Je ne laisserais pas les visions d'Alice diriger ma vie. Je
pouvais choisir une voie différente. On a toujours le choix.

Il le faut.



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# Posté le dimanche 22 mars 2009 10:09

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:51

Midnight sun- Chapitre 5 :D

Midnight sun- Chapitre 5 :D
Chapitre 5


Le lycée.
Plus question d'appeler cela le purgatoire, à présent c'était carrément l'enfer.
Feu et tourments...oui, j'avais droit aux deux.

Je faisais exactement tout ce que j'étais supposé faire. J'avais mis tous les
points sur tous les « i ». Plus personne ne pouvait s'aventurer à dire que je
manquais à mon devoir désormais.

Pour faire plaisir à Esmée et pour protéger les autres, je restai à Forks. Je
replongeai dans ma vieille routine. Je ne chassais pas plus que les autres.
Chaque jours, je patientais sagement au lycée et faisais semblant d'être humain.
Chaque jour, j'étais à l'affut de la moindre nouveauté à propos des Cullen dans
les esprits des élèves – et il n'y avait jamais rien de nouveau. La fille
n'avait fait part de ses soupçons à personne. Elle se contentait de répéter
inlassablement la même histoire – j'étais juste à côté d'elle et je l'ai poussé
de la trajectoire du van - jusqu'à lasser ses plus acharné qui finir par tout
simplement arrêter de la harceler. Il n'y avait aucun danger. Mon impulsion
n'avait fait de mal à personne.

Uniquement à moi-même.

J'étais déterminé à changer le futur. Ce n'était pas une tâche facile à réaliser
tout seul, certes, mais je n'avais pas le choix.

Alice soutenait que je ne serais pas assez fort pour m'éloigner d'elle. J'allais
lui prouver le contraire.

Je pensais que le premier jour serait le plus dur à passer. A la fin de
celui-ci, j'en étais certain. Je me trompais, cependant.

J'étais réticent, sachant que j'allais la blesser. Je me consolai en me disant
que la peine qu'elle ressentirait ne serait qu'une chiquenaude – rien d'autre
que la légère sensation d'être rejetée – en comparaison de la mienne. Bella
était humaine, et elle savait que j'étais quelque chose d'autre, quelque chose
de maléfique, quelque chose d'effrayant. Elle allait sûrement se sentir plus
soulagée qu'autre chose en me voyant me détourner d'elle et prétendre qu'elle
n'existait pas.

- Bonjour, Edward. Me salua-t-elle, ce premier jour en cour de biologie.

Sa voix avait été amicale, agréable, bref à cent quatre-vingts degrés du ton de
notre dernière conversation.

Pourquoi ? Pourquoi ce brusque changement ? Avait-elle oublié ? Avait-elle mis
l'épisode complet sur le compte de son imagination ? Se pouvait-elle réellement
qu'elle m'ait pardonné pour ne pas avoir tenu ma promesse ?

Ces questions m'avaient brulée comme la soif qui m'attaquait à chaque fois que
je respirais. Un seul instant, la regarder dans les yeux. Juste histoire de voir
si je pouvais y trouver quelques réponses...

Non. Je ne pouvais même pas me permettre cela. Pas si je voulais changer le
futur. J'avais tourné le menton d'un millimètre dans sa direction sans quitter
le tableau des yeux. J'avais légèrement opiné, avant de reprendre ma position
initiale.

Elle ne m'adressa plus jamais la parole.

Le soir, aussitôt que les cours s'étaient terminés, une fois que j'avais joué
mon rôle, je couru jusqu'à Seattle comme je l'avais fais la veille. La douleur
semblait un peu plus supportable quand je volais à travers les montagnes, que
tout autour de moi se fondait en une tâche verte et floue.

Cette course devint mon habitude quotidienne.

Etais-je amoureux d'elle ? Je ne pensais pas. Pas encore. Les visions passagères
d'Alice étaient toutes focalisées sur moi, cependant, et je pouvais voir combien
il me serait aisé de tomber amoureux de Bella. Exactement comme tomber : sans
effort. M'interdire de l'aime était l'opposé d'une chute – c'était comme me
hisser jusqu'au sommet d'une falaise, prise après prise, la tâche aussi
harassante que si je n'avais eu qu'une force humaine.

Plus d'un mois passa, chaque jour plus dur que le précédent. Cela n'avais
d'ailleurs pas le moindre sens pour moi – je m'attendais à voir mes efforts pour
m'éloigner d'elle diminuer, je m'attendais à ce que ça devienne plus facile au
bout d'un moment. C'était sûrement ce qu'Alice sous-entendait en prédisant que
je serais incapable de me tenir éloigné d'elle. Elle avait vu l'escalade de ma
douleur. Mais je pouvais supporter la douleur.

Je n'allais pas détruire le futur de Bella. Si mon destin était de l'aimer,
alors l'éviter n'était-il pas le moins que je puisse faire ?

Cependant, l'éviter se trouvais à la limite de mes possibilités. Je pouvais
faire semblant de l'ignorer, et ne jamais la regarder. Je pouvais prétendre
qu'elle ne m'intéressait pas. Mais ça se limitait à ça : des faux-semblants, pas
de réalité.

J'étais toujours pendu à ses soupirs, au moindre mot qui s'échappait de ses
lèvres.

Je classai mes tourments en quatre catégories.

Les deux premières m'étaient familières. Son parfum et son silence. Ou, plutôt –
pour mettre le blâme là où il devait être, c'est-à-dire sur moi – ma soif et ma
curiosité.

La soif était de loin le plus primaire de mes tourments. J'étais à présents
totalement habitué à ne pas respirer du tout en biologie. Bien évidemment, il y
avait toujours des exceptions – quand j'avais à répondre à une question par
exemple, et que j'étais à cour d'air pour parler. A chaque fois que je goutais
l'air autour de la fille, c'était exactement comme au premier jour – le feu et
le besoin aussi brutal que désespéré de me libérer. Il était difficile de rester
capable de réfléchir ou de restreindre mes mouvements dans ce cas. Et, tout
comme au premier jour, le monstre en moi voulais rugir, si proche de la
surface...

La curiosité était le plus constant de ses tourments. La question ne quittait
jamais mon esprit : A quoi pense-t-elle maintenant ? Quand je l'entendais
pousser un léger soupir. Quand elle enroulait distraitement une mèche de ses
cheveux autour de son doigt. Quand elle posait ses livres sur la paillasse avec
un peu plus de force que d'habitude. Quand elle se ruait en cours, en retard.
Quand elle tapait nerveusement du pied par terre. Chaque petit mouvement perçut
par ma vision périphérique étaient des énigmes destinées à me rendre fou. Quand
elle parlait aux autres élèves, j'analysais chacun de ses mots et le ton qu'elle
utilisait. Disait-elle ce qu'elle pensait ou ce qu'elle pensait devoir dire ? Il
me semblait bien souvent qu'elle essayait de dire ce que son interlocuteur
voulait entendre, et cela me rappelait l'illusion quotidienne à laquelle ma
famille et moi nous nous prêtions – nous étions d'ailleurs bien meilleurs
qu'elle à ce petit jeu. A moins que je ne me trompe, peut-être que je
m'imaginais juste des choses. Après tout, pourquoi jouerait-elle un rôle ? Elle
était l'un des leurs – une adolescente humaine.

Mike Newton était le plus surprenant de mes tourments. Qui aurait pu suspecter
qu'un mortel aussi banal qu'ennuyeux puisse se révéler aussi agaçant ? Pour être
loyal, il m'aurait fallu montrer un peu de gratitude envers ce garçon : plus que
quiconque, il faisait parler la fille. J'en apprenais tant sur elle par le biais
de leurs conversations – je composais toujours ma liste – mais au contraire,
l'assistance de Mike ne faisait qu'aggraver mon cas. Je ne voulais pas que Mike
soit celui qui lui tire ses secrets. Je voulais que ce soit moi.

Ca aidait un peu qu'il ne remarque jamais ses petites révélations, ses légers
faux-pas. Il ne savait rien d'elle. Il s'était crée de toutes pièces une Bella
qui n'existait pas – une fille aussi banale que lui. Il n'avait pas vu
l'altruisme et la bravoure qui la différenciait des autres humains, il ne
percevait pas l'incroyable maturité de ses paroles. Il ne voyait pas que
lorsqu'elle parlait de sa mère, on dirait un parent parlant de son enfant plutôt
que l'inverse – aimante, indulgente, un peu amusée, et férocement protectrice.
Il n'entendait pas la patience dans sa voix quand elle faisait semblant de
s'intéresser à ses histoires ennuyantes, et n'avait pas la moindre idée de la
gentillesse derrière cette patience.

Toutes ces conversations avec Mike me permirent d'ajouter l'élément le plus
important de ma liste de ses qualités, le plus révélateur de tous, aussi simple
qu'il était rare. Bella était doté d'une grande bonté. Tous les autres éléments
rejoignaient parfaitement ce dernier – gentille, modeste, altruiste, adorable,
aimante et courageuse. Sa bonté traversait toutes les facettes de sa
personnalité.

Ces découvertes encourageantes ne heurtèrent pas l'esprit du garçon, pourtant.
Cette vision possessive qu'il avait de Bella – comme si elle était un objet
qu'on acquiert – me provoquait presque autant que les fantasmes obscènes qu'il
avait à son sujet. Il gagnait en assurance, également, le temps passant,
persuadé que Bella le préférait lui à tous ceux qu'il considérait comme ses
rivaux – Tyler Crowley, Eric Yorkie, et même, à la rigueur, moi-même. Il avait
prit l'habitude de s'assoir sur son côté de notre table avant que le cours ne
débute, discutant avec elle, encouragé par ses sourires. Rien que des sourires
polis, me persuadais-je. De la même manière, je m'amusais souvent à m'imaginer
l'envoyer voler à l'autre bout de la pièce pour qu'il aille s'écraser sur le
mur...ça n'allait pas probablement pas le blesser mortellement...

Mike ne pensait pas souvent à moi comme à un rival. Après l'accident, il s'était
inquiété que Bella et moi, on ne tisse des liens suite à notre expérience
partagée, mais manifestement l'incident avait plutôt eu l'effet opposé. Il avait
de toute manière toujours eu peur que j'accapare l'attention de Bella. Mais à
présent que je l'ignorais tout autant que les autre, son assurance ne cessait de
grandir.

A quoi pensait-elle à présent ? Comment accueillait-elle son attention ?

Enfin, le dernier de mes tourments, le plus douloureux : l'indifférence de
Bella. Elle m'ignorait autant que je l'ignorais. Elle n'essaya plus jamais de me
reparler. Pour autant que j'en sache, elle ne pensait jamais à moi.

Cela aurait pu me rendre fou – ça aurait même pu détruire mes résolutions pour
ce qui était de changer le futur – sauf que parfois, elle me regardait comme
elle le faisait avant. Je ne le voyais pas moi-même, car je ne pouvais tout
simplement pas me permettre de la regarder, mais Alice nous prévenait toujours à
chaque fois qu'elle était sur le point de lever les yeux vers nous ; les autres
restaient prudents vis-à-vis de la connaissance problématique de la jeune fille.

Cela soulageait un peu ma douleur, qu'elle me regarde de loin, de temps en
temps. Bien sûr, elle devait sans doute se contenter de se demander quelle
espèce de monstre je pouvais être.

- Bella va admirer Edward dans une minute. Ayez l'air normal. Chantonna Alice un
Mardi de Mars.

Les autres prirent grand soin de gigoter et de balancer leur poids d'une jambe à
l'autre comme les humains : l'immobilité absolue était une marque distinctive de
notre race.

Je commençai à compter le nombre de fois qu'elle regardait dans ma direction.
Cela me faisait plaisir, même si ça n'aurait pas dû, que la fréquence ne
déclinait pas avec le temps. Je ne savais pas ce que cela signifiait, mais ça me
faisait me sentir mieux.

Alice soupira. J'aimerais tellement...
- Reste en dehors de ça, Alice. Soufflai-je. Ca n'arrivera pas.

Elle fit la moue. Alice avait hâte de fonder cette amitié qu'elle s'était vue
avoir avec Bella. D'une étrange manière, cette fille qu'elle ne connaissait pas
lui manquait.

Je l'admets, tu es plus fort que ce que je croyais. Tu as rendu le futur aussi
flou et insensé qu'autrefois. J'espère que tu es content.

- Au contraire Alice, tout cela a parfaitement un sens pour moi.

Elle gronda doucement.
J'essayai de la faire taire, trop nerveux pour pouvoir supporter une
conversation. Je n'étais pas de très bonne humeur – j'étais plus tendu que je ne
le laissais paraître. Seul Jasper, avec sa capacité à sentir et à influencer les
états d'âmes des autres, était au courant de ma tension et sentait le stress
émaner de moi. Il ne comprenait pas les raisons de ces sensations, cependant, et
– comme j'étais sans arrêt d'une humeur noire ces derniers jours – il n'y
prêtait pas attention.

Aujourd'hui allait être un jour difficile. Plus dur à passer que le précédent,
comme le voulais la tradition.

Mike Newton, cet odieux jeune garçon que je ne pouvais me permettre de
considérer comme un rival, allait demander à Bella de sortir avec lui.

Le bal de printemps pointait son nez à l'horizon, et c'était aux filles de
choisir leur partenaire, et il avait espéré de toutes ses forces que Bella le
choisisse, lui. Qu'elle ne l'ait pas encore fait avait ébranlé sa confiance en
lui. A présent il était dans une situation délicate – et je savais que je ne
devrais pas normalement être aussi amusé par sa gêne – car Jessica Stanley
venait tout juste de lui demander d'être son cavalier. Il ne voulait pas dire «
oui », espérant toujours que Bella le choisisse (lui permettant ainsi de prouver
sa victoire à ses rivaux), mais il ne voulait pas non plus dire « non » et finir
sans partenaires. Jessica, blessée par son hésitation et supposant la raison de
celle-ci, fulminait contre Bella. Cette fois encore, j'eu le désir impulsif de
me placer entre les pensée destructrices de Jessica et Bella. A présent je
commençais à mieux comprendre ce désir, mais cela rendait encore plus frustrant
le fait de ne pas pouvoir le satisfaire.

Qui l'eu cru ! Me voilà obnubilé, sinon carrément obsédé par de petits
feuilletons de lycéens, ces mêmes feuilletons que je méprisais autrefois.

Mike rassembla tout son courage et avança vers Bella en biologie. J'écoutais sa
lutte intérieure tandis que j'attendais sa venue, assis à côté d'elle. Ce garçon
était faible. Il avait attendu ce bal exprès, car il avait peur que son béguin
ne soit connu de tous avant qu'elle n'ait elle-même montré une préférence à son
égard. Il ne voulait pas se sentir vulnérable à un possible rejet, et préférait
que ce soit elle qui fasse le premier pas.

Lâche.

Il s'assit sur notre table, se mettant à l'aise, comme s'il était chez lui, et
j'imaginai le son que cela pourrait produire si son corps percutait le mur d'en
face assez violement pour que tous ses os se brisent sous le choc.

- Tu sais, dit-il à la fille, ses yeux vissés au sol, Jessica m'a invité au bal.
- Super ! Répondit immédiatement avec enthousiasme. Vous allez vous éclater.

C'était difficile de ne pas sourire devant la façon dont le ton de sa voix
s'encra dans l'esprit de Mike. Il avait espéré qu'elle serait déçue. Il se
dépatouilla pour trouver une réponse adéquate.

- C'est que...

Il hésitait, à deux doigts de se dégonfler. Puis il se ressaisit et ajouta

- Je lui ai répondu que j'avais besoin d'y réfléchir.
- Quelle idée ! Plastronna-t-elle.

Son ton était désapprobateur, mais s'y pointait également une touche de
soulagement.

Qu'est-ce que cela signifiait ? Une furie aussi intense qu'imprévue transforma
mes mains en poings.

Mike n'avait pas perçut la touche de soulagement. Son visage était rouge, le
sang affluait – vu la violence qui venait de monter en moi, cela ressemblait
fort à une invitation – et il regarda le sol à nouveau pour parler.

- Je me demandai si...euh, si tu comptais m'inviter, toi.

Bella hésita.

A ce moment précis, ce moment d'hésitation, je pu voir le future plus clairement
qu'Alice ne l'avait jamais fait.

La fille allait dire oui à la question tacite de Mike, ou peut-être que non,
mais de toute manière, un jour, bientôt, elle allait dire oui à quelqu'un. Elle
était adorable et intrigante, et ça les hommes allaient le remarquer – ils le
remarquaient déjà. Qu'elle jette son dévolu sur quelqu'un parmi cette foule
terne, ou qu'elle attende d'être libérée de Forks, un jour viendra ou elle
dirait oui.

Je vis sa vie comme je l'avais fais autrefois – université, carrière...amour,
mariage. Je la vis au bras de son père, à nouveau, vêtue de soie blanche et de
tulle, son visage rouge de bonheur tandis qu'elle se déplaçait lentement au
rythme de la marche de Wagner.

La douleur fut plus forte que tout ce que j'avais pu endurer par le passé. Un
humain aurait été au bord de l'agonie devant une telle souffrance – un humain ne
s'en relèverait pas.

Et ce n'était pas uniquement de la douleur, mais aussi, carrément de la rage.

Ma furie avait désespérément besoin d'un exutoire physique. Même si ce garçon
ingrat et insignifiant avait peu de chance d'être celui à qui Bella dirait oui,
je mourais d'envie d'écraser son crâne entre mes paumes, de le faire payer, lui,
à la place de cette personne.

Je ne comprenais pas cette émotion – c'était un étrange mélange de douleur, de
rage, de désir et de désespoir. Je n'avais jamais ressentit cela auparavant, et
je ne pouvais pas mettre un nom dessus.

- Mike, je crois que tu devrais accepter. Dis Bella d'une voix douce.

Les espoirs de Mike se cassèrent royalement la figure. En d'autres circonstance,
cela m'aurait beaucoup amusé, mais j'étais perdu dans le contrecoup de cette
douleur – et dans le remords pour l'effet que cette douleur et cette rage avait
eu sur moi.

Alice avait raison. Je n'étais pas assez fort.

En cet instant précis, Alice devait sûrement être en train d'observer le futur
changer à nouveau de cap pour se retrouver à nouveau dépendant du choix
déchirant entre ces deux destinées. Etait-elle satisfaite ?

- Tu as déjà choisi quelqu'un ? Demanda soudain Mike.

Il me toisa, méfiant envers moi pour la première fois depuis des semaines. Je
réalisai trop tard que je m'étais fourvoyé : ma tête était à présent légèrement
tournée vers Bella.

L'envie sauvage qui envahit ses pensées – une envie envers quiconque serait
préféré de Bella – m'aida soudain à mettre un nom sur mon étrange émotion.

J'étais jaloux.

- Non. Répondit la fille, une trace d'humour dans sa voix. J'ai bien l'intention
de sécher le bal.

Parmi mes remords et ma colère, je ressentis du soulagement à ses mots.
Soudainement, je m'étais mis à dresser la liste de mes rivaux.

- Pourquoi ? Demanda Mike.

Son ton avait été presque grossier. Qu'il lui parle de cette manière
m'offensait. Je retins un grognement.

- Je vais à Seattle, ce samedi là. Répondit-elle.

Ma curiosité ne fut pas aussi vicieuse que d'habitude, cette fois, car je savais
que j'étais en mesure de la satisfaire. Je saurais le pourquoi du comment de
cette nouvelle révélation en temps et en heures.

Mike prit un ton dragueur qui me déplut fortement.

- Tu ne peux pas choisir un autre weekend ?
- Non, désolée. Dis brusquement Bella. En tout cas, tu ne devrais pas faire
attendre Jessica plus longtemps. C'est impoli.

Sa sollicitude pour Jessica éteignit d'un soudain les flammes de ma jalousie.
Cette excursion à Seattle était clairement une excuse pour dire non – avait-elle
refusé par pure loyauté envers son amie ? Elle était bien assez altruiste pour
ça. Désirait-elle en réalité dire oui ? Ou peut-être était-ce totalement
différent : était-elle intéressée par quelqu'un d'autre ?

- Ouais, marmonna Mike, tu as raison.

Il était tellement démoralisé que j'avais presque pitié de lui. Presque.

Il détacha son regard de la jeune fille, interrompant mon angle de vue de son
visage par ses pensées.

Je n'allais pas tolérer ça.

Je me tournai pour voir son visage de mes propres yeux, pour la première fois
depuis plus d'un mois. C'était incroyablement soulageant de me permettre cela,
comme une bouffée d'air après une longue apnée.

Ses yeux étaient clos, et ses mains se pressaient de chaque côté de son visage.
Ses épaules étaient légèrement courbées en avant, en position défensive. Elle
secoua un peu sa tête, comme si elle essayait de chasser une pensée de son
esprit.
Frustrant. Fascinant.

La voix de M. Banner la tira de ses rêveries, et ses yeux s'ouvrirent lentement,
avant de se poser presque immédiatement sur moi, sentant peut-être mon regard.
Elle soutint mon regard avec la même expression abasourdie qui m'avait hantée
pendant si longtemps.

En cet instant, il ne restait plus aucune trace de remord, de culpabilité ou de
rage en moi. Je savais que tout cela allait revenir, et revenir bientôt, mais
pour le moment je subissais une étrange escalade de nervosité. Un sentiment de
victoire, plutôt que de défaite.

Elle ne détourna pas les yeux, même si je la fixais avec une intensité
inappropriée, essayant vainement de tirer quelque information de son regard de
chocolat fondu, un regard plein de question, plutôt de que réponses.

Je pus voir mon propre reflet dans ses yeux, et je vis que les miens étaient
noircis par la soif. Cela faisait presque deux semaines que je n'avais pas
chassé ; je n'avais pas choisi le bon jour pour laisser ma volonté d'écrouler.
Mais cette noirceur ne semblait pas l'effrayer. Elle ne détournait toujours pas
le regard, et un rose au pouvoir de séduction purement dévastateur vint colorer
sa peau.

A quoi pensait-elle maintenant ?

J'avais presque posé ma question à haute voix, mais à ce moment là, M. Banner
m'avait appelé. Je dénichai la bonne réponse dans sa tête pendant de que tournai
la tête dans sa direction.

J'inspirai brièvement

- Le Cycle de Krebs.

La soif m'écorcha la gorge, banda mes muscles et remplis ma bouche de venin, et
je fermais les yeux, essayant de me concentrer malgré le désir que son sang
m'inspirait rageusement.

Le monstre était plus fort qu'avant. Le monstre se réjouissait. Il embrassait
pleinement se futur coupé en deux que je lui avais offert sur un plateau, ce «
fifty-fifty » auquel il inspirait si vicieusement. Le troisième, ce future
incertain que j'avais tenté de construire par la force de ma seule volonté
venait de s'effondrer – détruite par une banale jalousie de surcroit – et à
présent, le monstre n'avais jamais été aussi près du but.

Le remord et la culpabilité me brulèrent en même temps que la soif, et, s'ils en
avaient été capables, mes yeux se seraient remplis de larmes.

Qu'avais-je fait ?

Sachant que le combat était dors et déjà perdu, il ne semblait plus subsister la
moindre raison qui puisse m'empêcher de faire ce que je désirais : je me tournai
et la regardai à nouveau.

Elle s'était cachée derrière un épais rideau de ses cheveux sombres, mais je
pouvais tout de même distinguer entre les mèches que ses joues étaient cramoisie
à présent.

Le monstre aimait ça.

Elle ne croisa pas mon regard à nouveau, mais elle tritura nerveusement l'un de
ses cheveux entre ses doigts. Ses doigts fins, son poignet délicat, ils étaient
si fragiles, comme si je pouvais les casser d'un simple souffle.

Non, non, non. Je ne pouvais pas faire ça. Elle était trop fragile, trop bonne,
trop précieuse pour mériter ce sort. Je ne pouvais pas permettre à ma vie
d'entrer en collision avec la sienne, et de la détruire.

Mais je ne pouvais pas non plus rester éloigné d'elle. Alice avaient raison
depuis le début.

Le monstre en moi feula de frustration tandis que j'hésitais, considérant
d'abord une solution, puis l'autre.

Mon heure en sa compagnie passa bien trop vite, alors que je vacillais toujours
d'un choix à l'autre. La cloche sonna, et elle commença à rassembler ses
affaires sans me regarder. Cela me déçu, mais je ne pouvais rien attendre
d'autre de sa part. Mon attitude envers elle depuis l'accident était tout
bonnement inexcusable.

- Bella. L'appelai-je, incapable de me retenir.

Ma volonté tombait déjà en lambeaux. Elle hésita avant de me regarder ;
lorsqu'elle se retourna, elle était sur ses gardes, méfiante.

Je me rappelai qu'elle avait toutes les raisons du monde de ne pas me faire
confiance. Que c'était la meilleures des attitudes qu'elle puisse avoir.

Elle attendait que j'ajoute quelque chose, mais je me contentais de la regarder,
de lire dans son visage. J'inspirais régulièrement et à petites bouffées,
combattant ma soif.

- Quoi ? Dit-elle finalement. Tu me parles de nouveau ?

Il y avait une pointe de ressentiment dans sa voix qui était, à l'instar de sa
colère, attendrissante. Ca me donnait envie de sourire.

Je n'étais pas sur de savoir quelle réponse lui donner. Lui reparlai-je, au sens
où elle l'entendait ?

Non. Pas si je pouvais faire autrement. Et j'allais tout faire pour ça.

- Non, pas vraiment. Lui dis-je.

Elle ferma les yeux, ce qui me frustra. Elle coupait mon meilleurs accès à ses
sentiments. Elle prit une longue, profonde inspiration sans rouvrit les yeux.
Ses mâchoires étaient serrées.

Ses yeux toujours clos, elle parla. Voilà qui n'était certainement pas un moyen
de conversation très répandu chez les humains. Pourquoi s'y prenait-elle de
cette manière ?

- Alors, qu'est-ce que tu veux, Edward ?

Le son de mon nom sur ses lèvres déclencha une réaction étrange dans mon corps.
Si mon c½ur battait encore, il se serait affolé.

Mais comment lui répondre ?

Par la vérité, décidai-je. J'allais me montrer aussi fiable que possible avec
elle désormais. Je ne voulais pas qu'elle se méfie de moi, même si espérer sa
confiance était tout simplement impossible.

- Je te prie de m'excuser. Lui dis-je.

C'était surement la chose la plus vraie qu'elle n'entendrait jamais de ma part.
Malheureusement, je pouvais uniquement m'excuser sur mes crimes les moins
graves.

- Je ne suis pas très courtois, je sais. Mais c'est mieux comme ça, crois moi.

Ca serait encore mieux si je pouvais continuer de me montrer discourtois. Le
pouvais-je ?

Ses yeux s'ouvrirent, toujours aussi prudents.

- Je ne te comprends pas.

J'essayais de la mettre en garde autant que possible.

- Il vaut mieux que nous ne soyons pas amis. (ça elle pouvait le comprendre,
c'était une fille intelligente) Fais-moi confiance.

Son expression se durcit, et je me souvins un peu tard que je lui avais déjà
demandé sa confiance – juste avant de la trahir. Je tressaillis quand ses dents
grincèrent – elle s'en souvenais parfaitement, elle aussi.

- Dommage que tu ne t'en sois pas aperçu plus tôt. Dit-elle avec colère. Tu te
serais épargné tous ces regrets.

Sous le choc, je la fixai. Que savait-elle de mes regrets ?

- Des regrets ? De quoi ?
- De ne pas avoir laissé cet imbécile de fourgon me réduire en bouillie !
Asséna-t-elle.

Je me figeai, abasourdi.

Comment pouvait-elle penser cela ? Lui sauver la vie était la seule chose
acceptable que j'avais faite depuis que je l'avais rencontrée. La seule chose
dont je n'avais pas honte. La seule et unique chose qui me rendait fier
d'exister ! Depuis la seconde où j'avais humé son odeur pour la première fois,
je m'étais littéralement battu pour la garder en vie. Comment pouvait-elle
penser cela de moi ? Comment osait-elle remettre en question mon unique bonne
action dans tout ce foutoir ?

- Tu penses vraiment que je regrette de t'avoir sauvée ?
- Je ne sais ! Rétorqua-t-elle.

Son interprétation de mes intentions me laissait pantois

- Tu ne sais rien du tout.

Combien le fonctionnement de son esprit était incompréhensible ! Elle ne devait
pas raisonner comme les autres humains. Cela pourrait expliquer son silence
énigmatique. Elle était entièrement autre.

Elle tourna brusquement la tête, ses dents grinçant à nouveau. Ses joues étaient
rouges, de colère cette fois. Elle emplira violement ses livres et les tira d'un
coup sec vers elle avant de partir en direction de la porte sans m'accorder un
regard.

Tout aussi irrité que je fusse, je ne pus m'empêcher de trouver sa colère un
tantinet divertissante. Elle marchait d'un pas chancelant, sans regarder où elle
allait, et se prit le pied dans la chambranle. Elle trébucha, et toutes ses
affaires s'étalèrent sur le sol. Au lieu de se pencher immédiatement pour les
ramasser, elle resta droite comme un I, sans même regarder par terre, comme si
elle n'était pas certaine que ses livres en valaient la peine.

Je me démenai pour ne pas rire.

Personne ne me regardait : je volai à ses côté et tenais ses livres empilé dans
l'ordre avant qu'elle n'eu le temps de regarder par terre.

Elle se baissa à moitié, m'aperçut, et se figea. Je lui rendis ses livres,
m'assurant qu'aucune parcelle de ma peau glaciale n'entre en contact avec la
sienne.

- Merci. Dit-elle d'une voix froide, sévère

Ce ton fit revenir mon irritation.

- De rien.

Elle se redressa et partit à grands pas vers son prochain cours.

Je la suivi des yeux jusqu'à ce que je ne pus plus voir son visage en colère.

Je passai le cours d'Espagnol dans les nuages. Mme Goff ne me reprocha jamais
mon inattention – consciente du fait que mon Espagnol était bien supérieur au
sien – et me laissa tout loisir de rêver

Donc, je ne pouvais ignorer la fille. C'était évident. Mais cela voulait-il
forcément dire que je n'avais pas d'autre choix que de la détruire ? Ca ne
pouvait pas être le seul avenir possible. Il devait y avoir une autre solution.
J'essayai de penser à un moyen de...

Je ne prêtai attention à Emmett que vers la fin de l'heure. Il était curieux –
Emmett n'était peut-être pas doué pour voir clairement les changements d'humeur
chez les autres, lui, mais cela ne l'avait pas empêché de remarquer un
changement manifeste chez moi. Il se demandait ce qui avait bien pu ôter mon
habituelle humeur massacrante de mon visage. Il chercha à définir ce changement,
et décréta finalement que j'avais l'air plein d'espoir

Plein d'espoir? C'était donc cela que l'on voyait en me regardant ?

Je méditai sur l'idée que je me faisais de l'espoir tandis que nous nous
dirigions vers la Volvo, me demandant ce que je pouvais bien espérer.

Mais je n'eu pas le temps de méditer à ce sujet. Sensible que j'étais à toute
pensée se rapportant à la fille, le son du nom de Bella dans la tête de...de mes
rivaux, je suppose que je devais l'admettre, attira mon attention. Eric et
Tyler, ayant apprit – à leur grande satisfaction – l'échec de Mike, se
préparaient à tenter leur chance.

Eric était déjà en place, placé près de sa camionnette, là où elle ne pourrait
pas le louper. La classe de Tyler était retenue un peu plus longtemps pour
recevoir une consigne, et il se dépêchait pour la rattraper avant qu'elle ne
s'échappe.

Je devais absolument voir ça.

- Attend les autres ici, d'accord ? Murmurai-je à Emmett.

Il me dévisagea d'un air soupçonneux, puis haussa les épaules et acquiesça.

Ce gosse a perdu la tête. Pensa-t-il, amusé par mon étrange requête.

Je vis Bella arriver du gymnase, et attendis là où elle ne pourrait pas me voir.
Alors qu'elle s'approchait de l'embuscade d'Eric, je m'approchai à grands pas,
calculant mes pas pour pouvoir arriver à leur niveau pile au bon moment.

Je vis son corps se raidir à la vue du garçon qui l'attendait. Elle se figea un
moment, puis se détendit et s'approcha.

- Salut ! L'entendis-je le saluer d'une voix amicale.

Je ressentis alors une soudaine anxiété totalement imprévue. Et si cet
adolescent dégingandé et boutonneux lui plaisait ?

Eric déglutit bruyamment, faisant rebondir sa pomme d'Adam.

- Salut, Bella.

Elle ne semblait pas consciente de sa nervosité.

- Quoi de neuf ? Demanda-t-elle, déverrouillant sa camionnette sans regarder son
air effrayé.
- Euh, je me demandais juste...si tu accepterais d'aller au bal avec moi ?

Sa voix se brisa.

Elle leva enfin les yeux. Etait-elle décontenancée, ou flattée ? Eric ne pouvait
pas la regarder dans les yeux, alors je ne pu voir son visage dans son esprit.

- Je croyais que c'était aux filles de choisir leur cavalier ? Dit-elle d'une
vois troublée.
- Euh, ouais. Admit-t-il lamentablement.

Ce pitoyable garçon ne m'irrita pas autant que Mike Newton, mais je ne pus pas
me résoudre à ressentir la moindre compassion à son angoisse jusqu'à ce que
Bella ne lui réponde d'une voix douce.

- Je serais à Seattle ce jour là, mais merci quand même.

Il avait déjà entendu cela ; pourtant, il était déçu.

- Oh, marmonna-t-il, réussissant à peine à lever ses yeux jusqu'au niveau de son
nez. Une autre fois peut-être.
- C'est ça. Dit-elle.

Aussitôt elle se mordit la lèvre inférieure, comme si elle regrettait de lui
donner de faux espoirs. Cela me plu beaucoup.

Eric baissa les bras et partit – dans la mauvaise direction.

Je passai devant elle à ce moment précis, et l'entendis pousser un soupir de
soulagement. Je ris.
Elle tourna la tête à droite à gauche pour identifier la source du son, mais je
me contentai de regarder droit devant moi, essayant de me retenir de sourire
d'amusement.

Tyler était derrière moi, courant presque pour l'attraper avant qu'elle ne
prenne la route pour rentrer chez elle. Il était plus audacieux et plus serein
que les deux autres ; la seule raison pour laquelle il n'avait pas approché
Bella plus tôt était qu'il avait laissé Mike tenter d'abord sa chance, par
respect pour lui.

Je voulais qu'il réussisse à parler à Bella pour deux raison. Si – comme je le
soupçonnais déjà – son attention n'allais faire que gêner Bella, je voulais
avoir le plaisir de regarder sa réaction. Mais, si c'était l'inverse – si
l'invitation de Tyler était précisément celle qu'elle espérait – alors je
voulais le savoir, également.

Je considérais Tyler Crowley comme un rival, tout en sachant que c'était mal. Il
me semblait assez transparent et quelconque, mais que savais-je des goûts de
Bella ? Peut-être qu'elle aime les garçons transparents...

Je tressaillis à cette pensée. Je ne pourrais jamais être un garçon transparent.
Qu'il était idiot de me placer moi-même en compétition pour obtenir son
affection. Comment pourrait-elle ne serait-ce que de se soucier de quelqu'un qui
était, selon toute vraisemblance, un monstre ?

Elle était bien trop bonne pour un monstre.

J'aurais dû la laisser s'échapper, mais mon inexcusable curiosité eu le dessus.
Une fois de plus. En effet, et si Tyler loupait sa chance maintenant, et la
contactait plus tard, quand il ne me serait plus possible de connaître le fin
mot de l'histoire ? Je fis sortir ma Volvo de la place de parking pour la placer
sur l'allée étroite, empêchant Bella de sortir.

Emmett et les autres arrivèrent, mais il leur avait décrit mon étrange attitude,
et ils marchaient lentement, tout en me regardant, essayant de savoir ce que je
faisais.

Je regardais la fille dans le rétroviseur. Elle lançait des regards mauvais à
l'arrière de ma voiture sans me regarder, comme si elle aurait souhaité être aux
volants d'un tank plutôt que d'une Chevrolet rouillée.

Tyler se précipita dans sa voiture, et se plaça dans l'embouteillage juste
derrière elle, reconnaissant pour mon inexplicable attitude. Il essaya d'attirer
son attention, mais elle ne le remarqua pas. Il attendit un moment, puis sortit
de sa voiture, et alla taper légèrement sur la fenêtre du côté passager.

Elle sursauta, et le regarda avec étonnement. Après une seconde, elle baissa
manuellement la vitre, semblant d'ailleurs rencontrer quelques problèmes avec.

- Excuse-moi Tyler, dit-elle d'une voix agacée, je suis coincée derrière Cullen.

Elle prononça mon nom de famille d'une voix dure – elle était toujours fâché.

- Oh, je sais. Dit Tyler, pas perturbé le moins du monde par son humeur, je
voulais juste te proposer quelque chose pendant qu'on est bloqué ici.

Son sourire était bien trop sur de lui.

Je fus content de la voir pâlir devant ses évidentes intentions.

- Tu veux bien m'inviter au bal ? Demanda-t-il, persuader d'aller au devant
d'une victoire.
- Je ne serais pas là Tyler. Répondit-elle, l'irritation perçant toujours dans
sa voix.
- Ouais, Mike me l'a dit.
- Alors pourquoi... ?
- J'espérais seulement que c'était une façon sympa de l'éconduire. Dit-il en
haussant les épaules.

Ses yeux s'écarquillèrent, puis se refroidirent.

- Désolée Tyler (elle ne semblait pas désolée du tout), je serais effectivement
absente.

Il accepta son excuse, son assurance intacte.

- Pas grave. Il nous restera toujours le bal de promo.

Il retourna dans sa voiture.

J'avais eu raison d'attendre.

L'expression horrifiée qui s'étalait sur son visage n'avait pas de prix. Ce qui
répondit à une question dont je ne devrais pas vouloir à ce point la réponse :
permis tous les hommes humains qui la courtisaient, aucun d'eux n'avaient droit
à un traitement de faveur. Elle ne ressentait rien pour eux.

Il y avait aussi que cette expression était certainement la chose la plus
hilarante qu'il m'ait été donné de voir.

C'est alors que ma famille arriva, étonné de me voir secoué de rire plutôt qu'en
train de fixer avec des envies de meurtre tout ce sur quoi mon regard se posait.

Qui a-t-il de si drôle ? Demanda Emmett, curieux.

Je secouai ma tête, à nouveau pris d'un fou-rire tandis que Bella faisait rugir
son engin à grands bruits. On aurait à nouveau dit qu'elle désirait un tank.

- Démarre ! Siffla Rosalie impatiemment. Arrête de faire l'idiot. Si tu en es
capable.

Ses mots n'eurent aucun effets sur moi – je m'amusais trop. Mais je fis quand
même ce qu'elle me dit.

Personne ne me parla sur le chemin du retour. Je continuais de pouffer de temps
à autre, rependant à la tête qu'avait faite Bella.

Alors que l'on sortait de la ville – accélérant maintenant qu'il n'y avait plus
de témoins – Alice ruina ma bonne humeur.

- Alors, j'ai le droit de parler à Bella maintenant ? Demanda-t-il soudainement,
sans m'avertir par une pensée.
- Non. Assénai-je.
- Ce n'est pas du jeu ! Qu'est-ce que je dois attendre ?
- Je n'ai rien décidé, Alice.
- C'est inutile, Edward.

Dans sa tête, les deux destinées de Bella étaient à nouveau claires comme du
cristal.

- A quoi ça t'avancerait de la connaître ? Marmonnai-je, soudain morose. Si je
vais la tuer ?

Alice hésita pendant une seconde.

- Tu marques un point, là. Admit-elle.

Je pris de dernier virage à cent quarante quatre kilomète heure et pillai pour
m'arrêter à un millimètre du mur du garage.

- Bon jogging. Dit Rosalie d'un don grinçant alors que je m'extirpais hors de la
voiture.

Mais je n'allais pas courir cette nuit. J'allais chasser.

Les autres s'étaient habitués à aller chasser demain, mais je ne pouvais pas me
permettre d'être assoiffé maintenant. J'en fis trop, buvant plus que de raison,
m'empiffrant à nouveau – un petit troupeau de cerf et un ours que je fus
chanceux de trouver aussi tôt dans l'année. J'étais si plein que c'en était
inconfortable. Pourquoi n'était-ce pas assez ? Pourquoi son odeur devait être
plus forte que tout le reste ?

Je devais chasser pour me préparer au jour suivant, mais, alors que j'étais trop
plein pour chasser à nouveau et que le soleil menaçait à chaque heure de percer,
je sus que le jour suivant était trop loin.

Mes nerfs s'affolèrent lorsque je me rendis compte que j'étais partit rejoindre
la fille.

Je me disputai avec moi-même tout le long du trajet de retour à Forks, mais ce
fut mes moins bons côtés qui l'emportèrent, et je suivis mon plan indéfendable.
Le monstre était là, mais bien nourrit. Je savais que je resterais à une
distance raisonnable d'elle. Je voulais juste savoir où elle était. Je voulais
juste voir son visage.

Il était minuit passé, et la maison de Bella était sombre et calme. Sa
camionnette était garée à côté de la voiture d fonction de son père sur la place
de parking. Il n'y avait pas de pensée éveillée dans les environs. Je regardais
la maison pendant un moment depuis la pénombre de la forêt qui longeait la
façade est. L'entrée principale devrait probablement être fermée – cela ne
poserait aucun problème, excepté qu'il valait mieux que je ne laisse pas de
trace de mon passage. Je décidai d'essayer la fenêtre en premier. Presque
personne ne se donnait la peine d'y installer des sécurités.

Je traversai la route déserte et escaladai la façade en une demi-seconde. Pendu
d'une main à l'avant-toit de la fenêtre, je regardais à travers la vitre, et là
mon souffle se coupa.

C'était sa chambre. Je pouvais la voir dans le petit lit une place, ses
couvertures sur le sol et ses draps ondulants autours de ses jambes. Alors que
je regardais, elle s'agita et mit un bras sur sa tête. Elle ne ronflait pas, en
tout cas pas cette nuit. Avait-elle sentit le danger près d'elle ?

La voyant se retourner à nouveau, je me dégoûtais. En cet instant, je ne valais
pas mieux qu'un pervers voyeur. Je n'étais rien d'autre. J'étais pire, bien
pire.

Je détendis mes phalanges, sur le point de me laisser tomber, mais avant cela je
m'autorisai un long regard sur son visage.

Il n'était pas calme. Le petit creux était à nouveau entre ses sourcils et les
coins de ses lèvres étaient tournés vers le bas. Ses lèvres tremblèrent, puis se
séparèrent.

- Ok, Maman. Murmura-t-elle.

Bella parlait dans son sommeil.

Ma curiosité bondit, dépassant de loin ma répugnance pour ce que j'étais en
train de faire. Cette petite lucarne vers des pensées inconscientes et sans
défenses étaient incroyablement tentante.

Je testai la fenêtre, elle n'était pas verrouillée, mais elle grinçait, surement
qu'elle n'avait pas été ouverte depuis longtemps. Je la fis glisser lentement,
terrorisé à chaque petit grincement de la charpente de métal. La prochaine fois,
j'amènerai de l'huile...

La prochaine fois ? Je secouais ma tête, dégoûté à nouveau.

Je me glissai lentement à l'intérieur.

Sa chambre était petite – désorganisée mais propre. Il y avait des livres
empilés sur le sol à côté de son lit, leur reliure me tournant le dos, et des CD
s'étalaient près de son modeste lecteur – le disque du dessus n'était qu'un
boité vide. Des piles de papiers entouraient un ordinateur qui mériterait
d'avoir sa place dans un musée réservé aux technologies obsolètes. Des
chaussures parsemaient le parquet.

Je désirais ardemment aller lire les titres de ses livres et de ces disques,
mais je m'étais promis de rester à bonnes distances, alors à la place, j'allai
m'installer dans un rocking-chair dans un coin de la pièce.

L'avais-je vraiment un jour trouvé banale ? Je pensais à ce premier jour, et à
mon dégoût pour tous ces garçons immédiatement intrigués par elle. Mais à
présent que je me souvenais de la manière dont son visage avait été représenté
dans leur esprit, je ne pouvais comprendre pourquoi je ne l'avais pas
immédiatement trouvé belle. Ca semblait si évident.

A présent que je la regardais – avec ses cheveux sombres ondulants sauvagement
autour de son visage pâle, vêtue de son t-shirt élimé et plein de trous et de
son vieux pantalon de jogging, ses membres détendu, ses lèvres pleines
légèrement entrouvertes – elle me coupais le souffle. Du moins l'aurait-elle
fais, pensai-je avec humour, si je respirais.

Elle ne parla plus. Peut-être que son rêve était terminé.

J'admirais son visage tout en essayant de penser à un moyen de rendre l'avenir
supportable.

La blesser n'était pas supportable. Cela voulait-il dire que mon seul choix
était d'essayer de partir à nouveau ?

Les autres ne m'en blâmeraient pas à présent. Mon absence ne mettrait personne
en danger. Personne n'aurait de soupçons, personne ne ferait le lien avec
l'accident.

J''hésitai comme j'avais hésité cet après midi, et rien ne semblait possible.

Je ne pouvais pas espérer rivaliser avec les jeunes humains, que ces humains là
l'attirent où pas. J'étais un monstre. Comment pourrait-elle me voir autrement ?
Si jamais elle venait à savoir la vérité à mon sujet, cela l'effraierait et
l'éc½urerait. Comme les victimes présumées dans les films d'horreur, elle
s'enfuirait en hurlant.

Je me souvins de ce premier jour en biologie...oui, elle s'enfuirait ; et elle
aurait bien raison.

Il était complètement débile d'imaginer que si je l'avais invité à ce bal
ridicule, elle aurait annulé ses plans et accepté ma proposition.

Je n'étais pas celui à qui elle allait dire oui. C'était quelqu'un d'autre,
quelqu'un d'humain et de chaud. Et je ne pourrais même pas me permettre – ce
jour là, lorsqu'elle aura dit oui – de le traquer et de le tuer, parce qu'elle
le mériterait, qui ce que soit. Elle méritait le bonheur et l'amour plus que
quiconque.

Je lui devais d'agir pour le mieux à présent. A présent que je ne pouvais plus
prétendre être sur le point de l'aimer.

Après tout, cela importait peu, si je partais, parce que Bella ne pourrais
jamais me voir comme je désirerais qu'elle me vît. Elle ne me verrait jamais
comme quelqu'un dont elle pourrait tomber amoureuse.

Jamais.

Est-ce qu'un c½ur mort et gelé pouvait encore se briser ? Le mien en semblait
capable.

- Edward. Dit Bella.

Je me figeai, regardant ses yeux clos.

M'avait-elle vu, était-elle éveillée ? Elle semblait endormie, mais sa voix
avait été si claire...

Elle soupira calmement, et bougeant à nouveau, se roulant sur le côté.

- Edward...Répéta-t-elle doucement.

Elle rêvait de moi.

Est-ce qu'un c½ur mort et gelé pouvait battre à nouveau. Le mien en semblait
capable.

- Reste. Soupira-t-elle. Ne pars pas. Je t'en prie...ne pars pas.

Elle rêvait de moi, et ce n'était même pas un cauchemar. Elle voulait que je
reste avec elle, là dans son rêve.

Je débattis pour trouver des mots pour nommer les sensations qui se déversèrent
en moi, mais aucun mot n'était assez fort pour les contenir. Pendant un long
moment, je m'y noyai.

Quand je refis surface, je n'étais pas le même homme qu'avant.

Ma vie était un minuit éternel et immuable. Pour moi, c'était innévitable, il
sera toujours minuit. Alors comment était-il possible que le soleil se lève, là
maintenant, au milieu de ce minuit ?

A l'instant où je suis devenu vampire, échangeant mon âme et ma mortalité pour
l'immortalité la douleur brûlante de la transformation, j'avais été
littéralement gelé. Mon corps s'était transformé en quelque chose qui
s'apparentait plus à de la pierre qu'à de la chaire, dure et immobile. Ma
conscience, aussi, s'était gelée – ma personnalité, mes goûts et mes dégoûts,
mes désirs et mes répugnances ; tout c'était figé.

C'était la même chose pour chacun de nous. Nous étions tous figés. Des pierres
vivantes.

Quand un changement survint en nous, c'est une chose rare et permanente. Je l'ai
vu chez Carlisle, puis plus tard chez Rosalie. L'amour les changea d'une façon
permanente, éternelle. Plus de quatre-vingts ans s'étaient écoulés depuis que
Carlisle avait trouvé Esmée, et il continuait à la regarder avec les yeux
incrédules du premier amour. Il en sera ainsi pour l'éternité.

De même que pour moi. J'allais aimer cette humaine, si fragile et délicate, pour
le restant de mon existence sans limite.

J'admirais son visage, sentant cet amour pour elle s'encrer dans chaque portion
de mon corps de pierre.

Elle dormait calmement à présent, un petit sourire aux lèvres.

Tout en la regardant, je commençai à comploter.

Je l'aimais, alors j'allais essayer d'être assez fort pour la quitter. Je savais
que je n'étais pas assez fort pour le moment. J'allais travailler ce point. Mais
peut-être étais-je assez fort pour faire changer le futur de cap.

Alice avait vu deux avenirs pour Bella, et à présent je comprenais les deux.

L'aimer ne m'empêcherais pas de la tuer, si je me laissais faire des erreurs.

Je ne pouvais plus sentir le monstre à présent, je ne le trouvais plus, nulle
part en moi. Peut-être que l'amour l'avait réduit au silence. A présent, si je
la tuais, ce ne serait pas intentionnel, seulement un effroyable accident.

J'allais devoir être extrêmement prudent. Je ne devrais jamais, jamais baisser
ma garde. J'allais devoir contrôler chacune de mes inspirations, chacun de mes
mouvements. J'allais devoir respecter une permanente distance de sécurité.

Je n'allais pas faire d'erreur.

Je compris enfin le second futur. J'avais été dérouté par cette vision – que
pouvait-il bien se passer pour que Bella se retrouve prisonnière de cette
demi-vie immortelle ? Mais à présent – dévasté de désir pour cette fille – je
pouvais comprendre comment je pourrais, dans un élan d'impardonnable égoïsme,
implorer mon père de me faire cette faveur. L'implorer de lui prendre et sa vie
et son âme pour que je puisse la garder près de moi pour toujours.

Elle méritait mieux.

Mais je vis un autre avenir, un fil extrêmement fin et fragile sur lequel je
pourrais peut-être marcher, si je savais garder l'équilibre.

Pouvais-je faire cela ? Etre avec elle et la garder humaine ?

Délibérément, je pris une profonde inspiration, puis une autre, laissant son
arôme de déchirer comme un feu sauvage. Sa chambre débordait de son parfum, sa
fragrance restait accrochée à chaque objet. Ma tête me tournait mais je
combattis le vertige. Je devais m'y habituer, si je voulais essayer d'avoir une
quelconque relation avec elle. Je pris une autre bouffée d'air brûlant.

Je la regardais dormir jusqu'à ce que le soleil se lève derrière les nuages à
l'est, complotant contre moi.

***


Je rentrai à la maison juste après le départ des autres pour le lycée. Je me
changeai rapidement, ignorant le regard interrogateur d'Esmée. Elle avait vu
comme mon visage rayonnait, et cela l'avait rendue tant soulagée qu'inquiète. Ma
longue mélancolie lui avait fait de la peine, et elle était heureuse de voir que
ma douleur semblait s'en être allée.

Je couru jusqu'au lycée, arrivant quelque secondes après mes semblables. Ils ne
se retournèrent pas, alors qu'Alice savait au minimum que je me tenais dans le
bois qui longeait la chaussée. J'attendis que personne ne regarde, puis sortit
du bois comme si de rien n'était pour arriver au milieu des nombreuses voitures
garées.

J'entendis la camionnette de Bella gronder près du virage, et m'arrêtais
derrière une Suburban, d'où je pouvais voir sans être vu.

Elle roula en direction du parking, fixant ma Volvo un long moment avant de se
garer à l'une des places les plus éloignées de ma voiture, en fronçant les
sourcils.

Il était étrange de se rappeler qu'elle était probablement toujours fâchée
contre moi, et avec de bonne raisons.

J'avais envie de me moquer de moi – ou de me gifler. Tout mon complot ainsi que
mes plans étaient entièrement caduc si de son côté elle n'éprouvait rien pour
moi, n'est-ce pas ? Son rêve avait sûrement dû porter sur quelque chose que
complètement banal. Je n'étais qu'un crétin arrogant.

De toute façon, il valait mieux pour elle qu'elle ne ressente rien pour moi.
Cela ne m'empêcherait pas de la harceler, mais ça l'avertirait en tout cas que
je la harcelai. Je lui devais bien ça.

J'avançais dans sa direction silencieusement, me demandant quel était le
meilleur moyen de l'approcher.

Elle ma facilita la tâche. Les clés de sa voiture glissèrent de ses doigts alors
qu'elle sortait de sa camionnette, et tombèrent dans une flaque d'eau.

Elle se pencha, mais j'arrivai le premier, les attrapant avant qu'elle n'eu a
plonger ses doigts délicats dans l'eau froide.

Je m'adossai à sa camionnette pendant qu'elle se redressait avant de se raidir.

- Pour quelle raison as-tu fait ça ? Brailla-t-elle.

Oui, elle était toujours fâchée.

- Fait quoi ? Demandai-je en lui tendant ses clés.

Elle tendit sa main, et je laissai tomber les clés dans sa paume. Je pris une
profonde inspiration, engloutissant son odeur.

- Surgi à l'improviste. Précisa-t-elle
- Bella, je ne suis quand même pas responsable si tu es particulièrement
inattentive.

Mes paroles étaient humoristiques, c'était presque une blague. Y'avait-il
quelque chose qu'elle ne remarquait pas ?

Avait-elle remarqué, par exemple, comme ma voix avait enveloppé son nom, comme
une caresse ?

Elle me regarda, n'appréciant pas mon humour. Son rythme cardiaque s'emballa –
de colère ? De peur ? Après un moment, elle regarda le sol.

- Pourquoi ce bouchon, hier soir ? Demanda-t-elle, sans me regarder. Je croyais
que tu étais censé te comporter comme si je n'existais pas, pas t'arranger pour
m'embêter jusqu'à ce que mort s'ensuive.


Très fâchée. J'allais faire un effort pour arranger les choses avec elle. Je me
souvins avoir résolu d'être digne de confiance...

- Je rendais service à Tyler, histoire de lui donner sa chance.

Puis je ris. Je ne pus m'en empêcher, repensant à la tête qu'elle avait faite.

- Espèce de...haleta-t-elle, puis elle s'interrompit, apparemment trop furieuse
pour finir.

La voilà : cette expression, exactement la même. Je me retins un nouveau rire.
Elle était déjà assez hors d'elle comme ça.

- Et je ne prétends pas que tu n'existes pas. Finis-je.

C'était ainsi que je devais m'y prendre : rester sur le ton de la conversation,
la taquiner. Elle ne comprendrait pas si je lui montrais mes véritables
sentiments. Ca l'effraierait. Je devais maîtriser mes sentiments, garder les
choses au clair.

- C'est donc bien ma mort que tu souhaites, puisque le fourgon de Tyler n'y a
pas suffit !

Un éclair de colère me traversa. Pouvait-elle réellement penser une chose
pareille ? Il était irrationnel de ma part d'être si offensé – elle ne savait
rien de la transformation qui s'était opéré en moi durant la nuit. Mais j'étais
tout de même en colère.

- Bella, tu es complètement absurde. Assénai-je.

Elle rougit et me tourna le dos. Elle commença à s'éloigner.
Remords. Je n'avais pas le droit de lui en vouloir.

- Attends ! suppliai-je.

Elle ne s'arrêta pas, alors je la rattrapai.

- Désolé pour ces paroles désagréables. Non qu'elles soient fausse (parce qu'il
était bel et bien absurde de penser que je puisse vouloir sa mort) mais je
n'étais pas obligé de les dire.
- Et si tu me fichais la paix, hein ?

Crois moi, voulais-je lui répondre, j'ai essayé.
Et, à propos, je suis désespérément amoureux de toi.

Reste clair.

- Je voulais juste te poser une question, c'est toi qui m'as fais perdre le fil.
Dis-je en riant.

Je venais d'avoir une idée lumineuse.

- Souffrirais-tu d'un dédoublement de la personnalité ? Demanda-t-elle.

Cela y ressemblait fort, en effet. J'étais plutôt lunatique, à cause de toutes
ces nouvelles émotions qui me traversaient.

- Voilà que tu recommences. Lui fis-je remarquer.
- Très bien, soupira-t-elle. Vas-y, pose-la, ta question.
- Je me demandais si, samedi de la semaine prochaine... (je vis je choc
traverser son visage, et retint un autre rire), tu sais, le jour du bal...

Elle m'interrompit, me regardant enfin dans les yeux.

- Essaierais-tu d'être drôle, par hasard ?

Oui !

- Et si tu me laissais terminer ?

Elle attendit en silence, ses dents mordant doucement sa lèvre inférieure.

Cette vue attira mon attention pendant une seconde. Cela provoqua d'étranges
réactions au plus profond de mon enveloppe charnelle jusqu'alors oubliée. Je
tentai de les mettre de côté pour pouvoir me concentrer sur mon rôle.

-J'ai appris que tu allais à Seattle, ce jour là, et j'ai pensé que tu avais
peut-être besoin d'un chauffeur. Lui proposais-je.

Je réalisai que, mieux que de l'interroger sur ses projets, je lui demandais de
m'inclure dedans.

Elle me regarda, choquée.

- Quoi ?
- As-tu envie qu'on t'accompagne là bas ?

Seul dans une voiture avec elle...ma gorge me brûla à cette seule pensée. Je
pris une longue inspiration. Prend en l'habitude...

- Qui donc ? Me demanda-t-elle, ses yeux montrant nouveau cette expression
abasourdie.
- Moi, évidemment. Dis-je lentement.
- Pourquoi ?

Etait-il vraiment aussi étonnant que je veuille passer du temps avec elle ? Elle
avait vraiment dû interpréter mon ancienne attitude de la pire manière qu'il
soit.

- Disons, dis-je aussi naturellement que possible, que j'avais l'intention de me
rendre à Seattle dans les semaines à venir et, pour être honnête, je ne suis pas
persuadé que ta camionnette tiendra le coup.

Il semblait plus prudent de continuer à la taquiner plutôt que de me permettre
d'être sérieux.

- Ma camionnette marche très bien, merci beaucoup. Dit-elle de la même voix
surprise.

Elle recommença à marcher. Je ne la lâchai pas d'une semelle.

Elle n'avait pas vraiment dit non, alors j'insistai.

Dirait-elle non ? Que ferais-je si elle refusait ?

- Mais un seul réservoir te suffira-t-il ?
- Je ne vois pas en quoi ça te concerne.

Ce n'était toujours pas un non. Et son c½ur recommençait à s'emballer, sa
respiration à s'accélérer.

- Le gaspillage des ressources naturelles devrait être l'affaire de tous.
- Franchement, Edward ! Ton comportement m'échappe. Je croyais que tu ne
désirais pas être mon ami.

Un frisson de ravissement de prit quand elle prononça mon nom.

Comment pouvais-je répondre clairement à cela tout en restant honnête ? Bon, il
était plus important que je sois honnête. Au moins en ce qui concerne ce sujet.

- J'ai dis que ce serait mieux que nous ne le soyons pas, pas que je n'en avais
pas envie.
- Ben tiens ! Voilà qui éclaire ma lanterne ! railla-t-elle.

Elle s'arrêta, sous l'auvent de la cantine, et rencontra mon regard à nouveau.
Son c½ur d'affola. Avait-elle peur ?

Je pris un grand soin à choisir mes mots. Non, je ne pouvais la quitter, mais
peut-être serait-elle assez intelligente pour me quitter, elle, avant qu'il ne
soit trop tard.

- Il serait plus...prudent pour toi de ne pas être mon amie.

Puis, en plongeant dans les profondeurs de chocolat fondu de ses yeux, je perdis
ma désinvolture. Les mots que je prononçai en suite brûlèrent d'une trop grande
ferveur.

- Mais j'en ai assez d'essayer de t'éviter, Bella.

Elle arrêta de respirer et, vu le temps qu'elle mit avant de recommencer, cela
m'inquiéta. Combien l'avais-je effrayée ? Eh bien, j'allais avoir la réponse.

- Viendras-tu à Seattle avec moi ? Demandais-je sans cérémonie.

Elle acquiesça, son c½ur battant la chamade.

Oui. Elle m'avait dit oui. A moi !

Puis ma conscience refit surface. Combien cela allai-t-il lui coûter ?

- Tu devrais vraiment garder tes distances. La prévins-je.

M'avait-elle entendu ? Echappera-t-elle au futur qui la menaçait ? Pouvais-je
faire quoi que ce soit pour la protéger de moi-même ?

Reste clair. M'ordonnai-je.

- On se voit en cours.

Je dû me concentrer pour m'empêcher de courir alors que je m'enfuyais.




# Posté le jeudi 02 avril 2009 04:04

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:51

Midnight sun- Chapitre 6 :D

Midnight sun- Chapitre 6 :D
Chapitre 6

Toute la matinée, je la suivis au travers des yeux des autres, à peine conscient
de mon propre entourage.

Pas les yeux de Mike Newton, parce que je ne pouvais plus supporter ses
fantasmes offensants, si ceux de Jessica Stanley, parce que son ressentiment
envers Bella m'agaçait tellement que cela devenait dangereux pour cette pauvre
fillette. Angela Weber était un bon choix quand ses yeux étaient disponibles :
elle était gentille – c'était agréable d'être dans sa tête. Et puis parfois
c'était les professeurs qui avaient le meilleur angle de vue.

Je fus surpris, en la regardant trébucher durant la matinée – en se prenant le
pied dans une fissure d'un couloir, dans des livres, et le plus souvent, dans
ses propres pieds – que la plupart des gens considérais Bella comme étant
maladroite.

Je pensai à cela. Il était vrai qu'elle avait du mal à garder l'équilibre. Je me
souvins comment elle s'était cognée dans un bureau ce premier jour, comment elle
avait glissé sur la glace le jour de l'accident, comment elle s'était prit les
pieds dans la chambranle hier...Comme c'était bizarre, ils avaient raison. Elle
était bel et bien maladroite.

Je ne voyais pas ce qu'il y avait de drôle là dedans, mais je ris si fort alors
que je parcourais le chemin entre le cours d'Histoire et le cours d'Anglais que
plusieurs personne me dévisagèrent. Comment avais-je fais pour ne pas remarquer
cela ? Peut-être était-ce à cause du fait que j'avais trouvé quelque chose de
gracieux dans son immobilité, dans le maintient de sa tête, dans la courbe de sa
nuque...

A présent il n'y avait absolument rien de gracieux en elle. M. Varner la
regardait s'emmêler les bottes dans la moquette et tomber littéralement sur sa
chaise.

Je ris à nouveau.

Le temps passa avec une incroyable lenteur pendant que j'attendais une chance de
la voir de mes propres yeux. Enfin, la cloche sonna. Je partir rapidement à la
cantine pour mettre mon plan à exécution. Je fus l'un des premiers sur les
lieux. Je choisis une table qui était habituellement vide, pour être sur de me
faire remarquer en m'asseyant là.

Quand les membres de ma famille entrèrent à leur tour et qu'ils me virent assis
seul à une place inhabituelle, ils ne furent pas surpris. Alice avait dû les
prévenir.

Rosalie me passa devant sans même m'accorder un regard.

Crétin

Mes relations avec Rosalie n'avaient jamais été très bonnes – je l'avais
offensée dès l'instant où j'avais ouvert la bouche en sa présence, et depuis
cela ne cessait d'empirer – mais il semblait bien ces derniers temps qu'elle
était encore plus remontée contre moi que d'habitude. Je soupirai. Il fallait
toujours que Rosalie ramène tout à elle-même.

Jasper m'accorda un petit sourire en passant.

Bonne chance. Pensa-t-il d'un ton dubitatif.

Emmett leva les yeux au ciel et secoua sa tête.

Il a perdu l'esprit, pauvre gosse.

Alice était aux anges, ses dents brillant un peu trop.

Je peux parler à Bella maintenant ?

- Reste en dehors de ça. Rétorquai-je à vois basse.

Elle fit la moue, puis retrouva sa béatitude.

Pas grave. Tu peux t'obstiner autant que tu veux. Ce n'est plus qu'une question
de temps.

Je soupirai à nouveau.

N'oublie pas l'expérience de biologie d'aujourd'hui. Me rappela-t-elle

J'opinai. Non, je n'avais pas oublié cela.

Pendant que j'attendais la venue de Bella, je la suivis par les yeux du première
année qui marchait derrière Jessica sur le chemin de la cantine. Jessica tenait
un long discours à propos du bal, mais Bella ne disait rien, elle. Il faut dire
que Jessica ne lui donnait pas le temps d'en placer une.

Dès l'instant où Bella passa la porte, ses yeux allèrent directement vers la
table où mes frères et s½urs étaient. Elle resta un moment à la fixer, puis son
visage se décomposa et ses yeux tombèrent au sol. Elle ne m'avait pas vu.

Elle avait l'air si...triste. Je ressentis le besoin urgent de me lever et de la
rejoindre, d'essayer de la consoler, seulement je ne savais pas de ce qu'elle
pourrait trouver réconfortant. Je n'avais pas la moindre idée ce qui avait bien
pu lui faire de la peine. Jessica continuai son monologue enflammé sur le bal.
Est-ce que Bella était triste parce qu'elle n'allait pas y aller ? Cela semblait
peu vraisemblable...

Mais on pourrait y remédier, si elle le souhaitait.

Elle n'acheta rien d'autre qu'une boisson. Etait-ce normal ? N'avait-elle pas
besoin d'un peu plus de nourriture ? Je n'avais jamais vraiment prêté attention
au régime alimentaire humain auparavant.

Les humains étaient d'une fragilité si exaspérante ! Il y avait un bon million
de raison de s'inquiéter à leur sujet...

- Edward Cullen te mate une fois de plus, entendis-je Jessica dire. Je voudrais
bien savoir pourquoi il s'est isolé, aujourd'hui.

Je ressentis un élan de gratitude envers Jessica – même si son ressentiment pour
Bella était encore plus fort à présent – en voyant la tête de Bella se redresser
brusquement et ses yeux chercher dans la foule jusqu'à rencontrer les miens.

Il ne restait plus la moindre trace de peine sur son visage maintenant. Je me
permis d'espérer que si elle avait été triste, c'était parce qu'elle avait cru
que j'étais partis, et cet espoir me fit sourire.

Avec mon index, je lui fis signe de me rejoindre. Elle sembla alors si ahurie
que j'eu envie de continuer à la taquiner.

Alors je lui lançai un clin d'½il, et elle fut bouche bée.

- C'est à toi qu'il s'adresse ? Demanda Jessica d'un ton insultant.
- Il a peut-être besoin d'un coup de main pour son devoir de science nat,
dit-elle d'une petite voix incertaine. Il vaut mieux que j'y aille.

C'était un autre oui.

Elle trébucha deux fois sur le chemin entre la fille d'attente et ma table,
alors qu'il n'y avait absolument rien en travers de sa route à part du lino
parfaitement plat. Sérieusement, comment avais-je fait pour ne pas remarquer ça
avant ? Peut-être que je m'étais trop focalisé sur son silence
mental...Qu'avais-je loupé d'autre ?

Reste honnête, reste clair, me chantais-je.

Elle s'arrêta derrière la chaise face à moi, hésitante. J'inhalai profondément,
par le nez cette fois, plutôt que par la bouche.

Ressens la brûlure Pensai-je sèchement.

- Et si tu t'asseyais avec moi ? Lui proposai-je.

Elle tira la chaise et s'y assit, sans pour autant me lâcher des yeux. Elle
semblait peut-être nerveuse, mais son obtempération restait un autre oui.

J'attendais qu'elle parle.

Cela prit un moment, puis, finalement, elle dit :

- Quel revirement.
- Disons que...

J'hésitai.

- J'ai décidé, puisque je suis voué aux Enfers, de me damner avec application.

Mais par tous les diables qu'est-ce qui m'avait prit de lui dire ça ? C'était
honnête, pas de doute là-dessus. Peut-être qu'en lisant entre les lignes elle
comprendrait la signification de mes paroles. Peut-être qu'elle réaliserait
qu'elle ferait mieux de se lever et de promptement mettre autant de distance que
possible entre nous...

Elle ne se leva pas. Elle me regardait, interrogative, comme si je n'avais pas
fini ma phrase.

- Tu sais, dit-elle puisque je conservais le silence, je n'ai pas la moindre
idée de ce que tu entends par là.

Et j'en fus soulagé. Je souris

- Ca ne m'étonne pas.

Impossible d'ignorer les pensées qui me criaient dessus dans son dos – cela
tombait bien, je désirais changer de sujet de conversation, moi aussi.

- Je crois que tes amis m'en veulent de t'avoir enlevée.
- Ils s'en remettront, répondit-elle, apparemment indifférente à la réaction que
pourrait avoir ses camarades.
- Sauf si je ne te relâche pas.

Je ne savais plus trop si j'essayais d'être le plus honnête possible avec elle
où si j'avais juste envie de la continuer à la taquiner. Sa proximité me rendait
tout simplement incapable de mettre de l'ordre dans mes propres pensés.

Bella déglutit bruyamment. Son expression me fit rire.

- Ca a l'air de t'inquiéter.

Ca ne devrait normalement pas être drôle...elle avait toutes les raisons du
monde d'être inquiète.

- Non.

C'était une menteuse pitoyable, elle n'avait pas été capable de retenir les
trémolos dans sa voix.

- Ca m'étonne, ajouta-t-elle, pourquoi cette volte-face ?
- Je te l'ai dit. Lui rappelai-je. Je suis las de m'acharner à garder mes
distances avec toi. J'abandonne.

Je gardais mon sourire en place, non sans efforts. Ca ne fonctionnait pas –
essayer d'être à la fois honnête et désinvolte.

- Tu abandonnes ? Répéta-t-elle, déconcerté.
- Oui. Je renonce à être sage. (et, apparemment, je renonçai dans le même temps
à ma désinvolture) Désormais, je ferais ce que je veux, et tant pis pour les
conséquences.

Cela avait le mérite d'être honnête. Ca l'avertissait tout en lui montrant toute
l'étendue de mon égoïsme.

- Encore une fois, je ne te comprends pas.

Et j'étais assez égoïste pour en être heureux.

- Je parle trop, en ta compagnie. C'est l'un des problèmes que tu me poses,
d'ailleurs.

Un problème plutôt insignifiant, si on le compare au reste.

- Ne te tracasse pas, me rassura-t-elle, tous m'échappe.

Bien. Dans ce cas elle pouvait rester.

- J'y compte bien.
- Alors, en bon anglais, ça signifie que nous sommes de nouveau amis ?

Je méditai là dessus une seconde.

- Amis...

Il y avait quelque chose dans le terme utilisé qui me déplaisait. Ce n'était pas
assez.

- Ou ennemis, marmotta-t-elle, semblant embarrassée.

Pensait-elle que je ne l'appréciais pas ?
Je souris.

- Eh bien, on peut toujours essayer. Mais je te préviens d'ores et déjà que je
ne suis pas l'ami qu'il te faut.

J'attendis sa réponse, déchiré en deux – souhaitant d'un côté qu'elle comprenne
enfin ce que je m'échinais à lui dire, et sentant d'un autre côté que je
pourrais en mourir. C'était d'un mélodramatique. Me voilà qui redevenais humain.

Son c½ur d'affola.

- Tu te répète. Dit-elle.
- Oui, parce que tu ne m'écoutes pas. Répondis-je avec beaucoup trop de ferveur.
Je continue d'espérer que tu me croiras. Si tu es un tant soit peu intelligente,
tu m'éviteras.

Oui mais, serais-je capable de lui permettre de m'éviter, si elle essayait ?

Ses yeux se durcirent.

- Il me semble que tu m'as déjà signifié ce que tu pensais de mon intellect.

Je n'étais pas exactement sur de ce qu'elle entendait par là, mais je lui
adressai un sourire d'excuse, craignant de l'avoir un jour offensé par accident.

- Alors, dit-elle posément, tant que je suis...idiote, on essaie d'être amis
- Ca me paraît correct.

Elle baissa ses yeux et fixa intensément la bouteille qu'elle tenait dans ses
mains.

Ma vieille curiosité revint me tourmenter.

- A quoi penses-tu ? Demandais-je

Quel soulagement c'était de pouvoir enfin dire ces mots à hautes voix.

Elle croisa mon regard, et sa respiration s'accéléra tandis que ses joues se
colorèrent d'un rose pâle. J'inspirai, goûtant cela dans l'air environnant.

- Je m'efforçais de deviner qui tu es.

Je figeai mes traits pour parvenir à maintenir mon sourire en place, alors que
la panique tordait tout mon corps.

Evidemment qu'elle demandait ce que j'étais. Elle n'était pas stupide. Je ne
pouvais quand même pas espérer qu'elle oublie quelque chose de si évident.

- Ca donne des résultats ? Demandai-je avec le peu de légèreté qui me restait.
- Pas vraiment.

Je fus si soudainement soulagé que je ne pu retenir un petit rire.

- Tu as des théories ?

Elles ne pouvaient pas être pires que la réalité, quoi qu'elle me sorte.

Ses joues tournèrent du rose pâle au rouge vif, mais elle garda le silence. Je
pouvais sentir la chaleur de son fard dans l'air.

Je tentai d'utiliser avec elle mon ton le plus avenant. Il fonctionnait à
merveille avec la plupart des humains.

- Tu ne veux rien dire ?
- Trop embarrassant. Refusa-t-elle en secouant sa tête.

Ah. Ne pas savoir était pire que tout. En quoi ses spéculations pouvaient
l'embarrasser, elle ? Je ne pouvais pas supporter de rester sur le carreau.

- C'est très frustrant, tu sais.

Ma plainte la piqua au vif. Ses yeux lancèrent des éclairs et elle déversa un
flot de parole avec une rapidité inhabituelle.

- Non. J'ignore complètement ce qu'il peut y avoir de frustrant dans le fait
qu'une personne refuse d'avouer ce à quoi elle pense, alors qu'une personne
passe son temps à lancer des remarques sibyllines spécifiquement destinées à
flanquer des insomnies à la première en la forçant à chercher leur sens
caché...voyons ! en quoi pourrait-il être frustrant ?

Face à elle, je fronçai les sourcils, attristé de réaliser qu'elle avait raison.
Je n'étais pas juste.

- Autre exemple, continua-t-elle, admettons que cette même personne ait commis
tout un tas d'actes étranges, comme sauver la vie de la première dans des
circonstances improbables un jour pour la traiter en paria le lendemain sans
prendre jamais la peine de l'expliquer, bien qu'elle l'ait promis, ça non plus
ne serait pas du tout frustrant.

C'était le plus long discours que je ne l'avais jamais entendu prononcer, et
cela me permit de compléter ma liste.

- Tu as vraiment sale caractère, hein ?
- Je n'apprécie guère qu'il y ait deux poids deux mesures.

Son irritation était totalement justifiée, évidemment.

Je dévisageai Bella, me demandant comme je pourrais faire quoi que ce soit de
bien vis-à-vis d'elle, jusqu'à ce que je fusse distrait par des éclats de voix
venant de la tête de Mike Newton.

Il était si agacé qu'il me fit rire.

- Quoi ? Lança-t-elle.
- Ton petit copain a l'air de penser que je suis désagréable avec toi. Il se
demande s'il doit venir séparer les duellistes.

J'adorerais le voir essayer. Je m'esclaffai de plus belle.

- Bien que j'ignore de qui tu parles, Dit-elle de d'une voix glaciale, je suis
certaine que tu te trompes.

La façon dont elle le reniait avec sa phrase aux accents dédaigneux me plu
énormément.

- Oh que non ! Je te l'ai déjà dit, la plupart des gens sont faciles à
déchiffrer.
- Sauf moi.
- En effet.

Pourquoi devait-elle être sans arrêt une exception à tout ? N'aurait-il pas été
un peu plus loyal – considéré la masse de choses auxquelles je devais faire face
– si j'avais pu entendre au moins quelque chose venant de son esprit ? Etait-ce
trop demander ?

- Je voudrais bien savoir pourquoi. Ajoutai-je.

Je regardai fixement ses yeux, essayant à nouveau...

Elle détourna le regard. Elle ouvrit sa bouteille et avala une gorgée de soda,
ses yeux sur la table.

- Tu ne manges pas ? Demandai-je
- Non, dit-elle, puis elle montra du regard notre table vide et ajouta : Et toi
?
- Je n'ai pas faim. Répondis-je.

Ca c'était sûr.

Elle regarda la table, lèvres pincées. J'attendis.

- Tu me rendrais un service ? Demanda-t-elle, levant soudain les yeux vers moi.

Qu'attendait-elle de moi ? Allait-elle me demander de lui dire la vérité, une
vérité que je n'étais pas autorisé à divulguer, une vérité que je ne voulais
jamais, oh grand jamais, qu'elle sache un jour ?

- Ca dépend.
- Ce n'est pas grand-chose. Me promit-elle

J'attendis, ma curiosité de retour.

- C'est seulement que...dit-elle lentement, les yeux vissés à sa bouteille, son
petit doigts traçant les contours du goulot, pourrais-tu m'avertir à l'avance de
la prochaine fois que tu décideras de m'ignorer pour mon bien ? Histoire que je
me prépare.

Elle voulait que je la prévienne ? Alors être ignorée de moi devait lui être
désagréable...je souris.

- C'est une requête qui me paraît fondée.
- Merci. Dit-elle en relevant la tête.

Le soulagement se lisait clairement sur son visage et je me sentis si léger que
j'eu envie de rire.

- A mon tour d'obtenir une faveur. Demandai-je avec espoir.
- Juste une, alors. Permit-elle.
- Confie-moi une de tes théories

Elle piqua un fard.

- Pas ça.
- Trop tard ! Tiens parole.
- C'est toi qui as tendance à trahir la tienne. Me rappela-t-elle.

Elle marquait un point là.

- Allez, rien qu'une. Je te promets de ne pas me moquer.
- Je suis persuadée du contraire.

Elle semblait bien sur de ce qu'elle disait, alors que pour ma part je ne
pouvais rien imaginer de drôle à ce sujet.

J'essayai à nouveau la persuasion. Je plongeai dans son regard – ses yeux
étaient si profond que ce fut un jeu d'enfant – et soupirai :

- Je t'en prie.

Elle battit des paupières, et son visage perdit toute expression, pâlissant à vu
d'½il.

Et bien, ce n'était pas exactement la réaction escomptée.

- Euh...pardon ? Bredouilla-t-elle.

Elle semblait prise de vertiges. Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez
elle ?

Mais je n'avais pas dit mon dernier mot.

- S'il te plait, une de tes théories. Plaidai-je, usant de ma voix la plus douce
et enfermant ses yeux dans les miens.

A ma plus grande surprise – et satisfaction, ça marcha enfin.

- Eh bien, disons...mordu par une araignée radioactive ?

Des bandes dessinées ? Maintenant je voyais parfaitement pourquoi elle pensait
que j'allais rire.

- Pas très original. La grondai-je, essayant de cacher mon soulagement.
- Désolé, je n'ai que ça en réserve. Dit-elle, offensée.

Ce qui me soulagea encore plus. Je pouvais recommencer à la taquiner.

- En tout cas, tu es à des kilomètres de la vérité.
- Pas d'araignée ?
- Non.
- Ni de radioactivité ?
- Non plus.
- Flûte ! soupira-t-elle.
- Et je suis insensible à la kryptonite. M'empressai-je d'ajouter avant que l'on
s'étende sur le thème des morsures en tout genre.

L'idée qu'elle puisse me voir comme un super-héro me fit rire malgré moi.

- Tu n'es pas censé rire.

Je pressai mes lèvres l'une contre l'autre.

- Je finirai par deviner. Promit-elle.

Et quand ce moment arrivera, elle s'en ira loin de moi.

- Je préférerais que tu n'essaie pas. Dis-je, toute trace de plaisanterie
désormais évacuée.
- Pourquoi ?

Je lui devais d'être honnête. Je lui souris et tâchai toutefois de rendre mes
paroles aussi peu menaçantes que possible.

- Et si je n'étais pas un super héro, mais juste un méchant ?

Ses yeux s'agrandirent de quelques millimètres et ses lèvres s'entrouvrirent

- J'y suis ! S'exclama-t-elle

Ca y'est, elle m'avait enfin compris.

- Vraiment ? Demandai-je, essayant tant bien que mal de ne pas laisser mon
agonie transparaître.
- Tu es dangereux...devina-t-elle.

Sa respiration s'accéléra brutalement et son c½ur s'affola.

Je ne pouvais répondre. Etait-ce là mes derniers instants en sa compagnie ?
Allait-elle s'enfuir en courant, maintenant ? Si oui, pourrais-je lui déclarer
ma flamme avant qu'elle ne me quitte, ou est-ce que cela ne ferait qu'empirer
les choses ?

- Mais pas méchant. Chuchota-t-elle en secouant la tête, et je ne vis aucune
trace de peur dans ses yeux. Non, je ne crois pas que tu sois méchant.
- Tu te trompes. Dis-je en un souffle.

Evidemment que j'étais méchant. N'étais-je pas heureux, maintenant que je savais
qu'elle m'estimait plus que je ne le méritais ? Si j'étais vraiment quelqu'un de
bien, j'aurais trouvé un moyen de garder mes distances avec elle.

Je tendis la main, sous prétexte de m'emparer du bouchon de sa bouteille de
soda. Elle n'eu pas le moindre mouvement de recul devant la soudaine proximité
de ma main. Elle n'avait vraiment pas peur de moi. Pas encore.

Je fis tourner le bouchon comme une toupie, le regardant au lieu de la regarder,
elle. Mes pensées étaient confuses.

Cour, Bella, cour. Je ne pouvais me résoudre à prononcer ces mots à haute voix.

Elle bondit de sa chaise.

- On va être en retard.

Elle dit cela alors que je commençais à craindre qu'elle ait réussi à percevoir
mon avertissement tu.

- Je ne vais pas en science nat aujourd'hui.
- Pourquoi ?

Parce que je ne veux pas te tuer.

- Un peu d'école buissonnière de temps en temps est bon pour la santé.

Ou, plus exactement, que les vampires s'abstiennent d'assister aux cours où le
sang allait couler était bon pour la santé des humains. M. Banner avait prévu le
TP sur les groupes sanguins aujourd'hui. Alice avait déjà séché son cour ce
matin.

- Eh bien, moi, j'y vais. Déclara-t-elle.

Cela ne me surprit pas le moins du monde. C'était quelqu'un de responsable –
elle faisait toujours ce qu'il fallait.

Mon opposé.

- A plus tard, alors. Dis-je, essayant de retrouver ma désinvolture, baissant
les yeux pour regarder le bouchon qui tournoyait. Et, pendant que j'y suis,
sache que je t'adore...à un point que c'en devient effrayant et dangereux.

Elle hésita, et je me pris à espérer qu'elle allait finalement décider de rester
avec moi. Mais la cloche sonna et elle se précipita vers la sortie.

J'attendis qu'elle fut sortie, puis je mis le bouchon dans ma poche – en
souvenir de cette discussion capital – et sorti sous la pluie rejoindre ma
voiture.

Je mis dans le lecteur le CD le plus relaxant que j'avais – le même que j'avais
écouté ce premier jour – mais je n'écoutai pas les accords de Debussy bien
longtemps. Dans ma tête se jouaient d'autres notes, un fragment d'un air qui me
plaisait et m'intriguait. Je baissai le son de la stéréo et écoutai la musique
dans ma tête, jouant avec le fragment jusqu'à le faire évoluer en une harmonie
plus complète. Instinctivement, mes doigts bougèrent en rythme comme s'ils
parcouraient les touches d'un piano.

Cette nouvelle composition était presque finie quand une vague d'angoisse
mentale attira mon attention.

Je regardai en direction de ces cris de détresse.

Est-ce qu'elle va s'évanouir ? Je fais quoi moi, si elle s'évanouie, je fais
quoi ? Paniquait Mike.

A cent mètre de là, Mike Newton trainait le corps mou de Bella dans l'allée.
Elle s'effondra sur le béton humide, les yeux clos, son teint d'une pâleur de
craie, telle un cadavre.

Je failli arracher la portière de la voiture.

- Bella ! Hurlai-je.

Je ne vis aucun changement d'expression sur son visage sans vie.

Tout mon corps se gela.

Je fus averti de la surprise de Mike lorsque je passai au crible ses pensées. Il
ne pensait qu'à sa haine pour moi, ce qui ne me permit pas de savoir ce qui
avait mit Bella dans cet état. S'il s'avérait qu'il ait fait quoi que ce soit
pour la blesser, je l'anéantirais.

- Que se passe-t-il ? Elle est blessée ? l'interrogeai-je, essayant de
concentrer ses pensées.

Devoir marcher à une vitesse humaine à un moment pareil – c'était à vous rendre
fou. Je n'aurais pas dû signaler ma venue.

Je pu bientôt entendre son pouls et même sa respiration. Tandis que je la
regardais, je la vis serrer un peu plus fort ses paupières. Cela me calma un
peu.

Je vis un sursaut de mémoire dans la tête de Mike, un éclaboussement d'images
venant de la salle de sciences nat. La tête de Bella appuyée sur notre table, sa
peau déjà pâle virant au vert. Des écoulements de liquide rouge sur des cartes
blanches...

Le TP sur les groupes sanguins.

Je m'arrêtai là où j'étais, retenant ma respiration. Son odeur était une chose,
une hémorragie de son sang à elle en était une autre, bien différente.

- Je crois qu'elle a perdu connaissance. Dis Mike, à la fois plein de
ressentiment à mon égard et anxieux. Je ne sais pas pourquoi, elle n'a même pas
eu le temps de se piquer le doigt.

Je fus comme lavé par le soulagement, et m'autorisai à respirer à nouveau, pour
goûter l'air. Ah, je pouvais sentir la petite goutte de sang sur le doigt de
Mike Newton. Jadis, cela m'aurait tenté.

Je m'agenouillai près d'elle, Mike rodant autour de moi, furieux de mon
intervention.

- Bella, tu m'entends ?
- Non, gémit-elle. Fiche le camp.

Le soulagement était si exquis que j'en ris. Elle allait bien.

- Je l'emmenais à l'infirmerie, dit Mike, mais elle n'a pas réussi à aller plus
loin.
- Je m'en occupe. Toi, retourne en classe. Le congédiai-je.
- Non ! Protesta-t-il en serrant les dents, on me l'a confiée.

Je n'allais certainement pas souffrir un débat avec le pauvre petit malheureux
de service. Frissonnant de plaisir et de terreur, tout aussi ravi qu'affligé par
cette épreuve qui m'obligeait à la toucher, je soulevai Bella tendrement et la
pris dans me bras, veillant à ne toucher que ses vêtements, gardant autant de
distance que possible entre nos deux corps, tout en marchant à grandes
enjambées, pressé de la mettre en lieu sûrs, en d'autres termes le plus loi de
moi possible.

Ses yeux s'ouvrirent en grand, stupéfaits.

- Lâche-moi ! Ordonna-t-elle d'une voix faible

Je jugeai à son expression qu'elle était embarrassée. Elle n'aimait pas montrer
sa faiblesse aux autres.
J'entendis à peine Mike protester, derrière nous.

- Tu as une mine affreuse. Lui dis-je avec un grand sourire.

A part une petite nausée et un vertige, elle allait bien.

- Repose-moi par terre. Dit-elle, ses lèvres blanchâtres.
- Alors, comme ça, tu t'évanouis à la vue du sang ?

Y'avait-il au monde chose plus ironique ?

Elle ferma les yeux et pinça les lèvres.

- Et il ne s'agit même pas du tien, ajoutai-je, toujours aussi euphorique.

Nous étions devant l'acceuil. La porte était entrouverte et je donnais un coup
de pied dedans pour l'écarter de mon chemin.

Mme Cope bondit de sa chaise.

- Oh mon dieu ! S'écria-t-elle en voyant la fille quasiment inconsciente dans
mes bras.
- Elle est tombée dans les pommes pendant le cours de biologie. Expliquai-je,
avant que son imagination n'aille trop loin.

Mme Cope se dépêcha d'aller ouvrir la porte de l'infirmerie. Les yeux de Bella
étaient à nouveau ouverts, fixant la secrétaire. J'entendis les pensées
stupéfaites de l'infirmière – une femme d'un certain âge – lorsque qu'elle me
vit allonger précautionneusement la jeune fille sur le lit miteux. Dès que j'eu
déposé Bella, je m'éloignai d'elle autant que la salle le permettait. Mon corps
était en proie à une telle vague de désir et d'excitation que c'en était
dangereux, mes muscles étaient tendus et le venin inondait ma bouche. Elle était
chaude...son parfum était si enivrant...

- Rien qu'une petite perte de connaissance, rassurai-je Mme Hammond. On
pratiquait un test sanguin en science nat.
- Ca ne rate jamais, acquiesça-elle.

J'étouffai un rire. Comptez sur Bella pour être « celle qui ».

- Reste allongée un moment, petite, ça va passer.
- Je sais. Soupira Bella.
- Ca t'arrive souvent ? Demanda l'infirmière.
- Parfois. Admit-elle.

Je tentai de maquiller mon rire en toussotement. Cela attira l'attention de
l'infirmière.

- Tu peux retourner en cours, dit-elle.

Je la regardai droit dans les yeux et lui mentit avec la plus ferme assurance
qu'il soit.

- Je suis censé rester avec elle.

Hmm. Je me demande si...oh et puis bon. Mme Hammond opina.

Ca avait parfaitement marché. Pourquoi fallait-il que Bella pose autant de
problème ?

- Je vais te chercher un peu de glace pour ton front, petite.

Ma présence rendait la veille dame légèrement mal à l'aise. Elle n'osa pas me
regarder dans les yeux – réaction classique pour les humains normaux – et quitta
la pièce.

- Tu avais raison, marmonna Bella, fermant les yeux.

Que voulait-elle dire ? Je sautai directement sur la pire conclusion : elle
acceptait mes mises en gardes.

- C'est souvent le cas. Dis-je, essayant de la charrier cependant que ma voix
semblait sourde. A propos de quoi, cette fois ?
- Sécher est bon pour la santé.

Ah, encore un soulagement.

Elle garda le silence. Elle se contentait d'inspirer et d'expirer lentement. Ses
lèvres commencèrent à retrouver une teinte rose. Sa bouche était légèrement
asymétrique, sa lèvre inférieure un petit peu trop pleine comparée à sa lèvre
supérieure. Observer ainsi sa bouche me fit une impression étrange. J'avais
envie de m'en approcher, même si ce n'était pas une très bonne idée.

- Tu m'as flaqué une sacrée frousse, dis-je pour relancer la conversation – et
entendre sa voix à nouveau. J'ai cru que Mike Newton s'apprêtait à aller
enterrer ta dépouille dans la forêt.
- Ha, ha.
- Franchement, j'ai vu des cadavres qui avaient meilleure mine. (Véridique) J'ai
craint un instant de devoir venger ton assassinat.

Ce que j'aurais fait, aucun doute là-dessus.

- Pauvre Mike, soupira-t-elle. Je parie qu'il est furax.

Une pulsion de fureur me traversa, mais je me contrôlai. Son apparente
implication à son égard n'était sûrement que de la pitié. Elle était gentille.
Ca n'allait pas au-delà.

- Il me déteste. Dis-je, égayé par cette simple idée.
- Tu n'en sais rien.
- J'en suis sûr, je l'ai lu sur son visage.

Son expression faciale aurait, en effet, pu m'amener aux même conclusions.
L'expérience que j'avais acquise en m'entrainant à interpréter les expressions
de Bella m'avait sûrement donné le talent de lire sur les visages.

- Comment se fait-il que tu nous aies aperçus ? Je croyais que tu avais quitté
le lycée...

Elle avait meilleure mine – plus aucune trace de vert sous sa peau translucide.

- J'écoutai un CD dans ma voiture.

Ses traits s'affaissèrent, comme si ma réponse pour le moins banale l'avait
surprise.
Elle ouvrit les yeux quand Mme Hammond revint avec la compresse froide

- Tiens, dit l'infirmière en étalant la compresse sur son front. Tu as repris
des couleurs.
- Je crois que ça va. Dit Bella en s'asseyant et en écartant la compresse.

Evidemment. Elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle.

Les mains ridées de Mme Hammond s'avancèrent vers elle, comme si elle allait la
forcer à se rallonger, mais à ce moment là Mme Cope ouvrit la porte de
l'infirmerie et passa la tête par l'entrebâillement. Avec son arrivée vint
l'odeur du sang frais, à petite dose cependant.

Invisible, derrière la secrétaire, Mike Newton était toujours aussi en colère,
souhaitant que le garçon qu'il trainait lourdement fût Bella.

- Nous en avons un deuxième, annonça Mme Cope.

Bella bondit sur ses pieds, impatience de ne plus avoir les feux braqués sur
elle.

- Tenez, dit-elle en rendant sa compresse à Mme Hammond, je n'en ai pas besoin.

Mike grogna en soutenant tant bien que mal Lee Stevens pour entrer dans
l'infirmerie. Du sans coulait encore de la main que Lee portait à son visage,
dégoulinant sur son poignet.

- Flûte.

Il fallait que je m'en aille rapidement – tout comme Bella, semblait-t-il.

- Va dans le bureau, Bella.

Décontenancée, elle me regarda avec sa fameuse expression abasourdie.

- Fais-moi confiance et file.

Elle tourna les talons et attrapa la porte avant qu'elle ne se referme
complètement, se précipitant hors de l'infirmerie. J'étais à quelques
millimètres d'elle. Sa chevelure fluide caressait ma main...

Elle se retourna pour me regarder, ses yeux marquant toujours sa confusion.

- Tu m'as obéis, pour une fois. M'étonnai-je.
- J'ai détecté l'odeur du sang. Expliqua-t-elle en fronçant le nez.

Je la regardai fixement, surpris.

- Pour la plupart des gens, le sang n'a pas d'odeur.
- Pour moi si. Un mélange de rouille...et de sel. Qui me rend malade.

Mes traits se figèrent.

Etait-elle vraiment humaine ? Elle ressemblait à un être humain. Elle était
aussi douce qu'eux. Elle sentait comme eux – bien meilleur qu'eux en fait. Elle
agissait comme eux ...à quelques exceptions près. Mais elle ne pensait pas comme
un être humain, ne réagissait pas comme eux.

Que pouvait-elle être d'autre ?

- Quoi ?
- Rien.

Mike Newton nous interrompit en pénétrant dans la pièce avec sa charge de
pensées violente et de ressentiments.

- Tu as l'air d'aller beaucoup mieux. Lui dit-il d'un ton accusateur qui frôlait
la grossièreté.

Ma main frémit, désirant lui apprendre les bonnes manières. Il allait falloir
que je me surveille, sinon j'allais finir par vraiment tuer cette espèce
d'insupportable morveux.

- Contente-toi de garder tes mains dans tes poches. Dit-elle.

Pendant un instant de délire, je cru qu'elle s'adressait à moi.

- Le test est fini, dit-il d'un ton maussade. Tu reviens en cours ?
- Tu plaisantes ? Je me retrouverais ici aussi sec.

Parfait. Moi qui croyais au départ que j'allais manquer une heure complète en sa
compagnie, et maintenant j'avais droit à du temps supplémentaire. Je sentis
l'avidité monter en moi, comptant chaque minute.

- Mouais...Au fait, tu es partante, pour ce weekend ? La balade à la mer ?

Ah, ils avaient des projets ensemble. La colère me figea là où j'étais. C'était
une sortie de groupe. J'en avais entendu parler – dans la tête de certains
élèves. Il n'empêche que j'étais furieux. Je m'adossais au comptoir, essayant de
me calmer.

- Bien sûr, lui promit-elle, c'était entendu, non ?

Alors comme ça elle lui avait dit oui, à lui aussi. La jalousie me brûlait, plus
douloureuse que la soif.

Non, ce n'était qu'une sortie de groupe, essayai-je de me convaincre. Elle
passait la journée avec ses amis, point barre.

- Rendez-vous au magasin de mon père, alors. A dix heures. Et Cullen n'est PAS
invité.
- J'y serai
- On se voit en gym
- C'est ça.

Il retourna en cours, ses pensées fulminant contre moi. Qu'est-ce qu'elle lui
trouve, à ce monstre ? Bon, il est riche, c'est sûr. Les poulettes le trouvent
hot, mais je ne vois vraiment pas en quoi. Il est trop...trop parfait. Je parie
que le père fait ses expériences de chirurgie plastique sur eux. C'est pour ça
qu'ils sont tous si beau et pâles. Ce n'est pas naturel tout ça. Et puis aussi
il est un peu...effrayant. Parfois quand il me regarde, je jurerais qu'il pense
à la meilleure manière de m'assassiner...Sale monstre...

Mike ne manquait pas totalement de discernement.

- Ah, la gym ! Répéta Bella. Un gémissement.

Je la regardai, et vis que quelque chose la chagrinait. Je n'étais pas sûr de
savoir quoi, mais il était évident qu'elle ne voulait pas retrouver Mike dans
son prochain cours, et cela m'allais parfaitement.

Je vins à ses côtés et me penchais si près de son visage que je pouvais sentir
la chaleur que sa peau irradiait sur mes lèvres. Je n'osai pas respirer.

- Je peux arranger ça. Murmurai-je à son oreille. Va t'assoir et tâche d'avoir
l'air malade.

Elle s'exécuta, s'asseyant sur une chaise pliante et appuya son dos sur le mur
tandis que, derrière moi, Mme Cope revint s'assoir à son comptoir. Avec ses yeux
fermés, Bella semblait bel et bien évanouie. Toutes ses couleurs ne lui étaient
pas encore revenues.

Je me tournais vers la secrétaire. Une chance que Bella nous écoute, pensais-je
ironiquement. Ainsi elle saurait comment un humain était censé réagir face à
moi.

- Mme Cope ? L'appelai-je, usant de ma voix la plus persuasive.

Ses yeux papillonnèrent et son c½ur s'affola. Trop jeune, contrôle toi !
- Oui ?

Intéressant. Si le pouls de Shelly Cope s'accélérait, c'était parce qu'elle me
trouvait physiquement attirant, pas parce qu'elle avait peur de moi. Je m'étais
depuis longtemps habitué à cette réaction des humaines que je rencontrais...mais
je n'avais jusqu'à présent jamais envisagé cette explication pour ce qui était
du pouls de Bella.

Cela me plaisait. Beaucoup trop, à vrai dire. Je souris, et la respiration de
Mme Cope devint plus bruyante.

-Bella a cours de gym, après, et je ne pense pas qu'elle soit assez bien. Elle
fait, je me demande si je ne devrais pas la ramener chez elle. Vous croyez que
vous pourriez lui épargner cette épreuve ?

Je la regardais droit dans ses yeux, hilare face au bug qui ralentissait son
processus de pensée – et dont j'étais sans aucun doute à l'origine. Etait-il
possible que Bella... ?

Mme Cope dû déglutir bruyamment avant de pouvoir répondre.

- Et toi, Edward, tu as aussi besoin d'un mot d'excuse ?
- Non, j'ai Mme Goff, elle comprendra.

Je ne lui accordais plus la même attention à présent, tant je m'abîmais dans
cette nouvelle possibilité qu'il me fallait explorer. Hmm. J'aimerais croire que
Bella puisse me trouver attirant, comme c'était le cas des autres humaines, mais
y avait-il une seule occasion où Bella réagissait comme les autres ? Je ne
devais pas me faire d'illusions.

- Bon, c'est d'accord. Tu te sens mieux, Bella ?

L'intéressée opina faiblement – sur-jouant un peu.

- Tu es en état de marcher où il faut que je te porte ? Demandai-je, amusé par
son mauvais jeu d'actrice.

Elle allait dire qu'elle allait se débrouiller. Elle ne voulait pas sembler
faible.

- Je me débrouillerai

Encore gagné. Je devenais bon à ce petit jeu.

Elle se leva, hésita pendant une seconde, comme pour tester son équilibre. Je
lui tins la porte, et nous sortîmes sous la pluie.

Alors que je la regardais, elle leva le visage vers la pluie, les yeux clos, un
léger sourire aux lèvres. Mais à quoi pensait-elle ? Quelque chose dans son
attitude clochait, et je sus vite pourquoi cette posture ne m'était pas
familière. Les filles humaines normale ne font jamais ça, parce qu'elles mettent
du maquillage, même ici, dans cette ville dégoulinante d'humidité.

Bella ne se maquillait jamais, et elle avait bien raison. L'industrie des
cosmétiques recevaient des milliards de dollars de la part de femmes qui tentent
par tous les moyens d'avoir une peau comme la sienne.

- Ca vaudrait presque le coup d'être malade, ne serait-ce que pour manquer la
gym, me dit-elle en me souriant. Merci.

Je balayai le campus du regard, cherchant un moyen la garder un peu plus
longtemps près de moi.
- De rien. Répondis-je.
- Tu viendras ? Samedi ? Demanda-t-elle, pleine d'espoir.

Ah, comme son espoir était apaisant. Elle me voulait auprès d'elle, moi, pas
Mike Newton. Et je désirais dire oui. Mais il y avait tellement de choses à
prendre en considération. Premièrement, ce Samedi, le temps serait dégagé, il y
aurait du soleil...

- Où allez-vous, exactement ? Demandai-je en essayant de prendre une voix
distante, comme si cela m'importait peu.

Mike avait parlé de plage. Mes chances de me cacher du soleil étaient minces.

- A La Push. First Beach pour être exacte.

Zut! Et bien, c'était impossible.

De toute façon, Emmett m'en aurait voulu si j'avais décidé d'annuler nos plans.

Je lui jetai un regard en biais, souriant d'un air ironique

- Je ne crois pas avoir été invité.
- Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Soupira-t-elle, déjà résignée.
- Soyons sympa avec ce pauvre Mike, toi et moi. Ne le provoquons pas plus que
nécessaire. Nous ne voudrions pas qu'il morde.

Je m'imaginais mordre le pauvre Mike moi-même, image qui me provoqua un intense
plaisir.

- Maudit Mike. Dit-elle, dédaigneuse cette fois encore. Je souris de toutes mes
dents.

Puis, elle commença à s'éloigner de moi.

Sans réfléchir, je la rattrapai par le dos de son coupe-vent. Elle sursauta et
s'arrêta.

- Où crois-tu aller, comme ça ?

J'étais presque en colère de la voir me quitter ainsi. Je n'avais pas encore eu
mon compte. Elle ne pouvait pas partir, pas encore.

- Ben...à la maison. Dit-elle, comme si c'était évident.
- J'ai promis de te ramener saine et sauve chez toi. Tu t'imagines que je vais
te laisser conduire dans cet état.

Je savais pertinemment qu'elle n'allait pas apprécier ça – que je me sente
personnellement concerné par sa faiblesse. Mais il fallait que je m'entraîne
pour le voyage à Seattle, de toute manière. Voir si je pouvais supporter d'être
seul avec elle dans un espace clos.

- Quel état ? s'indigna-t-elle. Et ma voiture ?
- Alice te la déposera après les cours.

Je la dirigeai vers ma voiture précautionneusement, comme je savais que le
simple fait de faire un pas devant l'autre lui posait problème.

- Lâche-moi ! Cria-t-elle en trébuchant sur le trottoir, tombant presque.

Je voulu la rattraper, mais elle s'était déjà redressée. Je ne devrais pas être
sans arrêt en quête de prétexte pour la toucher. Cela me fit repenser à
l'attitude qu'avait eue Mme Cope à mon égard, mais je reportai cela à plus tard.
J'avais autre chose en tête pour le moment.

Je la lâchai près de ma voiture, et elle s'affala contre la portière. J'aurais
dû être encore plus prudent, faire plus attention à son manque d'équilibre...

- Quelle délicatesse !
- C'est ouvert.

Je m'installai au volant et démarrai la voiture. Elle se tenait droite comme un
I, toujours à l'extérieur, alors que la pluie redoublait d'intensité et que je
savais qu'elle n'aimait ni le froid, ni l'humidité. L'eau trempa ses cheveux
épais, les assombrissant jusqu'à ce qu'ils semblent être noirs.

- Je suis parfaitement capable de rentrer chez moi toute seule !

Bien entendu. Le seul problème était que je n'étais pas capable de la laisser
partir.
Je baissai la fenêtre et me penchai vers elle.

- Monte, Bella.

Ses yeux se rétrécirent, et je devinai qu'elle était en train de se demander si
elle devait s'enfuir ou pas.

- Je te jure que je te trainerais là-bas par la tignasse s'il le faut. Lui
promis-je.

L'expression chagrine qu'elle aborda lorsqu'elle se rendit compte que je pensais
chaque mot que j'avais dit me donna envie de rire.

Le menton en l'air, elle ouvrit la portière et s'installa. Ses cheveux
dégoulinèrent sur le cuir et ses bottes couinèrent.

- Tout cela est inutile. Dit-elle d'un ton glacial.

En vérité, j'étais sûr qu'elle était extrêmement embarrassée. Je montai le
chauffage pour la mettre à l'aise et mis la musique en sourdine. Je me dirigeai
vers la sortie, l'épiant tout de même du coin de l'½il. Sa lèvre inférieure
dépassait d'un air opiniâtre. Je continuai à contempler sa bouche, essayant
d'analyser l'effet que cela me faisait...repensant à la réaction de la
secrétaire...

Soudain, elle regarda la stéréo et sourit, ses yeux écarquillés par
l'étonnement.

- Clair de Lune ? Reconnu-t-elle.

Une fan de classiques ?

- Tu connais Debussy ?
- Pas bien, dit-elle. Ma mère est une fan de classique. Je ne reconnais que mes
morceaux préférés.
- C'est également l'un de mes favoris.

Je m'abîmai dans la contemplation de la pluie, méditant. Alors ainsi j'avais au
moins un point commun avec cette fille. J'avais commencé à penser que tout nous
opposait.

Elle sembla plus détendue maintenant, regardant également la pluie tomber, les
yeux perdus dans le vide. Je mis à profit ce moment d'inattention pour essayer
de respirer à nouveau.

J'inspirai prudemment par le nez

Puissant

Je m'agrippai au volant. La pluie la faisait sentir encore meilleur. Je n'aurais
jamais cru cela possible. Stupidement, je m'imaginais soudain le goût que cela
pourrait avoir.

J'essayai de ravaler ma soif, d'ignorer la brûlure dans ma gorge, de penser à
quelque chose d'autre.

- De quoi ta mère a l'air ? Demandai-je, en quête de distraction.
- Elle me ressemble beaucoup, en plus jolie. Dit-elle avec un sourire.

J'en doutais.

- Je tiens pas mal de Charlie. Continua-t-elle. Elle est plus extravertie que
moi, plus courageuse.

J'en doutais également.

- Irresponsable, un peu excentrique. Sa cuisine est imprévisible. Je l'adore.

Il y avait de la mélancolie dans sa voix à présent ; son front se plissa.

Cette fois encore, on aurait cru entendre un parent plutôt qu'un enfant.

Je m'arrêtai devant chez elle, me rappelant un peu tard que je n'étais pas
supposé savoir où elle habitait. Mais bon, avec un père plutôt connu dans les
environ, ça n'allait sûrement pas la choquer...

- Quel âge as-tu, Bella ?

Elle devait être plus âgée que ses pairs. Peut-être avait-elle commencé l'école
plus tard que les autres, où qu'elle avait redoublé...ce serait surprenant,
cependant.

- Dix-sept ans.
- Tu fais plus.

Elle rit.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?
- Ma mère passe son temps à répéter que j'avais trente-cinq ans à la naissance
et je suis un peu plus dans la force de l'âge chaque année, dit-elle en riant
avant de pousser un soupir. Il faut bien que quelqu'un soit adulte.

Cela clarifiait pas mal de chose. Je pouvais voir maintenant...comment
l'irresponsabilité de la mère expliquait l'extraordinaire maturité de Bella.
Elle avait du mûrir très vite, pour devenir l'adulte de la maison. C'était
pourquoi elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle – elle avait l'impression que
c'était son travail.

- Toi non plus, tu n'as pas beaucoup l'allure d'un lycéen. Dit-elle, me sortant
de ma rêverie.

Je grimaçai. A chaque fois que je perçais un de ses secrets, elle perçait l'un
des miens. Je changeai de sujet.

- Pourquoi ta mère a-t-elle épousé Phil ?

Elle hésita une minute avant de répondre.

- Elle...elle n'est pas très mûre, pour son âge. Je crois que Phil lui donne
l'impression d'être plus jeune. Et puis, elle est folle de lui.

Elle secoua sa tête avec indulgence

- Tu approuves ? Demandai-je.
- Quelle importance ? Je veux qu'elle soit heureuse...et il est ce dont elle a
envie.

L'altruisme de ce commentaire aurait dû me choquer, sauf qu'il correspondait
parfaitement à tout ce que j'avais appris de sa personnalité.

- C'est très généreux...Je me demande...
- Oui ?
- Pousserait-elle la courtoisie à te rendre la pareille ? Quel que soit le
garçon que tu choisisses ?

C'était une question stupide, et en plus j'avais été infichu de garder ma voix
désinvolte en posant cette question. Qu'il était idiot ne serai-ce que de penser
que quelqu'un pourrait me trouver m'accepter comme gendre. D'ailleurs, avant
toute chose, il était stupide de penser que Bella puisse me choisir.

- Je...je crois. Balbutia-t-elle, en réaction au regard intense que je lui avais
lancé.

Peur...ou attirance ?

- Mais c'est elle la mère, après tout. Dit-elle. C'est un peu différent.
- Alors, pas un type trop effrayant, j'imagine.
- Qu'entends-tu par là ? Plaisanta-t-elle. Des piercings sur toute la figure et
une collection de tatouages ?
- C'est une des définitions possibles du mot.

Une définition plutôt réductrice, pour ma part.

- Quelle est la tienne ?

Elle posait toujours les mauvaises questions. Ou exactement les bonnes,
peut-être. Celles auxquels je ne voulais pas répondre, en tout cas.

- Penses-tu que je pourrais passer pour effrayant ? Lui demandai-je, essayant
tout de même de sourire un peu.

Elle médita un moment avant de dire d'une voix calme et sérieuse :

- Euh...oui. Si tu le voulais.
- As-tu peur de moi, là, maintenant ?

J'étais aussi sérieux qu'elle à présent.
Elle répondit trop vite.

- Non.

Je souris plus facilement. Je ne pensais pas qu'elle était entièrement honnête,
mais je ne percevais pas là un réel mensonge. Elle n'avait pas assez peur de moi
pour vouloir partir, au moins. Je me demandais soudain comment elle se sentirait
si je lui disais qu'elle tenait une conversation avec un vampire. J'eu
mentalement un mouvement de recul lorsque j'imaginai sa réaction.

- Et toi ? Vas-tu me parler de ta famille ? Elle doit être bien plus
intéressante que la mienne.

Plus effrayante serait le mot juste.

- Que veux-tu savoir ? Demandai-je d'un air interdit.
- Les Cullen t'ont adopté ?
- Oui.

Elle hésita, puis dit d'une petite voix.

- Qu'est-il arrivé à tes parents ?

Ce n'était pas très difficile, je n'avais même pas besoin de lui mentir.

- Ils sont morts il y a des années.
- Désolée. Murmura-t-elle, craignant de m'avoir blessé.

Elle s'inquiétait pour moi.

- Je ne m'en souviens pas bien. Lui assurai-je. Carlisle et Esmée les ont
remplacés depuis si longtemps.
- Et tu les aimes, en déduit-elle.
- Oui, répondis-je en souriant. Je doute qu'il y ait meilleures personnes au
monde.
- Tu as beaucoup de chance.
- J'en suis conscient.

Oui, pour ce qui était de mes parents, ma chance ne pouvait être niée.

- Et ton frère et ta s½ur ?

Si je la laissais demander plus de détails, j'allais devoir lui mentir. Je
regardai l'horloge, constatant à contrec½ur que mon temps avec elle était
totalement écoulé.

- Mon frère et ma s½ur, sans parler de Jasper et Rosalie, vont être furieux si
je les fais languir sous l'averse.
- Désolée. Il faut que tu y ailles.

Pourtant, elle ne bougea pas. Elle non plus ne voulait pas que notre entretien
se finisse déjà. Cela le plaisait vraiment, vraiment beaucoup trop.

- De ton côté, tu préfères sûrement récupérer ta camionnette avant que le Chef
Swan rentre, histoire de ne pas avoir à mentionner le petit incident de tout à
l'heure.

J'eu un grand sourire en me remémorant son expression embarrassée tandis que je
la tenais dans mes bras.

- Je suis sûre qu'il est déjà au courant. Il n'y a pas de place pour les
secrets, à Forks.

Elle avait dit le nom de la ville avec un dégoût prononcé.

Je ris. Pas de secrets, en effet.

- Amuse-toi bien à la mer

Je regardais l'averse, sachant qu'elle ne serait que de courte durée, mais
espérant de toutes mes forces qu'elle reste.

- Joli temps pour bronzer. Ajoutai-je.

Bon, au moins Samedi il fera beau. Ca lui fera plaisir.

- Je te vois, demain ?

L'inquiétude dans sa voix me fit du bien.

- Non. Emmett et moi avons décidé de nous octroyer un weekend précoce.

J'étais en colère contre moi-même d'avoir eu cette idée. Je pouvais toujours
changer mon emploi du temps...mais il n'y avait rien de tel que de chasser à
outrance là bas, et ma famille se faisaient déjà assez de soucis comme ça à
cause de mon attitude envers Bella, inutile de leur révéler combien j'étais
devenu obnubilé par elle.

- Qu'est-ce que vous avez prévu ? Demanda-t-elle, déçue par ma révélation.

Bien.

- Une randonnée du côté de Goat Rocks, au sud du mont Rainier.

Emmett avait attendu avec impatience la saison des ours.

- Ah bon. Profites-en bien. Dit-elle à contrec½ur.

Une fois n'est pas coutume, son manque d'enthousiasme me fit extrêmement
plaisir.

Tandis que je la regardai, je commençai à me sentir au bord de l'agonie à la
simple idée de devoir lui dire au revoir, même si j'allais la revoir dans
quelques jours. Seulement, elle était si douce, si vulnérable. Il semblait
imprudent de la quitter des yeux, alors qu'il pouvait lui arriver n'importe
quoi, même si paradoxalement, je savais que ce qui pouvais lui arriver de pire
résulterait de ma proximité.

- Accepterais-tu de me rendre un service, ce weekend ? Lui demandai-je très
sérieusement.

Elle acquiesça, ses yeux agrandis et étonnés par l'intensité de ma voix.

Reste clair.

- Ne le prends pas mal, mais j'ai l'impression que tu es de ces gens qui
attirent les accidents comme un aimant. Alors...tâche de ne pas tomber dans
l'eau ni de te faire écraser par quoi que ce soit, d'accord ?

Je lui souris tristement, espérant de tout mon c½ur qu'elle ne pouvait pas voir
la tristesse dans mes yeux. Combien j'espérais qu'elle ne serait pas trop
joyeuse en mon absence, quoi qu'il puisse lui arriver.

Cours, Bella, cours. Je t'aime beaucoup trop, et cela fera ton bonheur...ou le
mien.

Elle fut offensée par ma plaisanterie. Elle me toisa.

- On verra ! Répliqua-t-elle, bondissant hors de ma voiture et claquant la
portière aussi fort qu'elle le pouvait.

Exactement comme un petit chat furieux persuadé d'être un tigre.

J'enroulai mes doigts autour de la clé que je venais de piocher dans la poche de
sa veste, et souris alors que je faisais demi-tour.



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# Posté le mercredi 08 avril 2009 14:09

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:52

Midnight sun- Chapitre 7 ;)

Midnight sun- Chapitre 7 ;)
Chapitre 7


Lorsque je retournai au lycée, je dû attendre un moment. La dernière heure
n'était pas encore totalement terminée. Cela n'était pas pour me déplaire, car
j'avais grand besoin d'un moment de solitude pour réfléchir.

Son odeur s'attardait dans la voiture. Je gardais volontairement la fenêtre
fermée, laissant les effluves m'attaquer, essayant de m'accoutumer à
l'impression que j'avais de m'automutiler ainsi.

Attirance.

C'était là quelque chose d'assez problématique à envisager. Ce sentiment avait
tellement de facettes, tellement de significations différentes et de degrés
d'intensité. C'était différent de l'amour, mais ça s'en approchait.

J'ignorais totalement si Bella se sentait attirée par moi ou pas. (Son silence
mental avait-il l'intention de devenir de plus en plus frustrant jusqu'à m'en
rendre fou, où me rapprochai-je de la limite ?)

J'essayai de comparer ses réactions physiques à celles des autres, comme la
secrétaire ou Jessica Stanley, sans résultat. Les mêmes symptômes – évolution du
rythme cardiaque et de la respiration – pouvaient très bien s'appliquer tout
aussi bien s'appliquer à l'intérêt qu'à la peur, au choc ou à l'anxiété. Par
ailleurs, il semblait très peu probable que Bella puisse avoir les mêmes pensées
que Jessica Stanley. Après tout, Bella savait parfaitement qu'il y avait quelque
chose de monstrueux en moi, même si elle ne savait pas exactement ce que
c'était. Elle avait touché ma peau de glace, et l'instant suivant avait dégagé
sa main.

Pourtant...maintenant que je repensais à ces fantasmes qui m'avaient tant
éc½urés, si j'imaginais Bella à la place de Jessica...

Ma respiration s'accéléra, faisant monter et descendre le feu dans ma gorge
écorchée.

Et si ça avait été Bella qui m'avait imaginé avec mes bras enlaçant son corps
fragile ? Me sentant la serrer étroitement contre mon torse, puis mettre ma main
sous son menton ? Ecarter d'une caresse une mèche sombre de son visage
rougissant ? Dessiner les contours de ses lèvres avec le bout de mes doigts ?
Approcher mon visage du sien, jusqu'à être en mesure de sentir son haleine
brûlante sur ma bouche ? M'approcher encore...

Mais à ce moment là je m'arrachai à ce rêve éveillé, sachant pertinemment, tout
comme je l'avais su lorsque Jessica avait imaginé cette scène, ce qu'il se
passerait si je m'approchais encore plus d'elle.

Ce problème était insoluble, car pour ma part, je ressentais pour Bella une
attirance de la pire espèce.

Voulais je que Bella ressente de l'attirance à mon égard, comme une femme envers
un homme ?

Ce n'était pas la bonne question. La bonne question aurait été : Devrais-je
vouloir que Bella ressente cela, et la réponse était non. Parce que je n'étais
pas humain, et que ce ne serait pas juste pour elle.

De tout mon être, je désirais ardemment être un homme normal, pour pouvoir la
serrer contre moi sans risquer de la tuer. Pour pouvoir laisser libre cour à mes
propres fantasmes, fantasmes qui ne se termineraient pas avec son sang sur mes
mains, avec son sang dans mes yeux.

Avoir des vues sur elle était proprement inexcusable. Quel genre de relation
pouvais-je lui offrir, si je ne pouvais même pas prendre le risque de la toucher
?

Je plongeai mon visage sans mes mains.

Ma confusion était d'autant plus grande que de toute ma vie jamais je ne m'étais
sentis aussi humain – pas même lorsque j'étais humain, pour autant que je
pouvais m'en souvenir. Lorsque j'étais humain, toutes mes pensées étaient
tournées vers la gloire militaire. La Grande Guerre avait fait rage durant une
grande partie de mon adolescence, et j'étais à peine à neuf mois de mon
dix-huitième anniversaire que la grippe espagnole me prit...il ne me reste plus
que de vagues impressions de ces années d'humanité, des souvenirs troubles qui
s'étaient affadis un peu plus à chaque décennie. Je me souvins plus précisément
de ma mère et une ancienne douleur me prit lorsque je revis son visage. Je me
rappelai combien elle haïssait ce future auquel je me destinais, priant chaque
soir lorsqu'elle disait les grâce à table pour que cette « horrible guerre »
prenne fin...je ne me souvenais pas avoir connu une autre forme de tendresse. En
dehors de l'amour de ma mère, aucun autre amour ne me retenait là où j'étais...

C'était totalement nouveau pour moi. Aucune comparaison possible, aucun
parallèle.

L'amour que je ressentais pour Bella était venu en toute chasteté, mais à
présent cette pureté était souillée. Je désirais la toucher. Ressentait-elle la
même chose ?

Cela n'avait pas d'importance, essayai-je de me convaincre.

Je regardai mes mains blanches, haïssant leur dureté, leur froideur, leur force
inhumaine...

Lorsque la portière côté passager s'ouvrit, je sursautai.

Haha ! Prit par surprise : une première ! Pensa Emmett en se glissant sur le
siège.

- Je parie que Mme Goff pense que tu es drogué, tu as été si irrégulier ces
derniers temps. Où étais-tu aujourd'hui ?
- Je...faisais une bonne action.

Hein ?

- Défendre la veuve et l'opprimé, riais-je. Ce genre de choses.

Cela aggrava sa confusion, puis il inhala l'odeur dans la voiture.

- Oh. Encore elle ?

Je grimaçai.

Ca devient vraiment bizarre.

- Je ne t'ai pas demandé ton avis. Grommelai-je.

Il prit une nouvelle inspiration.

- Hmm, elle sent vachement bon, pas vrai ?

Il n'avait même pas fini sa phrase qu'un grognement s'échappa déjà de mes
lèvres, une réponse instinctive.

- Doucement, gamin ! Je constate, c'est tout.

A ce moment là, les autres arrivèrent. Rosalie remarqua l'odeur et me lança un
regard mauvais, toujours aussi irrité. Je me demandai quel était son problème,
mais tout ce que je pouvais entendre venant d'elle étaient des insultes.

Je n'appréciai pas non plus la réaction de Jasper. A l'instar d'Emmett, il aima
l'odeur de Bella. Non pas que l'arôme eut sur eux le millième de l'effet qu'il
me fit, mais il n'empêchait qu'ils le trouvaient à leur goût et cela ne me
plaisait pas. Jasper ne savait pas se contrôler...

Alice bondit à côté de moi et tendit la main, dans l'attente des clés de la
camionnette de Bella.

- J'ai seulement vu que je le faisais. Dis-elle, obscure comme à son habitude.
Mais il va falloir que tu m'explique.
- Cela ne veut pas dire que...
- Je sais, je sais. J'attendrais. Ce ne sera plus très long.

Je soupirai et lui tendis les clés.

Je la suivis chez Bella. La pluie tombait comme des gouttes de plomb, si
bruyamment que les oreilles humaines de Bella ne purent peut-être pas entendre
le vacarme que produisait son engin. Je regardai la fenêtre, mais elle ne se
montra pas. Peut-être n'était elle pas là. Il n'y avait aucunes pensées à
entendre.

Cela me rendait triste que je ne puisse même pas en entendre assez pour vérifier
qu'elle était là – qu'elle était heureuse, ou au moins qu'elle était saine et
sauve.

Alice entama le chemin de retour et nous courûmes jusque chez nous. La route
était vide, alors ça ne prit que quelques minutes. Tous rassemblés à la maison,
nous nous adonnâmes à nos passe-temps favoris.

Emmett et Jasper était au milieu d'une partie d'échec élaborée, utilisant huit
échiquiers mis les uns à côté des autres – sur toute la longueur du mur du fond
– ainsi que leur propres règles des plus compliquées. Ils ne me laisseraient pas
jouer ; seule Alice acceptait de jouer avec moi désormais.

Alice s'installa à son ordinateur dans un coin et j'entendis l'interface
musicale indiquant que ses moniteurs s'allumaient. Alice travaillait sur un
projet de design pour la garde-robe de Rosalie, mais cette dernière ne vint pas
la rejoindre aujourd'hui, elle ne vint pas se poster derrière elle pour
effectuer elle-même des retouches tandis que la main d'Alice dessinait sur les
écrans tactiles (Carlisle et moi avions dû un peu trafiquer le système, étant
donné que la plupart des écrans de ce genre répondaient à des stimulations
thermiques. Non, aujourd'hui Rosalie s'étala d'un air maussade sur le canapé et
commença à faire défiler sur l'écran plat vingt chaines par secondes, sans
s'arrêter. Je pouvais l'entendre se demander si elle devait aller dans le garage
pour régler une fois de plus sa BMW.

Esmée était à l'étage, fredonnant tout en s'attaquant à une nouvelle série de
patrons.

Alice dressa la tête pendant un moment en regardant l'échiquier et informa
silencieusement Jasper du prochain coup d'Emmett – qui était assit par terre,
lui tournant le dos. C'est en gardant son expression parfaitement calme et
détendue que Jasper prit le cavalier fétiche d'Emmett.

Quant à moi je m'avançai, pour la première fois depuis si longtemps que j'en
avais honte, du sublime piano positionné juste devant le hall d'entré. Je fis
courir ma main sur la bascule, testant le ton. Il était toujours aussi
parfaitement accordé.

A l'étage, Esmée arrêta ce qu'elle était en train de faire et dressa l'oreille.

Je débutai le premier thème de l'air qui s'était imposé à mon esprit dans la
voiture cet après-midi, heureux de constater que ça sonnait encore mieux que je
ne l'avais imaginé.

Edward s'est remit à jouer, pensa joyeusement Esmée, un sourire traversant son
visage. Elle se leva de son bureau et fila silencieusement vers le palier.

J'ajoutai un thème d'harmonie, laissant la mélodie principale se faufiler
dedans.

Esmée laissa échapper un soupir d'aise, s'assit en haut des marches, et appuya
sa tête contre la rampe.

Une nouvelle chanson. Ca faisait si longtemps. Quel adorable morceau.Je laissai
la mélodie se diriger dans une nouvelle direction, la suivant avec la clef de
fa.

Edward se remet à composer ? Pensa Rosalie, et ses dents grincèrent de
ressentiment.

A ce moment là, elle céda, et je pu voir ce qui se tramait derrière sa colère.
Je vis pourquoi elle était si énervée contre moi ces derniers temps. Et pourquoi
assassiner Isabella Swan n'aurait pas du tout troublé sa conscience, bien au
contraire.

Avec Rosalie, c'était toujours une affaire d'orgueil.

La musique s'arrêta soudain, et j'éclatai de rire avant de pouvoir ne serait-ce
que songer à me retenir, un rire que je métrisai vite en plaquant ma main sur ma
bouche.

Rosalie se tourna pour me fixer, ses yeux brillant d'un chagrin furieux.

Emmett et Jasper se tournèrent aussi pour regarder, et je pu entendre la
confusion d'Esmée. Elle fut au rez-de-chaussée en un éclair, s'arrêtant pour
nous regarder alternativement, Rosalie et moi.

- Ne t'arrête pas, Edward. M'encouragea Esmée après un moment tendu.

Je recommençai à jouer, tournant le dos à Rosalie tout en essayant à grand peine
de maîtriser le large sourire fixé à ma figure. Rosalie sauta sur ses pieds et
sortit à grand pas de la pièce, plus en colère que gênée. Mais certainement
assez gênée.

Dis un mot à propos de ça et je te jure que je te chasse comme un chien.

J'étouffai un nouveau rire.

- Qu'est-ce qu'il y a Rose ? L'appela Emmett. Rosalie ne se retourna pas. Elle
continua son chemin, raide comme un piquet, jusqu'au garage où elle se glissa
sous sa voiture comme pour s'y enterrer.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Me demanda Emmett.

- Je n'en ai pas la moindre idée, mentis-je.

Emmett ronchonna, frustré.

- Continue à jouer. Exigea Esmée alors que mes mains s'étaient à nouveau
arrêtées.

J'obéis, et elle vint se tenir derrière moi, posant ses mains sur mes épaules.

La chanson se complétait sans s'achever. Je jouai avec un pont, mais quelque
part cela ne me semblait pas juste.

- Est-ce que cet air charmant a un nom ? Demanda Esmée.
- Pas encore.
- Est-ce qu'il a une histoire ? Demanda-t-elle, un sourire dans la voix.

Ca lui faisait vraiment plaisir de m'entendre jouer, et je me sentais coupable
d'avoir négligé la musique si longtemps. Ca avait été égoïste.

- C'est...une berceuse, je suppose.

Je trouvai le bon pont. Il se dirigea aisément vers le prochain mouvement,
prenant vie.

- Une berceuse, se répéta-t-elle.

Le fait était que cette mélodie avait bel et bien une histoire, et une fois que
je la vis, les morceaux s'enchainèrent sans effort. L'histoire d'une jeune fille
endormie dans un lit étroit, ses cheveux sombres, épais et désordonnés ondulant
comme les vagues de la mer sur l'oreiller...

Alice quitta Jasper de son propre chef et vint s'assoir près de moi sur le banc.
De sa voix saisissante et carillonnant, elle esquissa un accompagnement en
soprano deux octave au dessus de la mélodie.

- Ca me plait. Murmurai-je. Que penses-tu de cela ?

J'ajoutai son thème à l'harmonie – mes mains volaient à travers les clefs à
présent pour travailler tous les morceaux simultanément – modifiant un peu,
l'emmenant dans une nouvelle direction...

Elle saisit l'humeur de la musique, puis chanta à nouveau.

- Oui. Parfait. Approuvai-je.

Esmée pressa mes épaules.

Mais je pouvais pressentir la fin à présent, avec la voix d'Alice s'élevant au
dessus de la musique et l'emmenant ailleurs. Je pouvais voir comment la chanson
allait finir, parce que cette jeune fille endormie était parfaite telle qu'elle
était, et le moindre changement aurait été mal, triste. Face à cette révélation,
la musique dériva pour devenir plus lente et plus basse. La voix d'Alice suivit
le mouvement, baissant de plusieurs tons elle aussi, et devenant grave, un ton
qui appartenait aux échos des arches d'une cathédrale pleine de cierge.

Je jouais la note finale, puis saluait les clefs de la tête.

Esmée caressa ma tête.

Ca va aller, Edward. Ca va marcher, et tout ira pour le mieux. Tu mérites le
bonheur, mon fils. Le destin te doit bien ça.

- Merci, chuchotai-je, souhaitant pouvoir le croire.

L'amour n'arrive jamais dans un paquet cadeau, tu sais.

J'eu un petit rire sans joie.

Toi, parmi tous les habitants de cette terre, est sûrement le mieux équipé pour
t'escrimer contre ce genre de dilemme. Tu es le meilleur et le plus brillant
d'entre nous.

Je soupirai. Toutes les mères disent cela.

Esmée débordait toujours de joie à la pensée qu'après tout ce temps, quelqu'un
avait fini par toucher mon c½ur, et se fichait totalement du potentiel tragique
de la situation. Elle avait tant pensé que je resterais à jamais seul...

Elle t'aimera, j'en suis sûre, pensa-t-elle soudainement, me prenant de court.
Si c'est une jeune fille intelligente. Elle sourit. Mais j'ai peine à imaginer
que quelqu'un puisse être assez stupide pour ne pas voir quel homme tu es.

- Arrête, Maman, tu me fais rougir. Plaisantai-je.
Ses mots, quoiqu'improbables, m'encourageaient.

Alice rit et commença à jouer la main droite de « C½ur et Ame ». Je souris et
compléta le morceau avec elle. Puis je lui fis plaisir en lui accordant une
performance de « Baguettes ».

Elle gloussa, puis soupira.

- J'espérais que tu me dirais pourquoi tu t'es moqué de Rose tout à l'heure.
Dit-elle. Mais je peux clairement voir que tu ne le feras pas.
- En effet.

Elle lança une pichenette à mon oreille.

- Soit gentille Alice, la réprimanda Esmée. Edward est un vrai gentleman.
- Mais je veux savoir

Je ris devant son ton plaintif. Puis je dis à Esmée de s'approcher et commença
sa chanson favorite, un hommage anonyme à l'amour que j'avais longtemps observé
entre Carlisle et Esmée.

- Merci, trésor. Dit-elle en pressant à nouveau mes épaules.

Je n'avais pas besoin de me concentrer pour jouer ce morceau si familier. Alors
à la place, je pensai à Rosalie, toujours terrée dans sa mortification dans le
garage, et cette vision m'arracha un sourire.

Venant à peine de découvrir quel potentiel de jalousie je renfermais en moi,
j'eu un peu de pitié pour elle. C'était un sentiment très douloureux.
Evidemment, sa jalousie à elle était négligeable comparée à la mienne, mille
fois plus forte. Comme un simple figurant dans un très long film.

J'en vins à me demander en quoi la vie et la personnalité de Rosalie aurait été
différente si elle n'avait pas été si belle. Aurait-elle été plus heureuse si sa
propre beauté n'avait pas tout le temps eu la priorité dans sa vie ? Bon, je
supposais qu'il était inutile de se poser la question, puisque le passé était ce
qu'il était, et qu'elle avait toujours été la plus belle. Même lorsqu'elle était
humaine, elle avait toujours vécu sous les feux des projecteurs à cause de son
charme. Non pas qu'elle s'en plaignait, c'était plutôt l'inverse – elle avait
toujours aimé être admirée plus que quiconque. Trait de caractère qui n'avait
pas changé avec la perte de sa mortalité.

En prenant cela en compte, ce n'était donc pas une surprise qu'elle se soit
offensée quand, depuis le début de notre relation, je n'avait pas loué sa beauté
comme tous les autres hommes qu'elle avait jusqu'alors rencontré. Non pas
qu'elle me désirait de son côté – loin de là. Mais que moi, je ne la désire pas,
l'avait vexé. Elle s'était habituée à être l'objet de fantasme de tous les
hommes.

C'était différent avec Jasper et Carlisle – les deux étaient déjà amoureux. Pour
ma part, j'étais totalement sans attaches, et restait pourtant totalement
indifférent face à elle.

J'avais longtemps cru ce vieux ressentiment enterré. C'était il y a longtemps.

Et il est vrai que pendant longtemps, elle avait oublié tout cela...jusqu'au
jour où, enfin, je rencontrai quelqu'un dont la beauté me toucha.

Rosalie s'était persuadée que si sa beauté m'avait laissé de marbre, cela
signifiait qu'aucune autre beauté au monde ne pourrait jamais m'émouvoir. Sa
colère contre moi s'était échauffée depuis le jour où j'avais sauvé Bella,
devinant, avec son instinct de mégère, mon intérêt encore inconscient.

J'avais porté le coup de grâce à Rosalie en trouvant une humaine insignifiante
plus attirante qu'elle.

Je réprimai une autre envie de rire.

Cela dit, cela m'ennuyait un peu, sa manière de voir Bella. Rosalie la trouvait
quelconque. Comment pouvait-elle penser une chose pareille ? Cela me paraissait
incompréhensible. C'était de la simple jalousie, certainement.

- Oh ! Dit soudain Alice. Jasper, tu sais quoi ?

Je vis à mon tour ce qu'elle venait de voir, et mes mains s'immobilisèrent

- Non, quoi ? Répondit-il.
- Peter et Charlotte vienne nous voir la semaine prochaine ! Ils seront dans les
parages, n'est-ce pas merveilleux ?
- Qu'y a-t-il, Edward ? Demanda Esmée, sentant la tension dans mes épaules.
- Peter et Charlotte viennent à Forks ? Sifflai-je à Alice.

Elle tourna les yeux dans ma direction.

- Du calme Edward. Ce n'est pas leur première visite.

Mes dents se serrèrent. Si, c'était leur première visite depuis que Bella était
là, et je ne suis pas le seul que son sang attire.

- Ils ne chassent jamais ici. Dit-elle en fronçant les sourcils. Tu le sais.

C'était un fait, seulement le frère de Jasper et le petit vampire qu'il aimait
n'était pas comme nous, ils avaient un régime alimentaire traditionnel. Pour ce
qui était de Bella, on ne pouvait pas leur faire confiance.

- Quand ? Exigeai-je.

Elle fit une moue mécontente, mais répondit Lundi matin. Personne ne va toucher
à Bella, rassure-toi.

- Non. Approuvai-je, puis lui tourna le dos. Tu es prêts Emmett ?
- Je croyais qu'on ne partait que ce matin ?
- On sera de retour dans la nuit du Dimanche. On part quand tu veux.
- Très bien. Laisse-moi dire au revoir à Rose d'abord.
- Bien sûr.

Vu l'état dans lequel était Rosalie en ce moment, ça ne risquait pas de prendre
une heure.

Tu as vraiment perdu l'esprit, Edward. Pensa-t-il en se dirigeant vers la porte
du fond.

- Tu as probablement raison.
- Joue encore une fois la nouvelle chanson, demanda Esmée.
- Si ça peut te faire plaisir. Cédai-je.

J'étais pourtant retissant à jouer à nouveau cette mélodie avec cette fin
inévitable – une fin qui me faisait souffrir d'une manière qui m'était peu
familière. Je restais un moment dans mes pensées, puis sortit le bouchon de la
bouteille resté dans ma poche et le déposai sur le pupitre vide. Cela me
soulagea un peu – un petit rappel de son oui.

J'acquiesçai pour moi-même, et commençai à jouer.

Esmée et Alice échangèrent un regard, mais aucune d'elle ne posa de question.

* * *
– On ne t'a jamais dit de ne pas jouer avec la nourriture ? Rappelai-je à
Emmett.
- Oh, hey, Edward ! Riposta-t-il, souriant et tournant la tête vers moi.

L'ours tira avantage de ce soudain manque d'attention pour envoyer sa patte
puissante dans la poitrine d'Emmett. Les griffe acérées comme des lames de
rasoir déchirèrent en lambeaux sa chemise, et crissèrent sur sa peau.

Le grincement aigue fit beugler l'ours.

Nom de dieu ! Rose m'avait offert cette chemise !

Emmett rendit son feulement à l'animal enragé.

Je soupirai et m'assis à un rocher parfaitement commode pour cet emploi. Ca
risquait de prendre un moment.

Mais Emmett en avait presque fini. Il laissa l'ours essayer de lui arracher la
tête d'un nouveau coup de patte, riant en voyant l'ours s'étonner que ses coups
restent inefficaces. L'ours grogna et Emmett y répondit par un autre grognement.
Puis il s'élança sur l'animal, qui faisait quand même une tête de plus que lui
une fois dressé sur ses pattes arrière et leurs corps s'entrechoquèrent et
s'écroulèrent, entrainant dans leur chute un vieil épicéa. Les plaintes de
l'ours s'arrêtèrent avec un gargouillement.

Quelques minutes plus tard, Emmett arriva au petit trop là où je l'attendais. Sa
chemise était explosée, déchirée, ensanglantée, couverte de sève collante et de
poils. Ses cheveux sombres et ondulé n'étaient pas en meilleur état. Il arborait
un large sourire sur son visage.

- Il était fort celui là. Je pouvais presque le sentir quand il me griffait.
- Ce que tu es gamin, Emmett.

Il regarda ma chemine immaculée.

- Tu n'as pas été capable de pourchasser ce puma ?
- Bien sur que si. C'est juste que contrairement à toi, je ne mange pas comme un
sauvage

Emmett éclata de son fameux rire.

- J'aimerais tant qu'ils soient plus forts. Ce serait plus drôle.
- Personne ne t'a demandé de te battre avec ton plat.
- Ouais, mais sinon avec qui je me battrais ? Alice et toi vous trichez, Rose ne
veut pas être décoiffé, et Esmée devient folle quand avec Jasper on se fritte
pour de bon.
- Oui, c'est dur la vie...

Emmett fit la grimace, courbant l'échine comme sous l'effet d'une charge très
lourde.

- Allez, Edward. Mets ta télépathie en veilleuse une minute et viens te battre à
la loyale.
- Je ne peux pas la mettre en veilleuse. Lui rappelai-je.
- Je me demande comment cette humaine arrive à te garder dehors ! Fit Emmet.
Peut-être qu'elle pourrait me filer quelques tuyaux...
- Je t'interdis de t'approcher d'elle! Grognai-je entre mes dents, toute trace
de bonne humeur évaporée.
- Oh, on dirait que j'ai touché un point sensible.

Je soupirai. Emmett vint s'asseoir à côté de moi.

- Désolé. Je sais que tu traverses une mauvaise passe en se moment. Tu sais
j'essaye vraiment de ne pas trop agir comme un crétin insensible, mais bon,
comme c'est un peu on état naturel...

Il attendit que je rigole à sa blague, puis, fit la tête.

Sérieux, toujours sérieux. Qu'est-ce qui te préoccupe maintenant ?

- Je pense à elle. Enfin, disons plutôt que je m'inquiète pour elle.
- Mais qu'est-ce qu'elle risque ? Dit-il avec un grand rire. Tu es là !!!

Une fois de plus, sa plaisanterie me laissa de marbre, mais je répondis à sa
question.

- Tu n'as jamais remarqué à quel point ils sont fragiles ? Te rends-tu compte du
nombre de choses horribles qu'il peut arriver à un humain ?
- Pas vraiment. Mais je suppose que je vois ce que tu veux dire. La première
fois je n'en menais pas large face à l'ours, non ?
- Des ours ! Marmonnai-je, ajoutant une nouvelle crainte au dessus de la pile.
Ce serait tout elle ça, connaissant sa chance. Un ours qui s'aventure en ville.
Et bien sûr il foncera droit sur Bella !
- Tu sais que là on croirait vraiment entendre un déséquilibré ? S'esclaffa
Emmett.
- Imagine une seconde que Rosalie serait humaine, Emmett ! Et qu'elle pourrait à
tout moment tomber sur un ours...ou pâlir...ou maigrir...ou tomber dans les
escaliers...ou tomber malade...et même gravement malade !

Une tempête de mots sortait de moi. C'était soulageant de les laisser sortir –
eux qui était resté couvés en moi tout le weekend.

- Les incendies, les tremblements de terres, les tornades ! Oh mon dieu ! A
quand remonte la dernière fois où tu as regardé les informations ? As-tu vu le
genre de choses qui leur arrivent ? Des cambriolages, et des meurtres !

Mes dents se serrèrent, soudain si furieux à la simple idée qu'un autre humain
puisse la blesser que j'en devins incapable de respirer.


- Houlà ! Eh calme-toi, gamin ! Elle vit à Forks, tu te souviens ? Alors elle va
juste se faire....pleuvoir dessus. Dit-il avec un haussement d'épaules.
- Je commence vraiment à penser qu'elle est frappée de malchance, Emmett.
Regarde les choses en face : parmi tous les endroits au monde où elle pouvait
aller, elle a finit par atterrir dans une ville peuplée entre autres de
vampires.
- Ouais, mais nous sommes végétariens. C'est plutôt un coup de bol, non ?
- Avec l'odeur qu'elle a ? Non, c'est assurément de la malchance. Pire même, vu
l'effet que me fait son parfum. Dis-je en regardant mes mains, les détestant une
fois de plus.
- Sauf que, à part Carlisle, aucun vampire ne se contrôle mieux que toi. Encore
un coup de bol.
- Le fourgon ?
- C'était juste un accident.
- Mais tu aurais dû le voir arriver droit sur elle, Em', encore et encore. Je te
le jure, c'était comme si cette fille avait une force magnétique en elle, un
véritable aimant !
- Mais tu étais là. Une chance.
- Ah bon, vraiment ? N'est-ce pas là la pire espèce de chance qu'une humaine
puisse avoir – qu'un vampire tombe amoureux d'elle ?

Emmett médita calmement cela un moment. Il se représenta la fille, et trouva
l'image inintéressante. Honnêtement, je ne vois vraiment pas ce que tu lui
trouves.

- Et bien, pour ma part je ne vois vraiment pas le charme de Rosalie.
Répondis-je grossièrement. Honnêtement, elle a l'air de vraiment penser que
toutes les autres beautés ne lui arrivent pas à la cheville !
- Je suppose que tu ne me diras pas...tenta Emmett avec un petit rire
- Je ne sais pas quel est son problème, Emmett. Mentis-je avec un sourire
machiavélique.

J'avais vu ses intentions assez tôt pour pouvoir m'y préparer. Il tenta de
m'éjecter du rocher, et il y eu un craquement sonore lorsque qu'une fissure
fendit la pierre entre nous.

- Tricheur. Marmonna-t-il.

Je m'attendis à ce qu'il essayer une deuxième fois, mais ses pensées prirent une
autre direction. Il imaginait Bella à présent, mais cette fois il se la figura
plus blanche, avec ses yeux d'un rouge brillant.

- Non. M'étranglais-je.
- Ca t'enlèverait toutes tes craintes à propos de sa mortalité, non ? Et tu
n'aurais plus envie de la tuer, non plus. C'est la solution idéale, non ?
- Pour moi ? Ou pour elle ?
- Pour toi. Répondit-il facilement, un « bien sûr » clairement perceptible dans
sa voix.

J'eu un rire sans joie.

- Mauvaise réponse. Dis-je sombrement.
- Etre un vampire ne me dérange pas tant. Me rappela-t-il.
- Rosalie si.

Il soupira. Lui et moi savions parfaitement que pour retrouver son humanité,
Rosalie serait prête à tout faire, à tout abandonner. Même Emmett.

- Oui, ça tu peux le dire. Admit-il calmement.
- Je ne peux pas...je ne dois pas...je ne vais pas ruiner la vie de Bella. Ne
ressentirais-tu pas la même chose s'il s'agissait de Rosalie ?

Emmett pensa un moment.

Alors...tu l'aimes vraiment ?

- Je ne peux même pas le décrire, Emmett ! Soudain cette fille est devenue le
centre de l'univers pour moi. Je ne vois plus l'intérêt du reste du monde sans
elle.

Mais tu ne la transformeras pas ? Elle ne restera pas éternellement, Edward.

- Je le sais bien ! Gémis-je.

Et, comme tu l'as dis, elle est assez fragile.

- Crois-moi, je sais cela aussi.

Emmett manquait cruellement de tact, et les sujets délicats n'étaient pas son
fort. Il tremblait un peu, désirant réellement ne pas se montrer offensant.

Mais est-ce que tu peux au moins la toucher ? Je veux dire, si tu l'aimes...tu
ne voudrais pas, et bien, la toucher ?

Emmett et Rosalie partageaient un amour très physique. Il était dur pour lui de
comprendre qu'on pouvait aimer, sans que cet aspect n'entre en compte.

- Je ne peux même pas y penser, Emmett. Soupirai-je.

Wow. Alors, il te reste quoi comme option ?

- Je n'en sais rien. Murmurai-je. J'essaye de trouver un moyen...de la quitter.
Pour l'instant je ne sais même pas comment faire pour m'obliger à rester éloigné
d'elle...

Avec un immense sentiment de gratitude, je réalisai soudain que je ne faisais
rien de mal en restant – pour l'instant du moins, avec Peter et Charlotte dans
les parages. Elle était temporairement plus en sécurité avec moi près d'elle
plutôt que si je m'enfuyais au loin. Pour le moment, je serais paradoxalement
son protecteur.

Cette pensée me rendit anxieux ; je mourrai d'envie de revenir pour jouer mon
rôle aussi longtemps que possible.

Emmett remarqua ce changement d'expression. A quoi tu penses ?

- Là, maintenant, admis-je d'un air un peu penaud, je meure d'impatience de
retourner à Forks pour vérifier si elle va bien. Je ne sais pas si j'arriverais
à tenir jusqu'à Dimanche soir.
- Non, non, tu ne rentreras pas plus tôt à la maison. Laisse à Rosalie le temps
de se calmer. Je t'en prie ! Pour moi !
- J'essaierai, dis-je d'un air dubitatif.

Emmett donna une tape dans sur la poche qui contenait mon téléphone.

- Alice aurait appelé si ta crise d'angoisse avait le moindre fondement. Elle
est aussi dingue de cette fille que toi.

Je grimaçai.

- Bon, très bien. Mais on rentre Dimanche, pas plus.
- Pourquoi se presse ? En plus le soleil sera au rendez-vous. Alice a prédit que
nous devrons sécher jusqu'à Mercredi.

Je secouai vivement la tête.

- Peter et Charlotte savent se tenir.
- Je m'en fiche, Emmett. Avec la chance qu'à Bella, elle va sûrement se promener
dans la forêt pile au mauvais moment et...

Je tressaillis.

- Peter n'est pas réputé pour son self-control. Terminai-je. Je rentre Dimanche.

Emmett soupira. Exactement comme un déséquilibré.

* * *



Bella dormait paisiblement lorsque je grimpai à sa fenêtre, Lundi très tôt dans
la matinée. Je m'étais rappelé d'amener de l'huile cette fois, et la fenêtre
coulissa sans un bruit.

En regardant la façon dont ses cheveux s'emmêlaient sur l'oreiller, je pus dire
qu'elle avait moins bien dormis que la dernière fois que j'étais venu. Ses mains
étaient repliées sous sa joue comme chez un petit enfant, et sa bouche était
légèrement entrouverte. Je pouvais entendre le va et viens de sa respiration
lente entre ses lèvres.

C'était un incroyable soulagement que d'être là, de pouvoir la regarder à
nouveau. Je compris alors ce que je n'avais pas vraiment réalisé avant d'être
confronté directement au problème : dès que j'étais loin d'elle, rien n'allait
plus.

Cependant, ce n'étais pas mieux quand j'étais près d'elle. Je soupirai, laissant
le feu s'insinuer dans ma gorge. Je m'étais éloigné trop longtemps. Le temps
passé à ne pas ressentir cette douleur et ce désir rendait ces émotions encore
plus intenses maintenant que je les ressentais à nouveau. C'était si dangereux
que j'avais même peur d'aller m'agenouiller près de son lit pour lire les titres
de ses livres. Je voulais tout savoir des histoires qui remplissaient sa tête,
mais j'avais peur de ma soif, effrayé du fait que si je m'autorisais à
m'approcher un peu, je voudrais être de plus en plus proche d'elle...

Comme ses lèvres semblaient douces, et chaudes! Je pouvais m'imaginer les
caresser du bout du doigt. Très légèrement...

C'était exactement le type d'erreur à ne pas faire.

Mes yeux parcoururent son visage, encore et encore, en quête du moindre
changement. Les humains changeaient tout le temps...

Je vis qu'elle semblait...fatiguée. Comme si elle n'avait pas assez dormis.
Etait-elle sortie ?

Je ris silencieusement et ironiquement de ma peine. Et alors, qu'est-ce que ça
faisait si elle était sortie ? Elle n'était pas ma chose. Elle ne m'appartenait
pas.

Non, elle ne m'appartenait pas – et cela m'attristait terriblement.

Une de ses mains se retourna, et je pus voir que sa paume était égratignée. Elle
s'est blessée ? Même si ce n'était rien de grave, cela me troubla. Vu l'endroit
où se trouvait la marque, elle avait du trébucher. Toutes choses considérées,
cela semblait être une bonne explication.

C'était réconfortant de penser que je n'aurais pas à toujours enquêter sur elle
pour percer ses secrets. On était amis maintenant – ou du moins, on essayait. Je
pouvais très bien la questionner sur son weekend – à propos de la plage, et même
de ce qu'elle avait fait hier soir pour paraître si exténuée. Je pouvais lui
demander ce qui était arrivé à ses mains. Et je pouvais même rire un peu si elle
confirmait ma théorie.

Je souris tendrement en me demandant si elle était ou non tombée dans l'eau de
l'océan. En me demandant si elle avait passé un bon moment durant cette sortie.
En me demandant si elle avait pensé à moi. Si je lui avais manqué, même si ce
n'était que mille fois moins qu'elle m'avait manquée.

J'essayais de l'imaginer au soleil, sur la plage. L'image était incomplète, bien
sûr, puisque je n'avais vu First Beach qu'en photo...

Je me sentis un peu mal à l'aise en repensant à la raison pour laquelle je
n'étais jamais allé à la jolie plage qui ne se trouvait qu'à quelque minute de
chez moi, en courant. Bella avait passé la journée à La Push – un endroit où
m'était interdit, par traité, d'aller. Un endroit où quelques vieillards se
souvenaient toujours des légendes sur les Cullen, s'en souvenaient et y
croyaient. Un endroit où notre secret était connu...

Je secouai la tête. Je n'avais rien à craindre. Les Quileutes aussi étaient liés
à ce traité. Même si Bella tombait sur l'un de ces vieux sages, ils ne
pourraient rien dire. Et pourquoi le sujet serait-il abordé ? Pourquoi Bella
parlerait de ses soupçons là bas ? Non...les Quileutes étaient probablement la
seule chose dont je n'avais pas à me soucier.

Le soleil qui se leva me contraria. Je me souvins que je devrais attendre
plusieurs jours avant de pouvoir satisfaire ma curiosité. Pourquoi diable
avait-il choisi de briller aujourd'hui ?

Avec un soupir, je me faufilai hors de chez elle avant que qui que ce soit ne
puisse m'y voir. J'avais l'intention de rester caché dans la forêt dense qui
bordait sa maison et d'observer depuis là, mais une fois arrivé dans les bois,
je fus surpris de trouver une ombre de son odeur à travers le chemin de la
forêt.

Je suivis la piste rapidement, avec curiosité, m'inquiétant de plus en plus
tandis que les traces s'enfonçaient dans les ténèbres. Que faisait Bella aussi
loin ?

Le chemin s'arrêta net, au milieu de nulle part. La fragrance continua juste
quelques pas hors du sentier, dans les fougères, et toucha le tronc d'un arbre
déraciné. Elle s'était peut-être assise là...

Pourquoi Bella s'assiérait seule – et elle était seule, aucun doute la dessus –
au milieu d'une forêt humide et pleine de mousse ?

Cela n'avait pas de sens, et, contrairement aux autres choses, je ne pouvais pas
vraiment aborder le sujet.

Tu sais, Bella, j'étais justement en train de te flairer dans les bois – après
avoir quitté ta chambre où je t'avais longuement observée dormir...Oui, voilà
parfaitement de quoi briser la glace.

Je ne saurais probablement jamais ce à quoi elle pensait et faisait là, et cela
fit grincer mes dents de frustration. Le pire, c'était que cela ne ressemblait
que trop au scénario que j'avais imaginé avec Emmett – Bella se promenant seule
dans les bois, avec son odeur qui attirerait quiconque pourrait la suivre...

Je gémis. Non seulement elle était malchanceuse, mais en plus elle flirtait avec
le danger.

Et bien, pour le moment, elle avait un chevalier servant. Je la surveillerais,
je ferais attention à elle, je la maintiendrais hors de danger, aussi longtemps
que pourrais le justifier.

Je me surpris soudain à espérer que Pete et Charlotte resterait un peu plus
longtemps.




& 40 commentaires ici ;)

# Posté le vendredi 17 avril 2009 15:46

Modifié le mardi 21 avril 2009 07:52